Grève Chez Les « Martell »

11 mars 2009

C’est une forme d’action que l’on s’attend davantage à trouver chez les Kurdes ou les sans-papiers, laissés-pour-compte, desperados de la société de consommation. La grève de la faim ne fait pas partie des habitudes cognaçaises ni même des formes de lutte prônées par les grandes formations syndicales, CGT, CFDT ou FO. C’est pourtant le moyen qu’ont choisi les salariés de Martell pour dire non à la perspective de 50 licenciements. Une grève de la faim a été entamée par trois d’entre eux depuis plus de 15 jours. Attitude courageuse, digne de respect mais dangereuse aussi. Outre le danger vital que cela représente pour les grévistes, n’y a-t-il pas là un côté disproportionné, source de surenchère. En cas de conflit plus grave, de plan de licenciement plus radical, quelle serait la riposte ? L’immolation par le feu ? Pourtant, cette grève plaît. Une caravane installée devant les grilles Martell, les grévistes de la faim à l’intérieur et des grappes de gens qui viennent en visites, comme à confesse. C’est calme, maîtrisé. Les bonnes gens apprécient. « Cela ne gêne pas le travail ». On ne pourra s’empêcher de voir dans cette réaction un certain cynisme mais aussi d’en tirer quelques remarques. On a tous en mémoire les « barrages » de 1998 où les viticulteurs avaient été emportés par un coup de fièvre pour ne pas dire par un coup de sang. Trois jours durant, ils avaient bloqué la ville, déclenchant un courant de haine insoupçonnable. La société laborieuse avait alors craché sa vindicte à l’égard de ces « paysans », gens venus de nulle part avec leurs gros tracteurs pour s’interposer au train-train journalier des affaires. Cette réaction de rejet viscéral, comparée à la mansuétude pour une grève « si propre » ne peut pas laisser indifférent. Elle « interpelle », sur l’égocentrisme du genre humain, l’incommunicabilité entre les différentes strates de la société, les formes d’action à mener et leur impact médiatique. Sans oublier la solidarité entre les « forces du travail ». Peu ou pas de salariés des chais sur les barrages comme, aujourd’hui, il y a peu ou pas de viticulteurs aux côtés des grévistes Martell. Seuls la Confédération paysanne et le Modef ont manifesté leur soutien. C’est que l’image de « petit patron » qui colle à la peau du paysan renvoie à celle des « gros salaires » et du statut privilégié des « rouleurs de barriques ». Deux mondes se toisent depuis des générations, pourtant issus du même terreau, des mêmes villages, souvent des mêmes familles. Trop proches, trop différents. Reste qu’au fond de soi, nul n’ignore l’irrédentible similitude des situations. Aux « licenciements boursiers » dénoncés par les salariés répondent la crise de la viticulture et des achats divisés de moitié. « Qui doit être responsable de la mauvaise gestion des entreprises ? » s’interroge un syndicaliste qui regrette dans la foulée que ce soit l’image de Martell qui fasse les frais de l’opération. Le même n’oublie pas de souligner que le problème dépasse la société en question. « La société Ricard a qualifié de “plan de licenciement“ ce que d’autres maisons ont présenté comme “plan d’entreprise”. Mais en dix ans, 1 300 emplois ont été supprimés dans le négoce cognaçais. »

A merica, America ! Vu de Cognac, la guerre contre l’Irak a de quoi donner des sueurs froides. Et quand on voit le président Chirac monter au créneau, on se dit qu’un profil plus en demi-teinte servirait mieux les intérêts de la filière (même si tel n’est pas la priorité), avant de désigner la France comme le bouc émissaire idéal pour d’éventuelles rétorsions américaines. Ceci étant, d’un point de vue purement factuel, les commandes de Cognac aux États-Unis ne connaissent pas à ce jour de dépréciation et la rue se montrait encore il y a peu plutôt favorable aux thèses françaises. Mais la rue est tellement versatile. Au plan économique, faut-il redouter un conflit ? Là encore plus de questions que de réponses. La guerre du Golf de 1991 avait eu des effets dévastateurs sur les économies occidentales. Et, fatalement, le Cognac va mal quand l’économie va mal. Par ailleurs, il est clair qu’un dollar à 0,85 euro s’avère plus favorable aux exportations qu’un dollar à 1,10 euro mais, là encore, ces valeurs fluctuent très vite. Durée du conflit, enlisement, pas enlisement… l’avenir se jouera sur de tels critères.

Une délégation composée de Didier Braud, Jean-Marie Arrivé et Jacques Maroteix, tous trois de Charente-Maritime, s’est rendue à Bruxelles à la mi-mars, dans le cadre de consultations informelles autour du « Plan global Cognac », notamment dans son aspect « 80/20 » (20 % d’affectation obligatoire hors Cognac). Sans surprise, il ressort de cette rencontre que Bruxelles souhaite avant tout réaliser des économies budgétaires en terme de distillations et que la région ne déverse pas trop de vin sur les marchés. Par ailleurs, l’inflexion ultra-libérale de la Direction des marchés des produits animaux, des produits spécialisés et des produits vitivinicoles, dirigée par un Danois, Lars Christian Hoelgaard, n’aura pas échappé aux Charentais. Cela les convint un peu plus que, pour s’appliquer, la règle des 80/20 devrait nécessairement relever d’un choix volontaire du ministère de l’Agriculture. « C’est un problème politique et non juridique » constate Jacques Maroteix qui a fait état d’une prochaine entrevue entre le ministère de l’Agriculture et une délégation charentaise qui devrait se composer de trois représentants de Charente et de trois représentants de Charente-Maritime, raison d’équilibre oblige. « En fait, précise-t-il, ce régime des 80/20 n’a vocation à s’appliquer que durant les deux ou trois premières années du passage à un système INAO, le temps que le délai de deux ans pour changer d’affectation se mette en place et instaure une certaine inertie. » La crainte exprimée par le président de la Chambre d’agriculture 17 ! « Si le décret INAO n’est pas publié au J.O. rapidement, il y a fort à parier qu’il ne sorte jamais, compte tenu des pressions qui ne manqueront pas de s’exercer. »

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