Apprendre en voyageant

26 février 2009

jean_batiste.jpgAvant de rejoindre le GAEC familial en novembre 2005, Jean-Baptiste Mariau a enchaîné formations et stages à l’étranger. Des stages qui l’ont conduit aux Etats-Unis puis en Chine, pour une mission de longue durée. Sa faculté d’adaptation a fait le reste. Parcours hautement formateur pour ce jeune homme qui allie aisance et simplicité d’expression.

 

Rendez-vous a été donné au « QG » du GAEC, une maisonnette posée au milieu de la cour de ferme, faisant office de bureau. Il y a vingt ans déjà, les trois frères Mariau y expliquaient leur manière de fonctionner ensemble. Le lieu n’a pas changé. Les trois bureaux sont toujours là, de même que la cheminée, les murs chaulés et la petite lirette au sol. Les associés du GAEC y rentrent toujours avec leurs bottes. En novembre 2005, Jean-Baptiste a remplacé son oncle Jean-Pierre, ancien président de Thalassa, qui a pris sa retraite. Voilà un certain temps qu’il désirait s’installer mais il fallait que l’opportunité se présentât. « S’installer c’est bien mais il faut dégager un salaire de plus. Jusque-là, ce n’était pas tellement possible. » Remplaçant un associé, J.-B. n’a pas eu besoin de modifier la substance de l’exploitation – par un achat de terres par exemple – pour prouver le caractère indépendant de son installation (un des critères de l’installation aidée). Par contre, il va lui falloir rembourser les parts sociales de son oncle et dans un avenir prochain, sans doute celles de son père, quand ce dernier partira à la retraite. Un jour ou l’autre, il devra également racheter le foncier, pour l’instant loué au GAEC. Si la forme sociétaire peut présenter une certaine lourdeur, c’est aussi un gage de sécurité. « La société t’apporte un revenu tout de suite, tu as une garantie. »

Mais avant de s’installer, Jean-Baptiste a « vu du pays », accumulé les expériences. Son sens de l’adaptation, il le sollicite dès sa formation initiale. Après une seconde générale à Jonzac, il choisit de préparer une première S, option biologie, au lycée agricole de l’Oisellerie. Parce qu’il souhaite plus de concret, il repart sur un Bac pro. Suivront un BTS viti-œno à Blanquefort puis un BTS commercialisation des boissons spiritueuses à Beaune en un an (tronc commun avec le premier). « Mes parents ne m’ont jamais conditionné mais ils m’ont poussé à aller toujours un peu plus loin. J’ai fait ce qui me semblait être bon pour moi. Changer d’établissements scolaires m’a permis de voir d’autres gens, rencontrer de nouveaux professeurs, avoir de nouveaux amis, de nouvelles connaissances. »

Embauché en CDD dans les Côtes de Blaye comme responsable d’un chai, il enchaîne rapidement par son stage 6 mois. Il choisit de partir à l’étranger avec Sésame, destination la Virginie, histoire de sortir des sentiers battus de la Californie. Il se sent assez à l’aise avec l’anglais, ayant eu l’occasion de pratiquer la langue en Irlande. En Virginie, il découvre un climat « tropical », pas vraiment propice à la vigne. Sévit une grosse pression maladie. En même temps, la région est très touristique. La chaîne des Appalaches, haut lieu de randonnées « yankee », est toute proche. Washington n’est pas loin non plus ni même New-York. Les magasins de vente marchent fort et les vignerons du lieu tirent bien leurs épingles du jeu. Le vignoble se nomme « Jefferson Vineyard ». Situé à côté de l’agglomération historique de Charlotte’s ville, il est de taille modeste : 17 ha de vignes, un « hochet » au milieu du patrimoine immobilier d’une riche famille américaine. Le stage est rémunéré (5 000 F par mois) et le stagiaire dispose d’un logement, d’une voiture. J.-B. ne se prive pas de quadriller la région et même au-delà. Dans le coin, résident trois stagiaires français et un allemand. Le courant passe entre les jeunes. Au cours de son séjour américain, Jean-Baptiste apprendra quelques rudiments… d’espagnol, travaillant avec une équipe très sympa d’ouvriers latino. Outre la dimension culturelle, le stage lui permet de découvrir un panel de vins relativement différents de ceux élaborés en France. Il y a notamment ce vin blanc sucré et également les copeaux de bois que le maître de chai utilise pour vinifier les vins rouges. De son voyage aux « States », Jean-Baptiste garde des contacts avec le manager de l’exploitation. A l’occasion d’un déplacement en France, celui-ci a fait un détour par les Charentes.

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Un vignoble « français » à 1 heure de Pékin.

A peine deux semaines après son atterrissage des Etats-Unis, Jean-Baptiste reçoit un coup de fil d’un professeur de Blanquefort : « Veux-tu aller faire du vin en Chine ? » Réponse du jeune : « Pourquoi pas ! » Cet appel téléphonique – qui va tout de même conditionner presque deux ans de sa vie – n’étonne pas outre mesure Jean-Baptiste. « Il existe toujours un bon relationnel entre les élèves et les professeurs, explique-t-il. On se donne des tuyaux, on s’échange des informations. » Cette fois, il s’agit pourtant d’un gros morceau. Ni plus ni moins qu’un accord de coopération entre la France et la Chine sur le terrain viticole. Le ministère de l’Agriculture français va aider son homologue chinois à monter un vignoble expérimental près de Pékin. L’initiative se nourrit d’attentes diverses. Pour la France, c’est le moyen d’exporter le modèle français, tant viticole que vinicole. Pour la Chine, il s’agit de se doter d’un outil de formation viticole et œnologique – le domaine doit être rattaché à l’Université de Pékin – mais aussi trouver des solutions pour freiner l’exode rural des paysans. La vigne, « culture peuplante », peut constituer un début de réponse. Concrètement, le projet consiste à implanter 20 ha de vigne dans une région située au nord de Pékin, à une heure de la capitale. Une cave prolongera le vignoble. Si l’action relève d’une démarche publique, elle est pilotée par une entreprise privée, Francetechchina, une joint-venture franco-chinoise basée à Bordeaux et en Chine. C’est elle qui va suivre le projet. Mais elle a besoin d’un représentant sur place, un technicien chargé d’établir le lien entre les parties française et chinoise. Ce rôle sera dévolu à Jean-Baptiste ainsi qu’à son alter ego chinois, M. Tian.

Egalement recruté par Francetechchina, M. Tian a de l’expérience. Ingénieur viticole de formation, il a déjà créé un vignoble dans la province de Shandong, sur la côte est. Il a suivi des stages en Australie et parle anglais. Il sera l’interlocuteur privilégié de Jean-Baptiste ainsi que son interprète. Car le jeune charentais débarque en Chine sans parler un mot de chinois. Les délais du recrutement furent si courts qu’il n’a pas eu le temps d’apprendre ne serait-ce que quelques bribes. Son « boss » lui a bien passé un ou deux bouquins, sans grande efficacité. Le jeune « expat » loge dans un petit hôtel, près de la cave en construction. Finalement, c’est le personnel de l’hôtel, en surnombre, qui va guider ses premiers pas dans le dédale de la langue. « Je n’avais pas le choix. Il fallait bien que j’extraie de moi quelques phrases de chinois. » A la fin de son séjour, il arrivera « à converser un tout petit peu avec les paysans ».

Les trois premiers mois sont assez douloureux. Le jeune homme passe sans transition d’un pays ultra-développé (les Etats-Unis) à un pays en plein développement (« je ne dis pas sous-développé » prend-il soin de préciser). Seul dans la campagne chinoise, loin de tout, il se sent coupé du monde, « un ermite » dit-il. A 22 ans, il n’est pas non plus évident de trouver sa place. Les Chinois attendent de voir de quoi est capable ce « petit jeune qui arrive ». Lui-même a bien conscience d’être devant un « chantier fou ». Pourtant, avec le soutien de M. Tian, il « plonge dedans ». Malgré son jeune âge, sa bonne maîtrise de la technique viticole emporte la confiance. Il montre aussi qu’il est capable d’utiliser le système D : « deux clés à molettes et un bout de fil de fer ». Surtout, il apprend très vite à déminer les petits conflits d’intérêt. Et ces derniers ne manquent pas. Sur les différents chantiers, les équipes oscillent entre 50 et 200 personnes. « En un an et demi, je pense que j’ai fait plus de diplomatie que de technique » Bref, le projet avance et arrive même à son terme (voir encadré). Le domaine de Taishi (prononcer Taicheu) est sur le rail. Le jeune charentais a enchaîné trois périodes de six mois, soit un an et demi passé en Chine. Son salaire d’expatrié – 2 000 € mensuels – est confortable sans être excessif. Mais là n’est pas l’essentiel.

Le premier vin

chine.jpgLors des premières vinifications, « tout le monde nous attendait au tournant » se souvient-il. Le premier vin s’avère d’une qualité un peu au-delà des espérances : bonne concentration, bonne maturité phénolique, vin léger et fruité… Et le vignoble ne pourra que gagner en expressivité avec le temps. Démonstration est faite que l’on peut produire des vins de qualité « à la française » dans un vignoble septentrional de Chine du nord, avec des étés culminants à + 40° et des hivers à – 25°. Sa mission terminée, on a proposé à Jean-Baptiste de repartir en Chine. Il a décliné l’invitation. Il fait décidément trop froid près de Pékin en hiver et une installation l’attendait en Charentes. Il garde un bon souvenir de son expérience et reste en relation avec les Chinois, notamment avec l’équipe de jeunes de la cave. Dès la deuxième année du projet, deux jeunes chinois ayant fait leurs études à l’ENITA de Bordeaux sont venus « tuiler » l’opération. Aujourd’hui, ils sont responsables de la cave.

Pour Jean-Baptiste Mariau, la page des voyages professionnels est-elle définitivement tournée ? Pas complètement. « Si je trouvais des missions de courte durée, pourquoi pas ? » se prend-il à rêver. Il continue de regarder d’un œil concerné les annonces classées. Des destinations comme l’Egypte ou le Kazakhstan ont capté son attention. « Mais il faut être raisonnable. Je ne vais pas tout de même devenir un intermittent de la viticulture ! »

De ces années de formation au long court, il dit avoir gagné « un peu » d’autonomie. S’insérer dans l’équipe du GAEC, continuer de bien communiquer entre associés, tenter d’améliorer – un peu – l’organisation d’une « belle unité », prendre des engagements dans la vie locale et syndicale… Voici ses projets du moment. Des objectifs à la fois modestes et ambitieux. Il n’est pas anodin de « transmettre du sang neuf » à un GAEC fondé en 1973. Qui dit mieux en terme de pérennité.

 

Un vignoble pilote en Chine du nord

Syncrétisme de rigueur pour ce vignoble de 20 hectares – un lilliput à l’échelle chinoise – chargé d’incarner à la fois « l’école française » et l’adaptation au contexte local.

La « french touch », ce sont ces quinze cépages débarqués tout droit de France. On y trouve les incontournables Merlot, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, Pinot noir, Gamay, Chardonnay, Sauvignon et de plus confidentiels comme le Marselan, variété INRA issue du croisement de Cabernet Franc et de Grenache noire. La « qualité France », c’est aussi ces pressoirs, cuves, filtres, table de tri, groupe de froid arrivés par container. C’est la société Fabri, basée à Orange, qui a remporté l’appel d’offre. La spécificité chinoise tient, elle, au climat continental de Chine du nord ainsi qu’à la géologie. L’aridité des sols – sable, pierres, un peu d’argile – le dispute à la rigueur du climat. L’été, le mercure grimpe à + 40 °C et l’hiver, il descend jusqu’à – 25. Conséquence : les vignes sont irriguées par ruissellement en été et à l’automne, on enterre les ceps pour éviter qu’ils éclatent. Le Canada pratique de la sorte mais ici on le fait « à la chinoise », c’est-à-dire en recourant à la force des bras. En plus des vingt familles recrutées pour s’occuper du vignoble, les chantiers d’enterrage et de déterrage rameutent 250 à 300 petits paysans des environs. Armés de pelles, ils vont « butter » une à une les souches. Lors du redoux, ils procéderont en sens inverse. Un travail harassant, pour lequel ils reçoivent une rémunération. Le désherbage ne fait pas davantage appel à la mécanisation. L’entretien des allées se réalise manuellement. Pour l’administration chinoise, il est aussi important d’apprendre à produire du vin que de fixer une population paysanne tentée par l’exode rural. Peu de pression maladies (un peu de mildiou peut-être) mais des criquets, que les paysans chassent à l’aide de répulsif.

chinois.jpgEcartement de 2,5-1 m, piquets béton… L’implantation du vignoble a répondu à un cahier des charges précis. Au final, cela donne un vignoble de 20 ha composé pour 3/4 de cépages rouges et pour 1/4 de cépages blancs. Très continental, le climat s’avère plus propice aux raisins rouges que blancs. Les arômes de ces derniers ont tendance à être un peu brûlés. Avec un cépage comme le Petit Manseng, des essais de vendanges tardives ont été tentés. Avec succès. En sortent des vins d’un degré potentiel de 23 % vol., aptes à faire des vins liquoreux, bien dans le goût chinois.

Dans leur grande masse, les chinois ne possèdent pas la culture du vin. Goûter pour la première fois du vin a fait faire la grimace aux paysans chinois. Le vin reste un produit haut de gamme, réservé à une toute petite frange de la population. A l’inverse, la consommation de bière et d’alcools locaux à base de grains est très développée. En Chine, la vigne a pour vocation principale de produire des raisins de table, des raisins souvent gorgés d’eau. Cependant, des caves à vin existent aussi. Il s’agit généralement de grosses unités d’une centaine d’ha, appartenant à des propriétaires privés chinois. Equipés de matériels étrangers, ce sont plutôt des « usines à vin «. Elles se heurtent à de gros problèmes d’état sanitaire, de maturité. Ces unités s’approvisionnent auprès des petits paysans. Ainsi, existe-t-il un marché de raisins de cuve en Chine mais peu organisé, peu réglementé. Une des plus grandes caves chinoises s’appelle Great Vall. Elle a son siège à Pékin. Le vignoble Rémy Martin ne se situe pas très loin du vignoble expérimental franco-chinois. Historiquement, ce fut le premier. Aujourd’hui, Rémy Martin s’est retiré et le domaine a été repris par des investisseurs privés.

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