Jean-Marc Girardeau chez H. Mounier : « Un lien naturel entre viticulture et négoce »

18 février 2015

Il fut pendant onze ans cadre-dirigeant chez Camus. Jean-Marc Girardeau a intégré le 5 janvier 2015 le groupe Unicoop en tant que président du directoire de H. Mounier. Cet homme de 58 ans, né en Charente, a fait toute sa carrière à Cognac, d’abord au BNIC en tant que juriste chargé de la protection de l’appellation puis au sein du négoce. Avec le groupe coopératif, il découvre une autre dimension de la fonction, tout en se projetant dans la continuité.

 

 

p12.jpgPourquoi ce changement ?

Une opportunité m’a été offerte. Par chance, il s’est avéré que cette proposition correspondait assez bien à mes convictions : qu’une relation forte existe entre viticulture et négoce. J’ai le sentiment que le groupe Unicoop incarne ce lien naturel entre les deux entités du Cognac.

Vous avez pris vos fonctions le 5 janvier dernier.

Oui et je fus extrêmement bien accueilli dans l’entreprise, par le président, les équipes. Je connaissais un peu la société ; qui ne la connaît pas quand on est un « vieux Cognaçais » ! J’ai découvert un outil de production, un appareil industriel extrêmement performant, avec des personnes très compétentes.

Votre feuille de route ?

Elle est d’une grande simplicité : faire grandir nos marques tout en préservant les acquis de cette entreprise, qui sont solides. La société possède de très belles marques, Hardy, Polignac, Reynac… Face à un tel patrimoine, une vraie responsabilité existe de capitaliser sur leur potentiel, pour le développer. Hardy USA semble une structure très bien construite. Reynac est une marque magnifique. Je crois beaucoup à la pérennité de la filière Pineau, à tout ce tissu de producteurs motivés par le débouché. Pour moi, le Pineau n’est pas un produit complémentaire du Cognac. Il s’agit vraiment d’un produit à part, pour lequel tous les partenaires doivent avoir le souci de la rémunération. C’est pourquoi nous allons intensifier nos efforts à l’exportation, pour aller chercher la croissance en revenu compatible avec le produit et l’activité de négoce. Nous avons l’obligation d’emmener le Pineau le plus loin possible. Cela demandera beaucoup de discipline.

La situation actuelle est difficile, pour tous les produits.

C’est le lot habituel de nos métiers. Personnellement, je serais très vigilant à ce que la société, dans son expansion, soit très équilibrée, de façon à répartir le risque. Je sais à quel point il est important de ne pas être trop dépendant d’un seul type de débouché.

Votre rôle en tant que chef d’entreprise ?

Ma fonction consiste à définir la stratégie de la société et faire en sorte que les commerciaux, quelle que soit la situation, disposent des meilleurs moyens possibles pour exercer leur métier.

A l’interprofession du Cognac, vous étiez juriste. L’êtes-vous toujours ?

Juriste on le demeure, ad vitam aeternam. C’est une formation de base qui vous construit. Pour moi, il s’agit de quelque chose d’important. D’ailleurs, depuis plus de 20 ans, je suis chargé d’enseignement à la faculté de droit de Bordeaux, là même où j’ai fait mes études.

Que vous ont apporté les onze ans passés au sein de la maison Camus ?

Ces années m’ont ouvert sur le métier de négociant. J’ai beaucoup appris. Mais j’ai aussi vécu cette expérience comme une continuité de mon activité au sein du BNIC, dans un service axé sur l’exportation et la protection des marchés du Cognac. Clairement, en intégrant une maison de Cognac d’une taille très significative, j’ai eu le sentiment de mettre en pratique ce pour quoi je me battais tous les jours au sein de l’interprofession. De par mes racines, le monde de l’entreprise m’a toujours profondément intéressé.

Quel regard portez-vous sur le métier de négociant ?

C’est un métier extrêmement difficile mais qui peut s’avérer très gratifiant. J’ai la conviction profonde que l’entreprise est forte de deux richesses : ses marques, et les femmes et les hommes qui y travaillent. Certes, l’on peut y ajouter le profit, sans qui l’entreprise ne pourrait grandir mais l’essentiel est ailleurs. Sans les salariés d’une entreprise, le patrimoine qui se crée au fil des générations n’existerait pas ; un héritage exceptionnel que nous avons la chance de toucher du doigt à Cognac. J’ai le grand bonheur d’avoir un ami proche qui s’appelle Jean-Vincent Coussié. Ici même, il fut un grand directeur. J’ai beaucoup échangé avec lui ces derniers mois. Au-delà des paroles aimables et amicales qui furent les siennes, son enthousiasme m’a beaucoup touché. Si j’avais eu besoin d’être motivé, j’aurais trouvé quelqu’un pour ancrer ma conviction d’entrer à H. Mounier. Il a « rempli les cases ». On ne fait rien de bien sans passion et, à Cognac, c’est assez facile d’être passionné. Cette dimension « d’héritage » donne tout son sens à la fonction. J’ai rencontré des administrateurs d’Unicoop fiers de leur métier et de leur structure. Je pense notamment à l’un d’entre eux, plus investi dans le Pineau des Charentes. Ce fut un pur bonheur de bénéficier de son expérience, le fruit d’une vie entière de travail.

N’est-ce pas compliqué de se couler dans le moule d’une nouvelle structure ?

Je suis arrivé ici après un mois d’interruption. Honnêtement, je fus presque étonné que la transition soit aussi facile. Sans doute devais-je être prêt intellectuellement à ce changement, même si intégrer une nouvelle entreprise reste toujours une aventure.

Considérez-vous qu’être responsable d’une entreprise soit l’aboutissement d’une carrière ?

Je n’emploierai pas ce terme. Comme je vous le disais précédemment, j’ai l’impression d’avoir eu une carrière assez linéaire, qui s’est déroulée de façon naturelle, dans la continuité. Souvent, c’est à travers le regard des autres que vous percevez le mieux ce que vous avez fait. Avec mes collègues des PME du Cognac, nous formons une sorte de famille. Cela ne nous empêche pas d’être très liés aux sociétés plus grandes mais nous partageons le même univers, les mêmes valeurs. Nous ne nous sentons pas seuls. Il s’agit d’une autre dimension du métier de négociant, très attachante. J’imagine qu’ailleurs en Champagne, dans le Bordelais le même sentiment de solidarité professionnelle se vérifie mais ici, à Cognac, les relations sont solides. J’ai eu le plaisir de vérifier que le même état d’esprit régnait aujourd’hui à l’interprofession. Par le passé, j’ai assisté à trop de tiraillements, d’oppositions pour ne pas me réjouir de ce climat équilibré.

L’avenir vous inspire-t-il confiance ?

L’avenir du Cognac bien sûr et également l’avenir d’H. Mounier. Je pense que la structure d’entreprise permet d’envisager une croissance soutenue, avec tous les bémols qu’il convient de mettre dès que l’on parle marchés. Les aspects approvisionnements sont très bien gérés par le président et son conseil. Les viticulteurs charentais font confiance à Unicoop et sont très bien traités par la coopérative. L’ambition de la société ! Assurer la croissance des entreprises viticoles.

Unicoop – H. Mounier en bref
l Adhérents de la coopérative : 205.
l Administrateurs d’Unicoop : 9, de tous les crus.
l Effectif de la société (filiales comprises) : 90.

 

 

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