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« Ouvrir le débat sur l’INAO »

12 mars 2009

photo_447.jpgFace à un débat sur l’INAO qu’il estime avoir été largement « escamoté », Jean-Marc Olivier, de la société Courvoisier, plaide pour une poursuite de la discussion, au nom du « droit à une information loyale, crédible et facile à comprendre ».

Un « passage en force » – Nous n’apprécions pas du tout la manière dont un régime INAO est en train de s’imposer à la région. Les choses se font dans un manque total de transparence. Des points aussi déterminants que le contrôle de l’INAO sur les rendements ou l’affectation parcellaire n’ont pas fait l’objet d’un réel débat de fond. C’eut été la moindre des honnêtetés. Au contraire, c’est l’inverse qui s’est produit, comme s’il fallait aller très vite, au pas de charge, pour placer la région devant le fait accompli. Peut-on mettre cet empressement sur le compte du départ à la retraite du secrétaire de la commission d’enquête ? Je l’ignore, mais je souhaite que ce débat ait lieu, car il s’agit d’une évolution fondamentale de la région et, qui plus est, irréversible. Ce qui est en cause : une modification radicale de la gestion du vignoble de Cognac. Peut-on décemment mettre en place un système INAO sur le vignoble charentais avant d’avoir obtenu une réponse sur les rendements différenciés ? Ce serait une erreur monstrueuse, catastrophique. A mon avis, le ministère de l’Agriculture n’est pas du tout prêt à nous donner les rendements différenciés tels qu’on les a demandés. La pire des situations serait que le vignoble de Cognac soit « coincé » dans l’INAO et n’obtienne rien au-dessus des 90 hl du rendement vin de table pour les débouchés autres. Dans ces conditions, nous nous serions nous-mêmes condamnés à mort.

Prudence et circonspection – Voilà longtemps que l’institution des appellations d’origine contrôlées voulait « récupérer » la région. Elle ne nous lâchera plus. Si un consensus est en passe d’être acquis sur l’agrément, l’INAO n’a pas manqué au départ de vouloir monter une « usine à gaz » et je ne suis pas sûr qu’il est complètement désarmé. Heureusement que la réponse du CRINAO a été claire pour dire que l’agrément devait se faire par sondage au sortir de l’alambic, avec une extension aux conditions de production en amont. Il convient cependant d’être prudent. Certes, nous nous sommes mis d’accord pour que le vieillissement ne fasse pas partie du projet INAO mais, immanquablement, l’INAO va revenir à la charge. En fait l’INAO est une machine qui a des idées et qui n’en change pas. Elle met le temps qu’il faut pour y arriver, y compris par le dialogue et repart à l’attaque sous différents angles. C’est un peu agaçant.

Changement d’interlocuteur – Outre l’agrément, le principal point de discussion concerne le fait que ce soit l’INAO qui prenne le contrôle des décisions sur les conditions de production et, plus précisément, sur les rendements. L’interlocuteur du ministère de l’Agriculture ne sera plus le Bureau national mais ce sera le Comité national de l’INAO. A l’époque de la décentralisation et alors que l’on essaie de rapprocher les centres de décision du terrain, nous sommes en train de nous mettre entre les mains d’une administration parisienne. C’est tout de même un peu curieux.

La place du BNIC – Il est curieux aussi que la place du BN dans le cadre du projet INAO n’est pas été davantage débattue. Ce n’eut pas été totalement dénué d’intérêt. On peut critiquer le Bureau national du Cognac, dire qu’il ne fonctionne pas comme il faut mais il s’agit d’un lieu de discussion. Une fois le projet INAO acquis et quand le BN aura perdu tout contrôle sur l’organisation de la production, quel rôle lui restera-t-il ? A-t-on bien réfléchi à ces changements ?

Défaut d’information – Nous avons essayé d’aborder ces points à l’A.G. de la sica des Baronnies car, je le répète, l’enjeu est suffisamment d’importance pour qu’il y est un débat véritablement ouvert. Il faut que tous ceux qui ont quelque chose à défendre puissent entériner les modifications. Or, je suis désolé, ce débat n’a pas eu lieu. J’ai personnellement découvert la plupart des points du projet huit jours seulement avant la session de février du Comité national de l’INAO, qui a voté le projet de décret modificatif. Et je fais tout de même partie du comité permanent du BNIC. Lors de l’A.G. de la sica, je crois pouvoir dire que 99,9 % des gens ignoraient ce qui était en train de se passer.

Un avis plus partagé – Comment résoudre ce défaut d’information ? Il existe tout de même des lieux de débat, ne serait-ce qu’au niveau des syndicats. Et si cela ne suffit pas, peut-être faut-il recourir à l’envoi par courrier d’explications claires et simples, éventuellement accompagné d’un questionnaire pour que les gens s’expriment. Il convient de mettre en place une vraie information loyale, crédible et facile à comprendre. A une époque où l’on sait faire de la communication, il ne paraît pas totalement gratuit d’essayer d’obtenir un avis plus partagé sur la question.

Démocratie – Le fait que le Comité national de l’INAO vote sur des « principes » de modification du décret – selon les propres termes du président Feneuil – et se laisse le soin de rédiger par la suite le texte, ne me semble pas répondre aux règles minimales de la démocratie. Une procédure plus respectueuse de la volonté générale aurait voulu que l’on discute sur les principes, que l’on rédige un texte et que l’on vote enfin sur le texte définitif.

Double fin – Sur la double fin aussi, le débat a été largement escamoté. Non pas que je prétende que la double fin est une « fin en soi » mais il convient au moins d’examiner toutes les alternatives. Tout en restant très ouverts sur l’ensemble des possibilités, nous ne pouvons pas laisser dire que la double fin s’arrête obligatoirement. Ce n’est pas vrai. Ce que la Commission européenne demande, c’est de revenir à l’application initiale de la double fin, ce qui n’est pas exactement la même chose.

Du « grain à moudre » – En prenant le contre-pied d’un « consensus mou », nous avons voulu, lors de l’A.G. des Baronnies, redonner du « grain à moudre » au débat, tout en sachant que nous sommes solidaires des décisions interprofessionnelles. L’interprofession a donné son aval au Plan d’avenir viticole qui prévoit une segmentation des vignobles ainsi que des mesures associées. Nous réitérons notre soutien au schéma d’avenir mais à condition qu’il soit considéré dans son ensemble et qu’il ne réponde pas non plus à n’importe quelles conditions d’exécution.

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