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Le Passeur

13 mars 2009

Georges-André Morin embrasse la dimension temps. Ils sont quelques-uns, peu nombreux, à pouvoir se livrer à cet exercice dans la région.

 

« Le Paysan Vigneron » – D’où est venu le projet de réédition du livre de Louis Ravaz ?

georges_andre_morin.jpgGeorges-André Morin – A l’époque où Jean Glavany avait chargé Jacques Berthomeau d’une mission sur le Cognac, ce dernier avait rencontré Marcel Nicolas – le prédécesseur de Jean-Yves Hocher – pour s’entretenir avec lui de la diversification. J. Berthomeau connaissait l’existence de l’ouvrage de Ravaz et l’idée d’une réédition a germé, avec l’appui financier de la caisse régionale. Il se trouve que j’avais en ma possession un exemplaire en bon état, ce qui est assez rare, compte tenu de la mauvaise qualité des papiers de l’époque. L’éditeur a pu scanner les pages et reproduire à l’identique le livre. Envisagé fin 2000, le projet a abouti cette année et j’en suis très heureux.

« L.P.V. » – Quel regard portez-vous sur l’ouvrage de Ravaz ?

G.-A. M. – Il comporte plusieurs dimensions et d’abord une dimension historique. Il permet de se rendre compte de la formidable aventure humaine et scientifique qu’a pu représenter la reconstitution du vignoble charentais après la crise phylloxérique. Il faut bien avoir à l’esprit qu’au moment du phylloxéra, dans les années 1875-1880, la région vendait plus de 400 000 hl AP de Cognac. Elle mettra plus de cent ans à retrouver ce niveau. Dans les années 1950 encore, la région n’expédiait que le tiers de ces volumes. Le phylloxéra a peut-être sauvé la région d’une crise de surproduction, mais, en creux, il a aussi fait le lit des alcools de grains qui se sont substitués aux alcools de vin. Si, parmi les viticulteurs charentais, un homme a marqué la fin du XIXe siècle, ce fut bien Albert Verneuil, non seulement pour le rôle important qu’il a joué dans la réhabilitation du vignoble mais aussi par son côté visionnaire, presque prophétique. Dans son ouvrage, Louis Ravaz y fait allusion. « Dans quelques années, note-t-il, d’après le calcul de M. Albert Verneuil et d’après toutes les prévisions, avec une surface replantée en vignes qui ne sera que la moitié de la superficie de l’ancien vignoble et avec une culture intensive telle qu’on la pratique aujourd’hui, car c’est la seule qui permette de couvrir les frais considérables d’établissement et d’entretien, il est à prévoir qu’avec des récoltes abondantes, nous arriverons à la surproduction. Quel en sera le remède ? Faudra-t-il après tant d’efforts, arracher nos vignes, comme on le fit au XVIIIe siècle, ou vendre notre vin à vil prix ? » Ces propos ne résonnent-ils pas avec une troublante actualité ?

« L.P.V. » – Outre la dimension historique, quels sont les autres intérêts du livre ?

G.-A. M. – La principale contribution de l’ouvrage de Ravaz est de démontrer la large variété de cépages qui existait en Charentes après la reconstitution post-phylloxérique. Certains de ces cépages traditionnels sont parfaitement aptes, encore aujourd’hui, à produire d’excellentes eaux-de-vie : la Folle blanche, le Montils, le Colombard bien sûr. A l’heure où l’on parle de diversification, ne serait-il pas également opportun de rechercher un type de produit lié à un cépage traditionnel ? Quant à l’eau-de-vie, n’oublions jamais que le vin préexiste au Cognac, l’eau-de-vie n’étant presque qu’une « abstraction » du vin.

« L.P.V. » – A vous entendre, doit-on comprendre que vous n’êtes pas un adepte de la spécialisation des vignobles ?

G.-A. M. – Je dirais volontiers que la double fin est « consubstantielle au Cognac » et constitue un facteur de souplesse. Posons-nous une question : dans les règles de l’INAO, existe-t-il une opposition fondamentale à la double fin, dans la mesure où cette double fin saurait s’adapter aux canons de l’appellation ?

« L.P.V. » – Votre exploitation se situe à Thézac, entre Saintes et Saujon. Comment se porte ce secteur de Bons Bois ?

G.-A. M. – La situation est difficile mais les viticulteurs de Bons Bois disposent d’une force relative, celle d’être aguerris aux difficultés et d’avoir su se diversifier sur le Pineau, la vente directe. Il s’avère que certains en tirent aujourd’hui d’honorables rentabilités. Pour revenir au livre de Ravaz, ce dernier rappelle que l’expression usitée au XIXe siècle pour désigner notre région était celle de « Champagnes boisées ». Je pense que des surprises naîtraient d’un classement de cru par parcelles plutôt que par listes de communes entières. D’ailleurs, ne nous y trompons pas, la vigne est très ancienne dans nos contrées. Peu de gens savent que la première représentation en France d’un pressoir se trouve à l’église de Thaims, à 3 km d’ici. Le pressoir est actionné par les servantes de Bacchus (les bacchantes) aidées par le dieu Pan. Ce bas-relief en marbre du IIIe siècle est un vestige d’une villa romaine entre Saintes et Talmont. Pour faire bonne mesure, je convoquerais Ausone, préfet des Gaules, équivalent d’un Premier ministre, dont le territoire s’étendait de l’Angleterre aux rives du Rhin jusqu’au nord du Maroc, en passant par la Gaule et la péninsule Ibérique. Eh bien Ausone, dans sa correspondance, vantait le vin provenant de sa villa près de Saintes. S’il vous fallait une preuve, la voilà !

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