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La Révolution Du GPS

12 mars 2009

A Longré près de Ruffec, Jean-Michel Bonneau est céréalier sur 150 ha. S’il pratique le non-labour il cultive, entre autres soifs de curiosité, celle de l’informatique. En tant qu’utilisateur averti de Tracer, le logiciel d’enregistrement, il a été mandaté par le CER pour effectuer des démonstrations et des formations auprès des agriculteurs. D’où ses allers-retours des céréales au clavier.

« Le Paysan Vigneron » – Que pensez-vous de Tracer ?

photo_3517.jpgJean-Michel Bonneau – Le problème des logiciels existant sur le marché réside dans le fait que ce sont des logiciels relativement complets où l’on part de l’enregistrement de base pour aller vers une étude assez fine de l’exploitation, jusqu’aux marges. Avec Tracer, l’attitude innovante consiste à proposer une solution légère, une version light dira-t-on mais sans être au rabais. Tracer ne va pas jusqu’à la gestion de parcelle. Il fonctionne comme un carnet de saisie et débouche sur un journal d’intervention. Mais, comme il est doté d’un tas d’automatismes, il permet de créer une base de données qui, une fois récupérée, pourra être traitée à d’autres niveaux. Car Tracer c’est aussi la porte d’entrée du logiciel Plain Ciel, un logiciel de gestion de parcelle développé par Arcade, une filiale informatique émanation des CER de l’Ouest. Ainsi l’agriculteur peut-il monter en gamme s’il le souhaite.

« Le Paysan Vigneron » – Qu’est-ce qu’un logiciel de gestion de parcelles ?

J.-M. B. – C’est tout bêtement un gros tableur doté de référentiels, céréaliers, d’élevage ou viticole. Pour aller vite, on peut dire que c’est le référentiel qui fait le logiciel. En France, il existe trois grosses sociétés sur le marché des logiciels de gestion de parcelles : Isagri avec Isamarge, Arcade avec Plain Ciel et CDER informatique, une société de service qui appartient au Centre de gestion de la Marne. Arcade et CDER informatique font partie du réseau des CNCER.

« Le Paysan Vigneron » – A votre avis, est-il normal qu’à travers les logiciels de gestion de parcelles ou leur version « light », les centres de gestion se saisissent des fonctions technico-économiques de l’exploitation.

J.-M. B. – On monte toujours sur les plates-bandes de quelqu’un. Sur un marché, c’est le plus réactif qui prend la place laissée vacante. Dans le même ordre d’idée, l’on voit beaucoup de centres de gestion évoluer vers des centres de gestion administrative. Je ne pense pas que les comptables se mettent un jour à faire du conseil agronomique. Par contre, la gestion permet de mettre le doigt sur des anomalies. Elle aide à formaliser certains points. Sa relative neutralité au plan technique est intéressante.

« Le Paysan Vigneron » – Beaucoup de céréaliers de votre zone utilisent des logiciels de gestion de parcelles ?

J.-M. B. – Je ne pense pas qu’il y en ait plus de 10 %. On est toujours surpris de voir des logiciels inutilisés, laissés dans un coin. Les gens les ont achetés puis ils ont baissé les bras, après un « plantage » ou parce qu’ils n’en ont pas vraiment compris le principe. Sans devoir forcément « mettre les mains dans le moteur », il faut saisir la procédure. Pour ce faire, un peu de formation est nécessaire. Quand je dis formation, c’est une demi-journée ou une journée de prise en main. On voit aussi des gens qui y vont naturellement parce qu’ils ont une logique informatique dans la tête et d’autres pas du tout. Parfois, ils ne savent même pas pousser la souris. Là, il faut tout reprendre à zéro. Dans leur grande majorité, les jeunes ne rencontrent pas ce genre de difficultés. Ils sont familiarisés aux tableurs.

« Le Paysan Vigneron » – Comment êtes-vous venu à l’informatique ?

J.-M. B. – Je n’ai pas de formation particulière. Je n’ai qu’un BTA mais beaucoup de curiosité. Je me suis installé en 1978 et j’ai démarré presque aussitôt. Je faisais partie d’un GDA et il était assez fréquent à l’époque d’avoir des fiches vierges à remplir, des trucs pré-imprimés. La mise en commun des résultats participait à l’émulation collective. Je suis passé presque naturellement à la forme informatique. Plutôt que de répéter les informations, je me suis rendu compte qu’un enregistrement sous un format standard permettait de les manipuler à plusieurs fins. C’est ce que l’on retrouve aujourd’hui avec Tracer, dont le premier objectif est d’éviter la ressaisie d’informations. Dans les années 85, je rêvais un peu d’apprendre le basique de l’informatique. Et puis, avec Amstrad et d’autres, les ordinateurs se sont vite démocratisés et leur utilisation s’est simplifiée. Dans un premier temps j’ai bidouillé des logiciels et puis très vite je les ai achetés. A la Chambre d’agriculture, nous étions un certain nombre à nous intéresser à la question. De testeurs pour les sociétés informatiques, nous sommes devenus assez rapidement vendeurs. J’ai vécu un peu ce moment-là avec Gestalog, un logiciel de gestion de parcelles développé par une société de Castelnaudary, rachetée depuis par Isagri.

« Le Paysan Vigneron » – Cette époque de pionniers est révolue.

J.-M. B. – Certes mais depuis 2-3 ans un gros palier technologique est en train de se dessiner avec la cartographie par GPS. Il y a certainement là quelque chose d’assez extraordinaire qui s’ouvre à nous.

« Le Paysan Vigneron » – Comment est-ce que cela se traduit sur le terrain ?

J.-M. B. – Je travaille avec un voisin entrepreneur. Il est équipé d’un jalonneur GPS. Il n’y a plus besoin de poser de jalons dans les champs. A côté du volant, un écran indique la bonne distance, le bon écartement. Sur la moiss.-batt., l’informatique embarquée récupère toutes les données de rendement sur des cartes. Les différences de couleurs correspondent à des différences de rendements. Après, il ne reste plus qu’à interpréter les problèmes agronomiques et à trouver des solutions, en terme de semis, d’apports, etc. Il existe déjà des semoirs équipés d’un GPS pour régler le débit. On appelle ça la modulation. Cette technique encore expérimentale reste un peu chère mais à la vitesse où va l’informatique… Le système GPS dont est doté mon collègue entrepreneur coûte plus de 100 000 F. Un investissement qui n’est pas envisageable à titre individuel mais qui, ramené à l’ha, devient tout à fait supportable. Je paie 50 F de l’ha en plus du battage pour bénéficier d’autre chose que des informations brutes de rendement. Cette évolution technologique est concomitante à une autre révolution, celle des obligations légales et des contrôles qui vont de pair. J’ai souscrit un CTE, je suis dans une zone vulnérable où s’applique la directive nitrate. Les coopératives commencent à parler de cahiers des charges à des fins de traçabilité.

« Le Paysan Vigneron » – Comment se comportent les rendements dans votre zone. Est-ce la course au « toujours plus » ?

J.-M. B. – Dans la plaine de Ruffec, nous faisons une moyenne de rendement en blé de 70 quintaux, à peu près le même niveau en orge de brasserie, 25-30 q en colza et 30 à 35 q en tournesol, les deux têtes d’assolement. Si le rendement reste toujours le « juge de paix » et s’il a toujours légèrement tendance à monter, il plafonne aussi un peu. Les gens diminuent leurs intrants, même parfois un peu trop. Bien sûr, il y a encore ceux qui ne raisonnent pas ou peu, qui aiment bien que leur champ soit plus vert que celui du voisin et acceptent de payer cher « le dernier coup de peinture ». Mais de plus en plus nombreux sont ceux qui adaptent l’objectif de rendement à l’objectif économique : faire moins de rendements sur certaines parcelles pour, au bout du compte, gagner plus d’argent. Lors des formations Tracer, j’ai été surpris de voir des éleveurs, qui font des céréales « à côté », ne pas tenir compte de leurs apports de fumier dans leur plan prévisionnel de fumure. Les techniciens leur disaient d’apporter tant d’azote, tant de phosphore… Très performants sur leur élevage, ces éleveurs déléguaient complètement le suivi de leurs autres ateliers. Dans certaines circonstances, l’enregistrement des pratiques a au moins le mérite de replacer l’agriculteur aux commandes.

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