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In vino veritas

8 mars 2009

Comme beaucoup d’autres régions aujourd’hui, le Midi n’échappe pas aux débats transversaux sur la crise viticole française et l’introspection frise parfois à l’autoflagellation. Mais si la vérité est dans le vin – « in vino veritas » – elle se doit d’être également sur le vin.

bernard_devic.jpgL’anecdote fait mal. Elle est relatée par Jacques Fanet, le directeur du Syndicat d’appellation « Coteaux du Languedoc ». Ce dernier se souvient d’une dégustation « mémorable » organisée par les jeunes vignerons des Côtes-du-Rhône. L’idée : comparer à l’aveugle des vins des Côtes-du- Rhône avec des vins australiens, sud-africains, prélevés sur le marché anglais, un marché clé pour les vins tranquilles. La comparaison porte sur quatre gammes de prix. Au final les Côtes-du-Rhône se retrouvent systématiquement classés bons derniers, exceptés sur la gamme la plus élevée où ils arrivent à faire jeu égal avec les vins australiens et sud-africains. « Voilà la réalité viticole française aujourd’hui » constate avec une certaine tristesse J. Fanet qui se dit persuadé que les résultats auraient été les mêmes avec des vins de Bordeaux ou de Bourgogne. « On ne peut plus vendre notre vin au reste du monde en disant qu’il est bon parce qu’il est français. Cette époque-là est révolue » en tire-t-il comme conclusion. « La crise viticole française ne peut pas se résoudre à travers les modes ou les pratiques actuelles. Ceux qui continueront de travailler comme par le passé, avec des densités de plantation de 2 000 pieds/ha ou des encépagements inadaptés à leurs terroirs seront morts dans dix ans. Il y a vingt-cinq ans, les gens avaient encore une génération devant eux pour réagir. Aujourd’hui, les viticulteurs n’ont plus le choix. Ils doivent s’améliorer où ils disparaîtront. » Pour relever ce niveau qualitatif et redorer le blason des AOC auprès des consommateurs, J. Fanet ne croit pourtant pas aux propositions de René Renou visant à créer une AOCE, le E exprimant le terme « d’exception ». « Ce serait une erreur absolument fondamentale, qui aboutirait à ravaler le reste des AOC à un niveau inférieur. » Pour Bernard Devic, directeur de l’interprofession des vins du Languedoc (avant de rejoindre le Val d’Orbieu), le plus grand danger de la réforme préconisée par le président de l’INAO tient à la confusion dans la tête des consommateurs. « Nous ne sortirons donc jamais du dogmatisme ! Tous les sondages le disent : la moitié des consommateurs ne connaissent pas la signification du sigle AOC et l’autre moitié n’y comprend rien. Et l’on voudrait créer une nouvelle catégorie. Je me demande comment l’on arrive encore à vendre du vin ! » B. Devic poursuit sa charge : « Le vin est l’un des rares produits à ne pas avoir encore fait sa révolution culturelle. A sa place, aucun produit agricole ou alimentaire n’aurait résisté. C’est dire son côté mythique, spirituel. Mais point trop n’en faut. Arrêtons de lui créer des contraintes. Quand je vois les professionnels de ma région et des autres régions monter à Paris pour s’étriper au sujet d’une contre-étiquette. Si l’on pouvait fermer les deux vols quotidiens de Montpellier vers la capitale et le vol par jour de Bordeaux, la viticulture française ne s’en porterait que mieux. »

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