Forume pulvérisateurs : Des essais rigoureux

15 décembre 2013

L’édition 2013 du Forum pulvérisateurs a connu un franc succès. 350 à 400 viticulteurs ont participé à cette manifestation qui a mobilisé l’attention du public de la première à la dernière heure. Le travail technique rigoureux et important que réalisent les équipes de techniciens des chambres d’agriculture de Charente, de Charente-Maritime, de la MSA et de l’IFV lors des essais permet de faire avancer la maîtrise de la qualité de la pulvérisation. Un véritable pool technique pulvérisation s’est constitué en Charentes pour mener à bien cette manifestation.

L’intérêt autour des performances des équipements de pulvérisation viticole s’est considérablement renforcé au cours des dix dernières années, en raison d’une part des nouvelles exigences environnementales fixées dans le cadre du plan Ecophyto et d’autre part de la pression parasitaire forte dans la région de Cognac. La sensibilité au mildiou des vignes d’ugni blanc, le développement plus fréquent de l’oïdium, un retour des attaques de vers de la grappe et de botrytis cette année… attestent du contexte parasitaire complexe auquel est confronté le vignoble de Cognac. Les exigences actuelles de productivité élevées et l’agrandissement de surfaces de certaines exploitations sont des éléments qui interfèrent indirectement sur la mise en œuvre des traitements. Dans beaucoup de propriétés, la réalisation de la couverture phytosanitaire est abordée avec un objectif de recherche de productivité des travaux maximum qui n’est pas toujours compatible avec la qualité de la pulvérisation. Les exigences de respect de l’environnement et de santé humaine amènent aussi de plus en plus de viticulteurs à porter un regard différent sur l’utilisation des pulvérisateurs.

Un pool technique totalement dédié à la pulvérisation

Avec le recul, on peut dire que les responsables de la section Viticole des Groupements du Cognac, qui en 2009 avaient souhaité mettre en place un banc d’essais de plein champ pour les pulvérisateurs viticoles, ont eu une initiative judicieuse et avant-gardiste. Leur initiative a débouché sur la création du Forum pulvérisateurs qui s’est imposé comme un événement unique et unanimement reconnu. L’évaluation des performances des pulvérisateurs en conditions réelles n’avait jamais été abordée d’une façon aussi exhaustive. L’idée de départ des viticulteurs était toute simple : « Evaluer finement les performances des pulvérisateurs en conditions réelles pour acquérir des données d’utilisation plus fiables qui permettront aux viticulteurs de mieux régler leur matériel. » Un véritable pool technique s’est constitué autour de ce projet avec la forte implication des équipes de techniciens des chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime et des ingénieurs de l’IFV chargés des recherches sur la pulvérisation. Laurent Duchêne, le conseiller viticole de la chambre d’agriculture de la Charente, a été cette année le coordinateur de l’organisation de la manifestation. Le protocole d’expérimentation très complet qui a été établi a été « pensé » pour tester les matériels dans les deux modes de conduite les plus fréquents dans la région, les vignes hautes et larges palissées et les arcures hautes à port libre. Le Forum pulvérisateurs mobilise des moyens humains et techniques très importants car l’évaluation des performances est abordée d’une manière globale par trois séries de tests : une première concernant les réglages et les mesures d’utilisation, une seconde consacrée à l’analyse de la qualité de la pulvérisation et une troisième dédiée aux aspects de fonctionnalité et de sécurité des appareils.

L’acquisition de données pertinentes

La manifestation se déroule depuis 2009 sur le même site et dans les mêmes parcelles du domaine Rémy Martin des Martins à Juillac-le-Coq. Un certain nombre d’observateurs pensaient au départ que la finalité de cette initiative était de seulement comparer les performances des appareils entre eux. Or, l’approche de travail proposée va beaucoup plus loin. Elle permet d’acquérir des données techniques pertinentes sur le fonctionnement des pulvérisateurs les plus utilisés dans la région. L’analyse détaillée des résultats permet de connaître la performance des appareils dans les conditions testées et suggère des pistes d’amélioration au niveau des réglages (débit/ha, type de buses utilisées, vitesse d’avancement, réglages des organes de pulvérisation, largeur traitée maximum…). L’objectif est de réaliser une pulvérisation de qualité en conciliant les exigences de productivité du travail. Si certains constructeurs se sont montrés suspicieux au départ, ils ont très vite changé d’avis. A l’issue de la première édition du forum en 2009, l’approche très sérieuse du déroulement des tests et l’interprétation objective des résultats qui en a été faite ont supplanté toutes les réticences. Les résultats des trois éditions du Forum pulvérisateurs (2009, 2011 et 2013) ont permis d’acquérir des données de références sur les conditions d’utilisation de 18 pulvérisateurs. Une véritable banque de données d’utilisation des pulvérisateurs a été constituée en s’appuyant sur une méthodologie rigoureuse et objective. Une diversité d’éléments comme par exemple les vitesses d’avancement conseillées, le choix et le débit des buses, le positionnement des organes de pulvérisation, les puissances absorbées, les consommations de gas-oil, la qualité de la pulvérisation sur le feuillage et les grappes, de débit de chantier, les pertes dans l’air et au sol… sont accessibles sur les sites Internet des chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime et sur MATEVI.

Six appareils testés en 2013

p43.jpgL’édition 2013 du Forum pulvérisateurs s’est déroulée en deux temps : la réalisation des essais proprement dit du 15 au 19 juillet, et ensuite la présentation des résultats lors de la journée d’information du 10 septembre dernier. Cette année, 6 pulvérisateurs ont été testés : le Chabas KWH turbo 3, le Chabas KWH turbo 3 avec module électrostatique, le tunnel de pulvérisation ventilé Dhugues Koléos, le pneumatique Grégoire Speedflow Progress, le Tecnoma Vectis Précijet, et le flux tangentiel Weber face par face. La semaine d’essais au champ a mobilisé quotidiennement une vingtaine de techniciens (des chambres d’agriculture, de l’IFV et de la MSA) et 5 à 6 viticulteurs. Les tests se déroulent depuis la première édition sur le même site du domaine des Martins dans des parcelles d’ugni blanc qui possèdent une vigueur homogène et représentative du contexte régional. Les équipes des constructeurs présents lors des essais prennent en charge tous les réglages des matériels (en terme de qualité de pulvérisation et de débit/ha) dans une plage de vitesse d’avancement imposée qui se situait entre 5,5 et 7 km/h. Tous les tests se sont déroulés en utilisant un tracteur identique, un Claas Nectis 247 F 4RM ,qui avait été mis à disposition par le Centre Claas d’Angoulême. Le choix d’utiliser un tracteur unique est indispensable pour que les mesures de rayon de braquage, de puissance absorbée et de consommation de gas-oil soient comparables. Les tests de performances en statique et au vignoble pour un appareil nécessitent une journée complète de travail, d’où le rythme bi-annuel de cet événement.

Un diagnostic d’utilisation des appareils complet

p44-1.jpgLes caractéristiques de fonctionnement des appareils sont littéralement « décryptées » par trois séries de tests conduits sous la tutelle d’équipes de techniciens ayant des compétences reconnues dans divers domaines. Les aspects de contrôles et diagnostic des pulvérisateurs ont été pilotés par Matthieu Sabouret et Joël Deborde, les techniciens en machinisme des chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime. Leur travail s’est attaché à décrire le type et le gabarit des appareils, à mesurer un certain nombre de paramètres, la précision de la jauge, le rayon de braquage, la puissance absorbée, la consommation de gas-oil, et à réaliser un diagnostic du pulvérisateur après que les constructeurs aient effectué les réglages. Ce dernier volet de mesures permet de contrôler les niveaux de pression, les vitesses de rotation des ventilateurs (au régime de 540 tr/mn de pdf), les débits des buses, les litrages/hectare et les vitesses d’avancement. Un débit de chantier est calculé au moment des passages dans les deux modes de conduite, en tenant compte de la largeur traitée (nombre de rangs traités en un passage), de la vitesse d’avancement et du temps de manœuvre en bout de rang (évalué à environ 15 % du temps total de traitement). Le temps de remplissage des pulvérisateurs n’est pas pris en compte dans le calcul des débits de chantier. Les mesures de puissances absorbées ont été effectuées en statique et pour la traction sur un terrain plat dans des allées enherbées et aussi sur route.

Des mesures de concentrations de bouillie qui font la différence

p44-2.gifLes contrôles de la qualité de la pulvérisation ont été pilotés par Alexandre Davy, l’ingénieur chargé des travaux de recherches sur la pulvérisation à l’IFV Aquitaine. Le protocole pour apprécier la qualité de la pulvérisation est très rigoureux, innovant mais qui présente l’inconvénient d’être lourd à mettre en œuvre. Les travaux de recherche conduits depuis une quinzaine d’années au sein de l’IFV ont débouché sur le développement d’une méthode d’analyse de la qualité de la pulvérisation fondée sur les dosages de concentration de matière active réellement appliqués au vignoble. C’est un progrès important par rapport aux historiques papiers hydro-sensibles qui ne caractérisaient la répartition du spectre de pulvérisation que sur un plan qualitatif. L’avantage de la méthode IFV réside dans le fait qu’elle permet à la fois de porter un jugement quantitatif et qualitatif sur la pulvérisation. Le principe est de doser la quantité d’un marqueur (un colorant alimentaire, la tartrazine) recueillie au niveau des feuilles et des grappes et ensuite de comparer ces résultats avec la concentration d’origine qui avait été préparée au moment du remplissage de la cuve du pulvérisateur. Le colorant alimentaire, la tartrazine, est dilué dans les pulvérisateurs à une concentration connue et contrôlée d’environ 5 g/l. Les dépôts de bouillie sont recueillis sur la végétation et les grappes en posant et enlevant de nombreux capteurs (des bandelettes en PVC souples agrafées) sur toute la structure de la surface foliaire. Le protocole a été adapté à la vigueur assez forte des vignes charentaises, puisque trois niveaux de piégeage ont été implantés sur la hauteur du palissage avec un gradient de pénétration à l’intérieur des rangs. Les bandelettes sont posées à la fois sur les faces inférieures et supérieures des feuilles, pour bien apprécier la capacité d’exploration des flux de pulvérisation.

Plus de 1 000 capteurs pour tester un appareil

p45-1.jpgLa pose des bandelettes et des pièges demande de la rigueur pour respecter le protocole d’implantation sur les trois zones de palissage, mais leur enlèvement est encore plus délicat. Les capteurs doivent être détachés délicatement des feuilles et des grappes pour ne pas enlever les dépôts. Ensuite, ils sont plongés dans des tubes identifiés par zone de végétation remplis d’eau au contact de laquelle le colorant se solubilise. Le conditionnement et la codification des tubes échantillons nécessitent une organisation rationnelle pour qu’ensuite les analyses de dosage de matières actives soient réalisées dans les meilleures conditions. Il est nécessaire de poser 480 capteurs sur les feuilles et 80 pièges sur les grappes pour tester la qualité de la pulvérisation d’un seul appareil dans un mode de conduite. L’importance de la cartographie de capteurs sur les palissages explique en grande partie la fiabilité de la méthode des dosages des dépôts de matières actives. Lors des essais 2013, plus de 6 700 capteurs ont été mis en place et ensuite analysés pour tester les six pulvérisateurs dans les deux modes de conduite. L’organisation du forum est une démarche lourde à mettre en œuvre qui nécessite la mobilisation d’équipes importantes et formées pour gérer une méthodologie complexe.

Les pertes au sol et dans l’air quantifiées

p45-2.jpgCette année, A. Davy a mis au point une méthodologie pour apprécier de façon rationnelle les quantités de bouillies fixées par la végétation et également les pertes au niveau du sol et dans l’air. La quantification précise des quantités de bouillies « perdues » est un élément nouveau qui était très attendu. En effet, les viticulteurs n’avaient jusqu’à présent aucun moyen de savoir quelle était l’importance de la fraction de la bouillie diluée dans la cuve qui n’atteignait jamais les rangs de vignes. Des chiffres circulaient – 30, 40, 50, 75 % – on ne savait pas ! La notion d’efficacité de performance de la pulvérisation n’intégrait pas les pertes dans l’air et au sol. L’expérience acquise par A. Davy et son équipe dans les expérimentations de pulvérisation leur a permis de tester discrètement depuis quelque temps une méthodologie pour quantifier les pertes. La méthode est aujourd’hui efficiente et les chiffres présentés dans les différentes fiches (pages XX à XY) lèvent le voile sur un sujet important. Les quantités de bouillie fixées par la végétation sont calculées en corrélant les résultats des tests de dépôts de bouillie à la surface foliaire. La mesure précise de la surface foliaire permet de calculer la quantité totale de bouillie fixée par la végétation et ensuite celle-ci est comparée au volume de bouillie pulvérisé. La quantification des pertes au sol a été mesurée en positionnant dans les interlignes des bandes de bâches plastique (de surface connue, 3 m x 1 m) plaquées sur la terre. Les dépôts de bouillie qui se produisent sont conservés en pliant avec attention les bâches. Celles-ci sont ensuite lavées dans des bacs et le liquide recueilli est ensuite analysé. Les quantités de dépôts de bouillie obtenues expriment les pertes au niveau du sol. Les pertes au niveau de l’air sont ensuite estimées par déduction des quantités à la fois fixées par la végétation et perdues sur le sol.

Le regard plus pratique d’un jury de viticulteurs

Le dernier volet des essais a concerné une analyse détaillée de la fonctionnalité et des aspects de sécurité des pulvérisateurs. Un groupe de 4-5 viticulteurs de la Section Viticole et Bruno Farthouat, le conseiller sécurité de la MSA des Charentes, ont porté un regard pratique sur tous les matériels. Ce volet des essais est conduit à partir d’un questionnaire concernant tous les aspects qui interfèrent sur l’utilisation. Cela englobe une série d’éléments comme la signalisation routière, la clarté de la notice d’utilisation, la manipulation des vannes et des débrayages, les réglages des buses (mains et canons), l’accès et la manipulation des filtres, la facilité d’attelage, les possibilités de réglage depuis le poste de conduite, le positionnement du lave-mains, la quantité d’eau stockée, la lisibilité des manomètres et des jauges, les conditions de remplissage et la facilité de nettoyage. Les conclusions sont synthétisées sous la forme de commentaires succincts qui ont été présentés au public lors de la manifestation du 10 septembre dernier.

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