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Installation/Agrandissement : Le Match Incertain

26 février 2009

« Joyeux anniversaire papy ! » titrait récemment une revue économique. En 2006, les générations nées juste après la guerre vont fêter leurs 60 ans. Les baby-boomers d’hier vont devenir les papy-boomers d’aujourd’hui. Dans les campagnes, il faut s’attendre à des mouvements de fonds – agricoles – de première ampleur. Ils n’ont pas tort ceux qui disent que « tout va se jouer dans les cinq-six ans ». Nos papys auront alors 65 ans et seront prêts à passer la main. A qui ? Aux jeunes ou à l’agrandissement ? Telle est la question. Pendant longtemps, l’agrandissement n’augura qu’un bruit de basse intensité en zone viticole Cognac. Ici et là quelques individualités se démarquaient par leur gloutonnerie surfacivore mais rien de grave, l’exploitation familiale tenait la rampe. La rupture « historique » se situe peut-être au tournant des années 90-2000. Pour des raisons diverses et variées, dans les têtes, l’empilement des surfaces commença d’incarner une certaine idée de la pérennité. Rien de bien alarmant si le moteur de la reprise des exploitations avait continué à fonctionner. Les appétits des uns et des autres se seraient régulés pour aboutir à quelques ha de vignes de plus chez tout le monde.

Malheureusement, l’ascenseur successoral affiche des ratés. D’abord, d’un point de vue démographique, les enfants des années 80 s’avèrent beaucoup moins nombreux que leurs aînés. Ensuite, les parents – abîmés par des années de galère – n’ont pas su ou pas voulu transmettre le feu sacré à leurs enfants. « Va faire des études mon fils et oublie-moi ! » Conséquence, tous secteurs agricoles confondus, le taux de renouvellement des générations n’est que de 30 à 35 % sur les deux départements charentais (ni pire ni meilleur qu’ailleurs en France). Sur une population de chefs d’exploitation d’environ 15 000 dans les deux départements, les départs concernent annuellement un millier de personnes. En face, que trouve-t-on ? L’installation d’environ 250 jeunes de moins de 40 ans. En gros, une installation pour trois départs. On mesure le déficit.

Ce n’est pas tant que le chiffre des installations soit catastrophique. Après un net décrochage au début des années 90, aujourd’hui il s’est stabilisé et amorcerait même une légère reprise. Mais le niveau d’installation ne suffit pas à contrebalancer le flot des départs, loin s’en faut. En viticulture, même constat. En 2005, ne se seront installés dans la région délimitée qu’une vingtaine de jeunes viticulteurs de moins de 40 ans alors que 149 viticulteurs quittaient le métier dans le seul département de Charente (chiffres MSA).

Une prise de conscience est en train d’apparaître. La crainte diffuse de la profession ! Dépasser le seuil critique au-delà duquel une population, par manque de bras – et de têtes – perd son énergie vitale. Même le négoce de Cognac semble s’être ému de la situation. Certes, pour l’instant, il n’y a pas de crainte à nourrir quant à la déprise du foncier. Les ressorts de l’agrandissement fonctionnent plutôt bien. Mais les arbres ne grimpent pas au ciel. Au-delà de 50 ha de vignes, beaucoup s’accordent à dire « que l’on change de métier » et tout le monde n’y est pas prêt, sans parler des risques et des contraintes associés à la sur-concentration. La profession au sens large trouvera-t-elle les arguments sociologiques, économiques, réglementaires, solidaires qui pourront stopper l’hémorragie ? En terme d’incitation, l’amélioration du climat commercial du Cognac va sans doute y aider. Surtout qu’il se corrèle à une dégradation du marché de l’emploi extérieur. Pour ne parler que de viticulture, la crise du vin ne va t-elle pas inciter les jeunes diplômés charentais, œnologues et autres spécialistes du commerce « vins et spiritueux » à amorcer un retour sur les propriétés familiales ? Par ailleurs, les exigences qualitatives et l’obligation de « faire bon » pour vendre vont peut-être calmer les ardeurs. Les économies d’échelle ont leurs limites.

Mais en même temps, rien n’est simple dès que l’on touche aux structures foncières. Des forces divergentes sont à l’œuvre, aux déterminismes très subtils. Ainsi, par exemple, on ne peut que souscrire à l’agrandissement pour conforter une installation, une aspiration tout à fait légitime. Par conre, l’agrandissement pour tordre le coup au voisin l’est beaucoup moins. On parle pourtant d’agrandissement dans un cas comme dans l’autre. Qu’un jeune ait envie de grossir, bravo ! Qu’il ait envie de tout avaler, c’est une autre histoire. La ligne de démarcation s’avère bien mince entre sens de l’entreprise et emprise.

Le Paysan vigneron de ce mois se consacre presque tout entier à l’installation : mécanismes de l’installation aidée, témoignages… Par manque de temps et de place, nous n’avons pas pu traiter le volet des cédants – incitations à céder à un jeune – l’autre face de la même pièce. Ce sera sans doute l’objet d’un autre numéro. L’aspect le plus positif fut certainement la rencontre de ces jeunes, généralement bien formés et qui jouissent du total soutien de leurs parents. C’est un fait. Quand il y a installation aujourd’hui, elle n’est plus subie mais souhaitée, du côté des parents comme du côté des jeunes. Et ça, c’est plutôt un gage d’efficacité et d’espoir. Fin des paysans ? Souhaitons que non. Faim de paysans, absolument.

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