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Fertilisation Utile Comme toute plante, à l’exception du carbone, la vigne prélFertilisation Inutile

24 février 2009

Comme toute plante, à l’exception du carbone, la vigne prélève l’eau et les éléments nutritifs dont elle a besoin dans le sol. La fumure permet de compenser les exportations. Cependant, les sources en éléments nutritifs ne se résument pas à la fumure, il faut également tenir compte des restitutions des cycles de culture précédents et de la minéralisation de la matière organique. De même, parallèlement aux prélèvements par la vigne, il existe d’autres phénomènes de pertes en éléments minéraux, que ce soit par érosion, lessivage ou rétrogradation dans le sol. La fertilisation a donc pour objectif d’optimiser les prélèvements en raisonnant les quantités de produits à apporter et les modalités d’apports, mais elle a aussi pour objectif de minimiser les impacts sur l’environnement et de maintenir les potentialités des terroirs.

BILANS EN ÉLÉMENTS MINÉRAUX

Les besoins de la vigne en éléments minéraux sont directement proportionnels au niveau de production. Les exportations dépendent du rendement et de la restitution ou non des bois de taille à la parcelle. les besoins et les exportations moyens d’une vigne produisant 50 hl/ha de vin.

Les données du tableau 1, concernant notamment les besoins en azote, sont à mettre en relation avec les fournitures en azote en fonction du type de sol présentées dans le tableau 2. Ainsi, même si la totalité de l’azote minéralisée n’est pas « captée » par les racines, les besoins en fertilisation azotée sont donc minimes en viticulture.

OUTILS DE PILOTAGE DE LA FERTILISATION

Le viticulteur dispose de plusieurs outils pour piloter la fertilisation de son vignoble. L’outil le plus connu et le plus utilisé est certainement l’analyse du sol. Cependant, les normes utilisées en analyse du sol sont établies sur un fonctionnement optimal du système racinaire. De ce point de vue, le risque de surestimation du prélèvement est important. Parallèlement, la vigne étant une plante pérenne à enracinement très profond, le risque de sous-estimation des prélèvements dans les horizons de sol non analysés est également très important. Dans le cadre d’un diagnostic de fertilisation viticole, il est donc indispensable d’associer d’autres outils à l’analyse de sol, tels que les diagnostics pétiolaires. L’observation de terrain (vigueur, carences…) peut jouer également un rôle important et permettre d’éviter de nombreuses erreurs agronomiques. Enfin, l’observation de fosses et de profils racinaires se révèle également souvent très utile.

FERTILISATION UTILE, FERTILISATION INUTILE ET FERTILISATION PÉNALISANTE

Contrairement à d’autres cultures, la sur-fertilisation peut avoir en viticulture des conséquences pouvant être beaucoup plus préjudiciables qu’une simple perte financière liée à des dépenses inutiles.

Fertilisation pénalisante

Une sur-fertilisation peut être rapidement pénalisante à plusieurs niveaux. A titre d’exemple, voici quelques conséquences engendrées par l’apport d’un élément en excès.

Excès d’azote : Un apport semblant modéré d’azote, de l’ordre de 30 à 50 unités/ha, peut suffire à engendrer une vigueur excessive, un entassement du feuillage, une sensibilité accrue au botrytis et avoir des conséquences majeures sur la qualité des vins (faible coloration, faible indice de polyphénols totaux, peu d’anthocyanes, faibles teneurs en sucres, acidité…).

Excès de potasse : Une fertilisation excessive en potasse, notamment en sol sableux, peut aisément induire une carence magnésienne et entraîner notamment une réduction de l’activité photosynthétique des feuilles.

Excès de bore : Compte tenu des seuils très voisins de carence et de toxicité, un apport de bore de plus de 10 kg/ha peut engendrer une toxicité avec des symptômes spectaculaires.

Fertilisation inutile

Le prélèvement dans le sol des éléments minéraux est réalisé par les racines. Pour pouvoir remplir convenablement leurs rôles, celles-ci doivent évoluer dans un milieu aéré, convenablement hydraté et présentant un pH favorable. Si ces conditions sont déficientes (hydromorphie, compactage…), l’apport d’engrais risque de se révéler inefficace, sans une amélioration physico-chimique préalable du sol. A côté de ce préambule, de nombreuses autres recommandations peuvent être formulées afin d’éviter de fertiliser inutilement :

Capacité d’Echanges Cationiques du sol (CEC)
: Sans nécessairement tomber dans les excès présentés précédemment, il est inutile d’apporter des doses d’engrais qui ne pourront pas être retenus dans le sol et seront lessivés. Il est ainsi souhaitable de fractionner les apports de correction dans les sols présentant une CEC inférieure à 5 Cmol+/kg.

Sur-chaulage : S’il est indispensable de relever un pH du sol inférieur à 5,5, il est en revanche inutile de vouloir le remonter à plus de 6,5.

Fertilisation azotée : Sur vigne enherbée, il est inutile d’apporter une fertilisation azotée en plein qui profitera plus à l’enherbement qu’à la vigne. Si une fertilisation est nécessaire, notamment durant la phase d’installation du gazon, il est préférable de la localiser sur le rang.

Forme des apports : Tous les produits ne sont pas équivalents. Ainsi, un calcaire concassé n’aura aucun effet sur le pH du sol, surtout si le sol est peu acide. De même, le manganèse apporté au sol n’est pas assimilé et se révèle donc sans effet sur la carence. En ce qui concerne les anti-chlorosants appliqués au sol, on a également constaté de grandes différences entre les produits, au profit des chélates, notamment « ortho-ortho ».

Date des apports : Une pulvérisation foliaire réalisée en dehors des périodes préconisées se révèle souvent inefficace. Ainsi, apporter, par exemple, du manganèse en foliaire, après vendange, n’aura aucun effet visible sur le millésime suivant.

« Poudre de perlimpinpin » et autres « fertilisants miracles » : Sans chercher à être exhaustif sur les « fertilisations inutiles », évoquons néanmoins le vaste monde des « poudres de perlimpinpin » qui n’ont aucun effet reconnu sur la vigne. Si certains produits sont aisément démasqués à la lueur des concentrations en éléments nutritifs, d’autres, plus sournois, restent mystérieux sur leur composition. L’apport de ces produits miracles, et souvent coûteux, à fortiori sur une vigne en pleine santé, représente un non-sens agronomique et économique.

Fertilisation utile

Si la fertilisation peut se révéler inutile et même pénalisante, comme nous venons de le voir, la fertilisation raisonnée est cependant une pratique incontournable pour une production viticole durable et de qualité. La base du raisonnement de cette fertilisation repose sur l’entretien d’un statut organique et acido-basique favorable à la viticulture. La disparition progressive des matières organiques et l’acidification des sols est, en effet, au cœur des problématiques de fertilisation et de conservation des sols. La fertilisation chimique ne doit être envisagée que dans un second temps. Cependant, comme pour toute plante, l’absorption insuffisante d’un élément peut conduire à une baisse de rendement et à un affaiblissement, voire à une mortalité des souches. La qualité des raisins, et donc du vin, peut ainsi être fortement altérée.

Lorsqu’un signe de carence apparaît, il convient de prendre très rapidement des mesures de redressement, par exemple par pulvérisation foliaire, puis corriger durablement le problème par des apports de fumure au sol et améliorer le rapport sol/plante.

Lorsque cela est réalisable, il est souhaitable de localiser les apports uniquement aux endroits où ils sont jugés nécessaires. Ainsi, si une zone de faible vigueur est observée sur une parcelle, il sera judicieux de pouvoir fertiliser cette zone au moyen d’un apport d’azote ou de matières organiques. En revanche, la fertilisation de l’ensemble de la parcelle ou pire de l’îlot de parcelles est inutile.

VISUALISATION DES EFFETS DE LA FERTILISATION

Compte tenu de la faible quantité des prélèvements de la vigne et des apports de fumure, il n’est pas toujours aisé d’observer rapidement l’effet sur la vigne d’une correction ou d’une absence de fertilisation. Ainsi, en raison de la lenteur de l’évolution de la matière organique dans le sol, l’effet positif d’un apport de compost par rapport à un témoin non amendé peut nécessiter plusieurs décennies. Cependant, certaines corrections telles que des pulvérisations foliaires de manganèse peuvent être constatées l’année même des apports.

Résumé

Compte tenu des faibles besoins de la vigne, la sur-fertilisation peut rapidement conduire à des déséquilibres alimentaires et une baisse de qualité des raisins. A l’inverse, dans un contexte viticole difficile, il est tentant d’abandonner la fertilisation, d’autant plus que les effets de cette impasse peuvent demander des années avant d’être visualisables. Néanmoins, les conséquences peuvent se révéler non négligeables à long terme et les corrections difficiles. Il convient donc d’utiliser au mieux les différents outils de pilotage de la fertilisation pour optimiser les prélèvements de la vigne, tout en conservant un outil de production de qualité.

Comment fertiliser ?

On distingue deux grandes catégories d’apports, les engrais qui vont fournir des éléments nutritifs à la vigne et les amendements dont la fonction est d’entretenir ou d’améliorer les propriétés physiques, chimiques et biologiques des sols. Nous avons vu dans la partie « fertilisation inutile » qu’il était également important de respecter des doses, des dates d’apports et que tous les produits n’étaient pas équivalents. La comparaison des produits est cependant un exercice souvent difficile. Le cas le plus délicat est certainement celui des matières organiques. Après avoir jugé du type de matières organiques que l’on souhaite apporter (matières organiques facilement dégradables ou au contraire fortement stabilisées…), il est néanmoins possible de comparer notamment les teneurs en matières organiques, d’estimer le potentiel de rendement en humus et, bien sûr, de comparer les prix proposés.

Mots Clés

Fertilisation
vigne
sol
engrais
matières organiques

 

 

 

Dans le cadre d’un contexte économique difficile, la prise en compte du coût de la fertilisation ne doit pas être négligée. A titre d’exemple, le BNIC a simulé, pour une vigne enherbée, le coût d’une augmentation de 50 mg d’azote par litre dans les moûts pour différents itinéraires techniques. La correction au chai s’est ainsi révélée 8 à 9 fois moins coûteuse qu’une correction au vignoble : 6 € (25 g de sulfate d’ammonium/hl) contre 52 € (60 U d’ammonitrate/ha sous le rang). Néanmoins, cette correction à court terme au chai n’a aucune action sur les causes de cette carence.

CONCLUSION

Ce survol très rapide de la fertilisation viticole nous a permis d’aborder quelques principes de raisonnement, sans cependant entrer dans les détails de la mise en œuvre. Dans un contexte viticole difficile, il est tentant de faire une impasse sur la fertilisation. Néanmoins, même si un tel choix n’était pas préjudiciable à court terme, les conséquences peuvent se révéler non négligeables à plus long terme pour la conservation d’un outil de production de qualité.

POUR EN SAVOIR PLUS

« Fertilisation de la vigne », Jacques Delas, Editions Féret, 2000. « Le Coût des Fournitures en Viticulture et Œnologie », ITV et CA66, ed. annuelle. Fiches « Fertilisation de la vigne : un point sur les préconisations », ITV, avec notamment les fiches 3 : « La matière organique » et 4 : « Maîtrise de l’acidité des sols ».

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