Filière Vins de base mousseux : « Nous aurons nos 400 HA »

13 mai 2015

Les négociants de la filière Vins de base mousseux sont confiants. Au vu des sollicitations, ils pensent décrocher sans problème les 400 ha demandés. Côté viticulture, après un « oui instinctif », nombreux sont ceux à y regarder de plus près et à renoncer. Car les contraintes existent.

 

 

Les principaux opérateurs Vins de base mousseux de la place – Distillerie de la Tour, Etablissements Latreuille, Distille-ries Charentaises, SVE, Distillerie Merlet, Charentes Alliance – l’affirment. Depuis le lancement de l’opération, en février-mars, ils ont été amplement interrogés par les viticulteurs. Même ressenti de la part des courtiers qui, en l’occurrence, servent très souvent de relais. « On nous pose beaucoup de questions. Nous essayons d’expliquer le pourquoi du comment du parce que » commente en souriant Hervé Pogliani.

Comme ses collègues, Jean-Michel Naud a rencontré au fil de ses contacts deux types de comportements. « Des viticulteurs qui voient l’opportunité de planter des cépages double fin et d’autres plus engagés dans la filière Vins de base. » En ce qui le concerne, sa société – mais elle n’est pas la seule dans ce cas-là semble-t-il – a pris le parti de proposer un contrat de production conditionné par un engagement en cépage autre. En clair, si le viticulteur souhaite demander un ha d’Ugni blanc ou de Colombard, il devra également « mettre au pot » un ha de Sauvignon ou de Chardonnay. L’un n’ira pas sans l’autre. « C’est une question d’éthique et d’adaptation au marché » note l’opérateur qui constate « qu’en général les gens sont d’accord ».

Liberté contractuelle

« Personne n’est obligé de signer le contrat, confirme H. Pogliani, ni le négociant ni le viticulteur. Après, c’est une discussion à avoir entre nous. Si un viticulteur veut se positionner sur un volume de 150 hl/ha, je lui proposerai de planter du Chardonnay plutôt que du Colombard. » « Il faut bien voir, poursuit-il, que nous sommes sur un produit industriel. Pour obtenir un revenu brut ha cohérent – de l’ordre de 5 à 6 000 € ha – il convient de viser des hauts rendements. »

Restera ensuite à confirmer ces volumes dans le temps, quels qu’ils soient, 150 hl vol. ou 250 hl vol./ha. Car le principe est de valider un rendement et de ne pas y déroger durant toute la durée du contrat.

Dans leur ensemble, les opérateurs expri-ment un vœu : « ne pas faire d’épicerie ». En clair, ne pas collecter 25 hl ici, 25 hl là. « Nous sommes sur des produits dits industriels qui supposent de limiter les coûts d’approche. Sur chaque exploitation (voire chez deux voisins), nous voulons pouvoir retirer au minimum un camion de 250 hl vol. de vin. Ce qui revient à planter au moins un ha. D’ailleurs, la majorité des demandes oscille entre 2 et 5 ha. »

Un prix minimum sera inscrit au contrat. Dans la nature, circule des chiffres, pas loin du simple au double entre le prix d’un vin « cépage autre » et celui d’un vin cépage Cognac. Mais les volumes espérés ne sont pas les mêmes non plus.

Attractivité

En termes de revenu, les ha Vins de base mousseux réussiront-ils à faire jeu égal avec le Cognac ou du moins à présenter une attractivité suffisante ? C’est la grosse interrogation.

Julien Nau (société SVE à Saint-Palais-de-Négrignac) n’élude pas le propos et apporte même un début de réponse. « A priori, la contrepartie financière offerte par les vins de base paraît moins intéressante que le revenu tiré d’un produit d’appellation comme le Cognac, surtout quand ça fonctionne bien. Un écrémage des candidats s’exercera forcément. Maintenant, des personnes, dans la région, ont compris l’intérêt d’avoir un vignoble industriel à côté des vignes destinées à produire une appellation, élaborateurs comme viticulteurs. C’est tout le challenge des vignes à haut rendement. »

Certains jettent l’éponge

Certains viticulteurs, au vu des contraintes et des incertitudes, préfèrent jeter l’éponge. « Après un oui instinctif, note un courtier, une période de réflexion s’enclenche, qui aboutit parfois à un non. » Pour autant, il ne doute pas lui non plus que l’enveloppe VSIG (Vin sans indication géographique) soit honorée, au-delà du quota. « A priori, les demandes devraient représenter pas loin du double du contingent » pronostique-t-il.

Gilles Merlet (Distillerie Merlet) partage son avis. « Nous avons soutenu l’idée, depuis le début. Personnellement, j’ai toujours pensé qu’il y avait de la place pour un vignoble spécialisé en Charentes. Preuve en est ! Les viticulteurs semblent extrêmement preneurs. C’est un premier pas vers la construction d’une vraie filière. Et ça, c’est l’essentiel. J’espère que les contrats seront respectés. En tout cas, nous nous y emploierons. Par contre, je regrette la clause imposée par l’UGVC : en cas d’éventuel déficit de production des ha vins de base, prélever sur les ha Cognac. Je suis opposé à cette clause. Je l’ai dit à l’UGVC et à mes collègues. A un accord-cadre dont nous sommes payés pour connaître les limites, il vaut mieux un vrai contrat commercial, équilibré entre les deux parties, assorti de vraies sanctions et pénalités financières. Pour le reste, je trouve que le dispositif en place représente un bon départ et je pense, comme tout le monde, que les choses doivent être bordées. »
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Vins de base mousseux

Cépages « autres » ou pas ?

Chaque camp recrute ses adeptes. Jean-Michel Naud (Distillerie de la Tour) penche pour les cépages « autres », de type Chardonnay ou Sauvignon blanc, pour répondre aux attentes des acheteurs Vins de base mousseux.
« Je ne sais pas bien valoriser l’Ugni blanc, si ce n’est d’avoir des rendements très éle-
vés » reconnaît-il. Un revenu compétitif lui semble donc difficile à décrocher avec ces vins. « Par contre, note-t-il, nos clients manifestent un réel intérêt pour des cépages autres, notamment Sauvignon et Chardonnay. » « Nous nous aperce-
vons, poursuit-il, que la France et tout particulièrement notre région a une carte à jouer sur ces pro-
duits. Entre des vins espagnols ou du nouveau monde (Chili), assez verts et agressifs et des vins de Pays d’OC, certes de bonne qualité mais chers, il n’existe pas d’alternative. Dans ce contexte, les Charentes représentent justement cette « autre voie », celle d’offrir des vins de cépa-ges d’une certaine typicité. Par rapport aux vins parfois un peu lourds du Midi, nos vins sont légers et fleuris. Ils développent des notes d’agrumes qui intéressent les acheteurs. »

Dans cette appréciation des attentes du marché, Julien Nau (SVE) n’est pas loin de penser le contraire. « L’Ugni blanc est quand même le vin que recherchent nos clients. Pour leurs bases mousseux, c’est la qualité qui leur manque, depuis des années. »

 

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