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« Une QNV entre 9 et 9,5 »

11 mars 2009

C’était un secret de polichinelle. Jean-Marc Olivier lève le tabou du chiffre de QNV 2007. Il l’estime entre 9 et 9,5 hl AP.

m_olivier.jpg« Nous ne disposons pas encore de tous les chiffres précis. Nous les aurons à partir de juin. Mais d’ores et déjà on peut dire que… » En livrant, par anticipation, une estimation de chiffre de QNV, Jean-Marc Olivier devient-il un adepte de la politique fiction ? Pas vraiment. Voilà belle lurette que des chiffres du même acabit circulaient dans les couloirs… et dans les rangs de vignes. La surprise n’a donc pas « scotché » les livreurs de la sica des Baronnies à leurs sièges. Dans un courrier adressé à ses livreurs à l’occasion d’un renouvellement de contrat, une autre maison de négoce avait d’ailleurs déjà pas mal déminé le terrain, en annonçant que la QNV « devait augmenter d’environ un hl AP » en fonction des critères pris en compte par le nouvel outil de calcul. Et la viticulture ? Sur le sujet, elle a toujours observé une attitude de réserve, qu’elle justifie par l’engagement pris de ne pas alimenter le climat psychologique autour du chiffre de QNV. On lui a assez reproché de céder à l’irrationnel. Elle s’en tient donc aujourd’hui à la stricte orthodoxie mais admet que la QNV 2007 devrait dépasser 9 de pur. De combien ? Elle ne se prononce pas. « On attend que les vins, Pineau et autres utilisations pour mutations donnent leurs intentions. » Il n’empêche ! Le chiffre qu’il a cité, le P-DG de Courvoisier ne l’a pas sorti du chapeau. Devant les adhérents de la sica, il s’est livré à un exercice pédagogique sur les spécificités du Cognac, « ce qui fait que notre système n’est pas compris en dehors de la région ». Il est parti du besoin d’eaux-de-vie qui joue en cascade. « La distillation de la récolte 2007 sera utilisée pour la première fois en 2010-2011 pour alimenter le VS, en 2012 et les années suivantes pour le VSOP et à partir de 2018 et plus pour les qualités supérieures. Le problème, c’est qu’au-delà de deux-trois ans, il ne peut pas y avoir de prévisions relativement fiables. Il s’agit plutôt de prédictions que de prévisions. C’est tout ce qui fait la difficulté de ce métier Cognac. » Sur la situation actuelle, l’homme de marchés autant que de production a naturellement confirmé le courant ascensionnel du Cognac. « En fait, depuis l’année 2000, le Cognac n’a cessé de progresser de 5 % l’an, ce qui, vu des années 90, aurait paru assez improbable. Le Cognac est un produit de luxe. Quand l’économie mondiale va bien, le Cognac a de bonnes chances de progresser. Mais quand l’économie se retourne, le Cognac en subit les conséquences. Personne ne peut prédire la date du prochain événement négatif. Par contre, une chose est sûre, c’est qu’il se produira. » J.-M. Olivier a identifié sans surprise « les deux boosters qui tirent l’économie mondiale : l’Inde et la Chine. Avec des populations de plus d’un milliard d’individus chacun, ils expriment des besoins énormes. A eux seuls, ils supportent l’ensemble de l’économie mondiale et font même fi des crises, comme celle du pétrole ». Néanmoins, la situation du Cognac semble bien plus solide qu’en 1980, à l’époque de la bulle spéculative japonaise. « Le Cognac fonde sa croissance sur plusieurs marchés, les Etats-Unis, l’Europe et notamment la Grande-Bretagne mais également sur des marchés émergents comme la Russie ou la Chine. » Dans ce contexte, le petit 1,6 % de croissance retenu par le négoce dans ses projections fait figure de sous-estimation manifeste. « Nous nous sommes trompés. » Depuis 1997, J.-M. Olivier identifie une sous-distillation de 518 000 hl AP. Les volumes produits en 1997 ont déjà été consommés en VS et VSOP. Un déficit existe donc pour les qualités supérieures. Si on y ajoute les besoins supplémentaires liés au passage de l’XO du compte 6 au compte 10 en 2016, cela abouti, selon J.-M. Olivier, et après les corrections ad hoc, à une QNV récolte 2007 « entre 9 et 9,5 hl AP/ha ». Le P-DG de Courvoisier a salué le courage et l’esprit d’ouverture de la viticulture « qui ont permis de mettre au point avec le négoce un bon accord, durable et fécond ».

Pour lui, pas de doute, le mode de calcul de la QNV constitue la pierre angulaire de l’organisation régionale, sans doute plus importante que l’affectation parcellaire. Jean-Marc Olivier a feint de s’étonner de l’émotion suscitée par le changement de système. « Certains semblent découvrir l’affectation parcellaire. Ce projet est pourtant la suite logique de l’évolution vers un système de gestion INAO initiée il y a dix ans. A l’époque, j’avais mis en garde contre un tel projet. Si le débat peut se relancer, tant mieux. » Mais J.-M. Olivier considère que l’essentiel n’est pas là. « Le Bureau national du Cognac est un outil que beaucoup de régions viticoles nous envient. Les débats y sont peut-être un peu vifs mais les décisions se prennent dans la région. La QNV et demain le rendement Cognac sont des éléments qui restent complètement sous le contrôle de l’interprofession même si, in fine, le ministère de l’Agriculture entérine la décision. Quand on voit la complexité à expliquer notre système en dehors de la région, on comprend mieux pourquoi la prise de décision doit rester régionale. »

J.-M. Olivier a brièvement évoqué l’intégration de Courvoisier au sein du groupe américain Beam Global Spirits & Wine en se posant à lui-même la question de la réussite de cette intégration. « En un mot, bien, en deux mots, très bien. » Avant d’ajouter qu’il n’était jamais très simple de changer de culture d’entreprise, d’objectifs, de projet de groupe. « Mais Beam Global Spirits a su faire preuve de suffisamment de flexibilité et de solidarité pour permettre l’adaptation au nouveau contexte. Fin d’année 2006, les ventes de Courvoisier ont progressé de + 8 %, c’est-à-dire plus que le marché général, ce qui n’est pas mal pour une année de transition. » Le P-DG a indiqué que sa maison continuait de progresser aux Etats-Unis, qu’elle était devenue leader en Grande-Bretagne avec 58 % de part de marché et qu’elle poursuivait son développement en Russie, en Asie. La réunion s’est clôturée sur un air de flamenco rythmant la mise en image des multiples actions de communication conduites par Courvoisier en 2006 un peu partout dans le monde.

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