Harmonisation : l’art difficile d’accorder les Violons

22 mars 2009

L’harmonisation des fermages viticoles à l’intérieur de la région délimitée Cognac ! Une bonne idée mais un vrai problème. Si cela avait été aussi facile, il y a longtemps que ce serait fait. La cause est-elle perdue d’avance ? Sans doute pas. Mais, avant, il faudra lever des résistances.

Pourquoi l’harmonisation des fermages viticoles entre les deux départements charentais achoppe-t-elle alors, qu’à entendre les uns et les autres, beaucoup la plébiscitent ? Un des protagonistes du dossier livre une explication qui vaut

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Didier Jallet.

ce qu’elle vaut mais qui a le mérite d’être « carrée » – « Les fermiers de Charente-Maritime ne veulent pas voir leurs fermages monter et les propriétaires de Charente ne veulent surtout pas voir leurs fermages baisser. » Voilà où se situerait le nœud du problème. L’augmentation spectaculaire enregistrée sur les fermages 17 en 2008 – hausses de 50 à 70 % selon les crus – et, plus encore, la pression ambiante sont-elles de nature à faire bouger les lignes ? Peut-être mais pas sûr. Patrice Froin, le représentant des preneurs en Charente-Maritime, dit ne pas avoir été interpellé « plus que cela » par ses collègues fermiers. « Non, je n’ai eu aucune remontée de terrain, pas un coup de fil, rien. Les gars s’attendaient à la hausse, peut-être pas si fort que ça mais ils savaient que les fermages allaient augmenter. C’est un peu normal. L’augmentation des prix, conjuguée à la progression des ventes, a abouti à ces tarifs. C’était une sorte de constat de la réalité. L’an prochain, les fermages devraient se stabiliser. » D’emblée, Patrice Froin ne rejette pas l’idée d’une harmonisation des prix fermages entre les deux départements. « On s’est déjà rencontré avec la Charente à ce sujet. Nous, preneurs 17, nous étions prêts à faire un effort en augmentant un peu nos fermages, tandis que nos collègues charentais auraient baissé légèrement les leurs. Mais avec les bailleurs 16, ça n’a pas collé. On va sans doute se rencontrer à nouveau cette année. » Quant à ce que la Charente-Maritime change de méthode de calcul, Pascal Froin ne l’entend pas de cette oreille. « On ne change pas une méthode comme ça. Nous nous sommes battus en Charente-Maritime pour avoir une bonne méthode qui lisse les fermages, ce qui ne ravit d’ailleurs pas les propriétaires. Il faut bien voir aussi que quand tout va bien, la Charente-Maritime dégage presque autant de revenu que la Charente. Mais dès qu’il y a crise – et c’est souvent le cas dans la région – la Charente-Maritime vend moins bien que la Charente, tant en prix qu’en volume. »

Président de la section des bailleurs de l’UDSEA 16, Guy Borderon n’affiche pas les oripeaux d’un « ayatollah » de la propriété agricole. Cet homme très au fait des chiffres – il négocie les forfaits vins et eau-de-vie pour la région délimitée (voir article pages 11-12) – a à cœur de montrer un état d’esprit sans œillères. Il rappelle que la section des bailleurs 16 a accepté, en 2008, un étalement de la hausse des fermages sur deux ans. « L’augmentation était un peu rude. Nous avons compris qu’il fallait l’appliquer en deux temps. Il n’y a pas de diktat à manifester, ni du côté des propriétaires ni du côté des fermiers. » Concernant les discussions avec la Charente-Maritime, il considère qu’elles sont ouvertes. Souhaiterait-il que la Charente-Maritime adoptât la méthode de calcul de la Charente ? « Sans aller jusque-là, peut-être faudrait-il trouver une formule différente. Beaucoup de choses ont évolué. On ne parle plus de QNV mais de rendement. Nous rentrons dans un cycle où ces rendements, justement, seront peut-être un peu plus difficiles à décrocher. Les évolutions dans l’approche des fermages doivent nous aider à mieux coller à la réalité. » Pour autant, Guy Borderon considère comme iconoclaste d’envisager une baisse des fermages en Charente. « L’époque n’est pas à une baisse des fermages. »

« nous partageons les mêmes productions »

« Je ne sais pas si on y arrivera mais il serait quand même préférable d’harmoniser les fermages avec la Charente-Maritime. Nous partageons les mêmes productions, les mêmes crus. » Didier Jallet, président de la section des preneurs à l’UDSEA 16, fait partie des chauds partisans d’une révision des modes de calcul des fermages dans le sens d’une harmonisation 16-17. Il embarquerait volontiers dans la négociation les syndicats viticoles. « Si l’on veut avancer dans cette région, il faut que tout le monde se regroupe. Personne ne doit camper sur son pré-carré. » Il faut dire que les fermages à échéances 2007 lui ont laissé un goût amer. L’évolution lui semblait par trop rapide. « Quand ça allait mal, les fermages n’ont pas chuté d’un coup. Ils ont mis du temps à baisser. Qui plus est, la récolte 2007 n’était pas exceptionnelle. Et si les revenus ont pu augmenter, ils n’ont pas crevé les plafonds. » Pour toutes ces raisons, il revendique s’être mis « en travers » au moment des discussions, pour obtenir l’étalement de la hausse sur deux ans. Cependant, il reconnaît volontiers qu’il s’agit peut-être d’une arme à double tranchant. Ainsi, pour lui, la formule de calcul des fermages semble un peu dépassée. Réfléchir à une nouvelle méthode, si possible en concertation avec la Charente-Maritime, devient une priorité. « Il y a certainement des aménagements à trouver pour tenir compte des spécificités de chacun. »

Que la hausse des fermages 2007 ait vraiment été forte, voire trop forte, même les propriétaires le reconnaissent à demi-mot, en arguant toutefois du nécessaire rattrapage, surtout en Charente-Maritime. « Ces hausses erratiques ne sont pas logiques ni saines pour personne. Il n’y aura pas de bailleurs s’il n’y a pas de fermiers. » Réflexion idoine d’un preneur : « Pour qu’il y ait des fermiers, il faut qu’il y ait des propriétaires. » Mais entre la dénonciation d’une situation et la résolution du problème, il y a un pas que Patrice Froin n’élude pas. « Je veux bien que l’on change de méthode mais pour la remplacer par quoi ? Pour éviter le différé dans le temps, doit-on se coller au résultat d’une année ? La réponse ne sera pas simple à trouver. »

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