Jean-Bernard de Larquier : « Pater Familias »

5 avril 2011

Invité à la « Mise au courant » en tant que chef de famille de la viticulture, Jean-Bernard de Larquier a dû éviter de jouer les provocateurs tout en exprimant ses opinions. Un exercice de haute voltige, non dénué de courage.

Comment faire affleurer une certaine contradiction dans une réunion où vous figurez comme invité ? Vous ne le faites pas et vous passez pour un toutou. Vous le faites trop et vous êtes un goujat. Toute la difficulté consiste à trouver le ton juste, la bonne distance. On va dire qu’à la réunion de la « Mise au courant », J.-B. de Larquier a franchi l’obstacle avec succès. Son autorité naturelle et sa vision transversale n’y furent pas pour rien.

La première escarmouche est venue des 6 de pur de 1999. Le SVBC fait volontiers de cet épisode le fait générateur de sa création. « A l’époque, il ne s’était distillé que 4,20 hl AP/ha soit 32 % de la récolte totale. On ne pouvait pas gérer de tels excédents. La rentabilité de nos exploitations devenait plus qu’aléatoire. Nos structures mouraient à petit feu. C’est le quota d’exploitation mis en place par Bernard Guionnet qui les a sauvés et non les jus de raisins. » Cet argument historique, le syndicat s’en sert aujourd’hui pour fonder sa croisade en faveur d’un « new deal » de la production, basée sur le Pape (Potentiel annuel de production par exploitation), autrement dit le quota d’exploitation. Les 6 de pur constituent-ils une faute originelle ? J.-B. de Larquier a répondu par la négative : « On compare deux situations bien différentes, celle d’aujourd’hui et celle d’hier. En 1997, nous rattrapions un déséquilibre très fort dont tout le monde connaît les origines. A l’époque, il n’était pas envisageable de distiller de forts volumes, qui n’auraient d’ailleurs pas été compatibles avec les débouchés de nos collègues négociants. » (Une expression – « collègues négociants » – que J.-B. de Larquier emploiera à plusieurs reprises – NDLR).

Derrière cette passe d’arme se cache une divergence de fond sur la pertinence de deux systèmes – affectation parcellaire d’un côté, quota d’exploitation de l’autre – et plus encore sur le degré de confiance accordé aux prévisions. Car si l’affectation parcellaire – via l’affectation aux « autres débouchés » – se propose de gérer l’existant sans rien changer au potentiel, le quota d’exploitation invite à jouer sur la surface, en fonction de critères économiques/et ou liés à une vision de marché et donc à des prévisions.

« savoir que l’on ne sait rien »

En matière de prévision de marché, le chef de famille de la viticulture nourrit une opinion bien arrêtée. « Négoce comme viticulture, nous sommes payés pour savoir que dès que l’on parle prévision, on se trompe. L’admettre, c’est déjà y voir beaucoup plus clair. » Il rejoint Y. Fillioux pour dire que la région de Cognac et celle de Champagne ne sont pas comparables. « Le cycle du Cognac est bien plus long que celui du Champagne. Il prête donc le flanc à beaucoup plus d’erreurs. » S’il défend un système d’affectation « fait pour gérer des déséquilibres », il admet cependant que le système ne peut fonctionner « que si les déséquilibres restent supportables ». « Sans cela, l’on n’y arrivera pas. » Par contre, J.-B. de Larquier ne cautionne pas le discours du SVBC quand il tire à boulets rouges sur des opérateurs vins « opportunistes » ; ou quand il condamne par avance toute tentative de diversification des débouchés. Ainsi, Stéphane Roy, du SVBC, pense que « dans une région comme Cognac, il est très difficile de créer une filière alternative. Le débouché Cognac est un débouché extrêmement puissant. Aucune autre filière ne peut s’aligner en prix. » J.-B. de Larquier ne le suit pas dans son raisonnement : « Historiquement, la région n’a jamais eu la capacité de vivre exclusivement de la production de Cognac. Quant à la faible valorisation des autres débouchés, les viticulteurs en sont en partie responsables. S’ils se dotaient de moyens de stockage, ils obtiendraient de bien meilleurs prix. J’en parle d’expérience. » Le chef de famille de la viticulture a également évoqué le problème de la rémunération des eaux-de-vie, ce qui lui a valu une réponse immédiate de Jean-Marc Morel : « Vous connaissez nos frais d’approche des marchés ainsi que les dépenses publi-promotionnelles considérables consenties par les entreprises de Cognac. »

Après avoir affirmé que son rôle « était de faire avancer les choses », Jean-Bernard de Larquier est revenu sur le climat régional. « Il faut savoir que nous ne contraindrons pas 4 453 viticulteurs à bouger s’ils ne le souhaitent pas. Les évolutions se feront mais doucement. Surtout qu’ici, en Charentes, une malheureuse habitude existe, celle de mesurer son importance au nombre d’hectares possédés et non au résultat obtenu. »

Il a redit l’impérieuse nécessité, à ses yeux, de conserver un encadrement des droits de plantation. « Si cet encadrement disparaît, nous n’aurons plus la chance d’en débattre. »

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