La banque, acteur majeur de l’installation

26 février 2009

Joëlle Brège travaille au service « Marché de l’agriculture et des professionnels » de la caisse régionale de Crédit Agricole Charente-Périgord. Comment la banque aborde-t-elle les dossiers J.A ? « Le Paysan Vigneron » – Que se passe-t-il quand un jeune vous présente son dossier ?

Joëlle Brège – Nous n’avons pas de grille de lecture particulière. Quel que soit l’emprunteur, nous nous attachons à vérifier tous les éléments présentés ainsi que la cohérence financière du dossier. Depuis quelques années, je dois dire que la qualité des dossiers J.A est vraiment très bonne. Les dossiers sont mûris, réfléchis. Les études prévisionnelles à l’installation font preuve d’une marge de sécurité dans leurs estimations et c’est très bien ainsi. En dehors d’aléas climatiques dont les jeunes peuvent être victimes lors des premières années d’installation, les résultats s’avèrent souvent meilleurs qu’attendus.

« L.P.V. » – Etablissez-vous un distinguo entre installations familiales et installation hors cadre familial ?

J.B. – Oui, les installations avec intégration dans une structure existante sont plus faciles à gérer. Non pas que les projets soient forcément meilleurs, mais nous pouvons déjà juger de leur viabilité à partir d’une situation financière existante, un élément très important pour nous. Pour autant, il est tout à fait possible de s’installer en hors cadre familial. Simplement, l’EPI fera l’objet d’un examen très attentif. Nous regarderons de près l’expérience et la motivation des candidats, si le montant des investissements est en cohérence avec le projet, si ce dernier n’est pas surdimensionné. En tout état de cause, les installations hors cadre familial restent encore faibles.

« L.P.V. » – Dans le cadre des installations aidées, qui décide de l’attribution des prêts aidés, vous ou la CDOA ?

J.B. – L’accord sur le projet économique, la décision financière de prêter ou de ne pas prêter, relève de la banque. Les dossiers ne passent en CDOA que si, au préalable, ils ont reçu l’aval de la banque. Ceci étant, l’étude économique est réalisée par l’ADASEA. Par ailleurs, l’ADASEA garantit le cadre réglementaire, pour savoir si le jeune peut ou non bénéficier des aides à l’installation.

« L.P.V. » – Pouvez-vous prêter à des jeunes qui ne sollicitent pas les aides à l’installation ?

J.B. – Bien entendu. De nombreuses raisons peuvent expliquer que des jeunes ne veuillent pas se plier au parcours à l’installation aidée : ils ne possèdent pas le diplôme requis, ne veulent pas faire le stage 6 mois, le stage 40 heures… Rien n’empêche la banque de prendre leurs dossiers en considération.

« L.P.V. » – Néanmoins vous en rejetez certains.

J.B. – Les cas de rejets s’expliquent par une inadéquation entre la rentabilité dégagée et les investissements prévus. Le but de l’installation ne consiste pas à envoyer le jeune au « casse-pipe ». Il doit pouvoir vivre de son travail. C’est un pari sur l’avenir. En général, nos décisions sont expliquées et comprises.

« L.P.V. » – Que se passe-t-il en cas de rejet ?

J.B. – Soit il n’y a pas installation, soit le jeune revoit son projet et revient nous voir. Globalement, le Crédit Agricole intervient sur 85 % des installations viables. Les cas de rejet sont rares.

« L.P.V. » – Chez vous, qui prend la décision ?

J.B. – Tous les dossiers J.A viennent au marché de l’agriculture, c’est-à-dire qu’ils remontent au siège.

« L.P.V. » – A combien se monte un dossier moyen de prêt J.A ?

J.B. – En ce qui concerne les prêts bonifiés, l’enveloppe est plafonnée à 110 000 €. Mais la plupart du temps, ce montant s’avère insuffisant, surtout en viticulture, où la filière surclasse toutes les autres en terme de besoin financier. Le jeune qui s’installe dans un cadre familial est presque toujours conduit à louer et/ou à acheter du foncier pour conférer à l’exploitation existante une consistance supplémentaire. Ainsi les projets à 110 000 € se comptent-ils sur les doigts d’une main. Dans ce contexte, les prêts non bonifiés jouent très souvent en complément des prêts bonifiés.

« L.P.V. » – Quid du problème de trésorerie ?

J.B. – L’installation pose en effet un gros problème d’avance de trésorerie. C’est un des rôles de l’EPI que de calculer ce besoin en fonds de roulement qui peut être financé en bonifié.

« L.P.V. » – Qu’en est-il des garanties demandées aux jeunes ?

J.B. – C’est vrai que les financements J.A se font sur 100 % du H.T. donc, à priori, sans apport personnel ni garanties. Cependant, sur un dossier important, il paraît assez difficile de pratiquer sans garantie. Un projet de 300 000 € ne se traite pas sur simple signature. S’il y a achat de foncier, celui-ci servira en général de garantie hypothécaire. Très souvent, d’autres garanties seront demandées telle la caution solidaire des parents ou de personnes extérieures ou encore le nantissement du matériel ou de l’outillage. En fait, toute la panoplie des garanties peut être activée. Quels que soient les dossiers, nous nous montrons vigilants à l’égard des garanties.

« L.P.V. » – Dans les dossiers J.A, constatez-vous un agrandissement des structures ?

Bien sûr. En matière viticole, les structures de 25 ha et plus ont tendance à devenir la norme. Depuis deux ou trois ans, nous constatons aussi de fortes demandes d’investissement, de mise aux normes… Les exploitations ressentent l’obligation de se moderniser.

« L.P.V. » – A travers les jeunes, quel regard portez-vous sur le « risque » viticole ?

J.B. – La situation s’est nettement améliorée. La filière dégage des résultats, de la rentabilité, les roulements de bonnes fins commencent à être pris. Nous sommes loin de la situation des années 97-98-99.

« L.P.V. » – Pour les J.A, avez-vous des conditions spécifiques ?

J.B. – En effet, le Crédit Agricole s’implique très fortement dans les installations et proposent des aides spécifiques telles qu’une contribution à l’EPI, des modalités de souscription des parts sociales privilégiées…

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