Exportations des vins et spiritueux français : l’année de tous les records

10 avril 2018

 

Selon la fédération française des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), le chiffre d’affaires des expéditions françaises a bondi de 8,5 % pour atteindre 12,9 milliards d’Euros, en 2017. Le secteur des vins qui représente la majeure partie des expéditions connaît la plus forte croissance. Du côté des spiritueux, ce sont les alcools bruns et les eaux-de-vie de vin en particulier qui tirent particulièrement bien leur épingle du jeu. Le Cognac reste le champion toutes catégories des exportations françaises avec des progressions de chiffre d’affaires à 2 chiffres sur la plupart des grandes zones d’exportation : malgré un contexte économique incertain et la faible récolte 2017, les exportateurs français sont particulièrement confiants pour l’avenir de la filière.

Depuis 2014, les ventes export de la filière des vins et spiritueux n’ont cessé de croître en valeur (+ 30 %). L’année 2017 confirme et même accentue cette tendance (+8.5 % en valeur) pour atteindre, pour la première fois de son histoire les 12.9 milliards d’euros de chiffre d’affaires. En termes d’excédent commercial, le secteur consolide, grâce à son solde positif de 11.5 milliards d’euros (+ 9.5 %) sa seconde place nationale, après l’aéronautique et devant les parfums. « Cela confirme à quel point nos vins et nos spiritueux portent haut les couleurs de la maison France partout Dans le monde » déclare Antoine Leccia, le président de la FEVS.

 

Un niveau d’exportation record pour les vins.

 

Les exportations des vins représentent environ les ¾ des volumes et 2/3 de la valeur. Leur progression de 9,6 % en chiffre d’affaires leur permet d’atteindre le chiffre d’affaires historique de 8,7 milliards d’Euros. La progression des exportations en volume (+6 %) est moins importante qu’en valeur ce qui confirme la tendance à la prémiumisation et le retour en force des crus en particulier du Bordelais. Georges Haushalter est négociant à Bordeaux pour la compagnie médocaine des grands crus et ancien président de l’interprofession bordelaise. Il confirme que les exportations se portent bien dans le monde entier et insiste tout particulièrement sur la bonne performance du marché Asiatique. « En Chine, les mesures de rétorsion suite à l’affaires des panneaux photovoltaïques s’estompent et le taux de change est aujourd’hui plus favorable aux exportations » explique-t-il. Les vins bordelais sont donc de retour sur les tables chinoises et c’est une excellente nouvelle pour le secteur. « La croissance ne profite pas seulement aux grands crus mais à l’ensemble des catégories, puisque le prix moyen des vins bordelais exportés est de 7 € départ pour ces destinations » explique Georges Haushalter.

 


 

 

L’effervescence des méthodes traditionnelles.

 

Sur 3 bouteilles d’effervescent vendues dans le monde, 2 sont du Champagne, mais en valeur, la répartition est toute autre puisque l’AOC champenoise pèse à elle seule 90 % des exportations d’effervescents Français. « Le succès du Champagne est une locomotive pour tous les produits de la même famille mais nous ne devons pas ignorer l’effet Prosecco. Les effervescents Italiens ont lancé une mode dont nous profitons tous » explique Juliette Monmousseau, directrice générale de Bouvet Ladubay à Saumur. Dans les faits le contexte profite aux autres vins mousseux AOC (+6,2 %), non AOC (+14 %) et même aux pétillants (+159 %). Pour l’avenir du secteur, la filière est très optimiste : « Nous sommes extrêmement confiants car nous constatons que les consommateurs du monde entier ont soif de vins effervescents ». Une récente étude prospective estime le Royaume-Uni va poursuivre sa progression mais devrait être dépassé à l’échéance 2 021 par le marché américain. Le Japon devrait devenir, à cette même période, le premier marché Asiatique. Enfin, le marché chinois qui se caractérisait jusqu’ici par des prix inférieurs à 15 $ pourrait également se développer en intégrant des produits plus haut de gamme.

 

Les spiritueux bruns aspirés par le Cognac.

 

Les exportations françaises de spiritueux, progressent globalement de 2.4 % en volumes et de 6.3 % en valeur. Le Cognac figure en tête et représente à lui seul les 3/4 des exportations totales de spiritueux de l’année. Il tire avec lui l’ensemble des eaux-de-vie de vins avec en première ligne les brandies et les vieux armagnacs. Les autres alcools bruns comme le Whiskies (+5,8 %) et les rhums (+14 %) profitent aussi des bonnes performances du secteur. Du côté des alcools blancs, le marché jusqu’ici très fleurissant des vodkas prend du plomb dans l’aile et régresse de 5,3 % en volume et de 15 % en valeur. Les Gins tirent bien leur épine du jeu. Récoltant les fruits de leur dynamisme et de leur inventivité, ils progressent de 10,4 %. Enfin, le secteur des liqueurs est en déclin de près de 3 %.

 

États unis et Chine en tête.

 

La quasi-totalité des destinations du globe progressent en chiffre d’affaires. Les États-Unis et la Zone Chine/Hong Kong/Singapour sont les principaux moteurs de cette dynamique et représentent à elle seule 43 % des exportations françaises et 60 % de l’augmentation du chiffre d’affaires total.

Les exportations vers les États-Unis franchissent pour la première fois le seuil des 3 milliards d’Euros (+50 % sur les 3 dernières années). Sur ce marché, le Cognac représente à lui seul 20 % des volumes et 40 % de la valeur des exportations totales des vins et spiritueux vers ce pays. Parmi les très belles progressions américaines, on souligne également les vins de Provence (+46 %) dont les ventes ont été multipliées par 10 en 6 ans.

Concernant, l’Asie, tous les regards se portent sur la Chine (en direct, hors plateformes Hong Kong et Singapour), un marché encore très orienté Cognac et vins de Bordeaux puisque ces deux AOC concentrent à eux seuls 75 % des expéditions. La progression de la Chine s’accélère (+ 25 %) ce qui confirme, selon la FEVS « l’orientation du marché chinois vers un mix produit plus équilibré, porté par l’essor des classes moyennes et de l’urbanisation ».

 

Le Rebond de l’Europe

 

L’Europe, de son côté, renoue avec une économie plus porteuse. Les ventes progressent dans 25 des 28 États membres pour atteindre en moyenne +5 %. Le Royaume Uni retrouve lui aussi le chemin de la croissance en dépit de l’appréciation de l’Euro face à la livre sterling, conséquence de l’annonce du Brexit. Le marché Anglais a toujours joué le rôle de plateforme de distribution vers l’Asie pour les grands crus français pourrait être impacté par le Brexit au profit de nouvelles destinations comme Hong Kong. Bien qu’ils soient vigilants a des phénomènes de transferts, les exportateurs ne semblent pas inquiétés par ce phénomène. « La tradition ne date pas de 1979, elle survivra au Brexit » explique le représentant de la filière Bordelaise.

 


 

Perspectives : des atouts et des incertitudes

 

Ces résultats exceptionnels de l’année 2018 donnent du baume au cœur à l’ensemble de la filière des vins et spiritueux français. Les entreprises sont confiantes pour leur avenir, même si elles sont conscientes des incertitudes qui se profilent pour l’année à venir : La première interrogation concerne d’abord la relative stabilité du contexte économique mondial et les incertitudes qu’elle génère en particulier sur le pouvoir d’achat et la fluctuation des monnaies. La seconde concerne la faible récolte 2 017 qui pèsera sur la capacité des exportateurs français à occuper les marchés.

Mais la filière a aussi beaucoup d’atouts à faire valoir avec au tout premier plan, l’économie fleurissante de ses deux plus grands marchés que sont la Chine et les USA. D’autre part, les entreprises françaises profitent de l’image et du leadership de la maison France et elles capitalisent sur l’image et le savoir-faire dont bénéficient les produits issus de l’hexagone.

 

Faire bouger les barrières commerciales

 

La question des barrières tarifaires peut représenter pour certains marchés un handicap significatif aux exportations. À titre d’exemple, les vins chiliens et australiens n’ont pas de taxes à l’importation sur le marché chinois. La FEVS œuvre aux côtés de l’État Français et de la commission Européenne pour faire infléchir des positions qui ne seraient pas favorables au secteur. Ainsi, le projet d’accord de libre-échange avec le Mercosur (marché commun sud américain) semblerait plutôt favorable à la filière des vins et spiritueux. De même, au cours de l’année 2017, l’Europe a conclu un accord de libre-échange avec le Japon qui permettra une baisse des frais de douanes pour les vins et une meilleure protection des appellations d’origine (cf. Le paysan vigneron juin 2017, n° 1192 page 13).

 

 

Le Cognac champion toutes catégories des exportations françaises.

 

Tous les exportateurs de vins et de spiritueux français regardent avec envie et parfois admiration les performances presque indescentes du Cognac. Et pour cause ! Aucune appellation ne performe à ce point en ce moment. Pour Patrick Raguenaud, le président de l’interprofession du Cognac, ces excellents résultats sont le fruit d’un investissement hors normes des marques cognaçaises sur l’ensemble des marchés. L’appellation connaît actuellement des croissances à 2 chiffres sur la plupart des grandes zones du globe. Le volume total de ventes avoisine le seuil des 200 milions de bouteilles sur l’année (+10,2 %). En valeur, les progressions sont encore plus vertigineuses. La croissance représente 14,4 % et s’explique notamment par la prémiumisation continue des gammes. Ceci permet à la catégorie de franchir un plafond d’expéditions de 3,15 milliards d’Euros dont plus de 97 % à l’export. L’ensemble des catégories mises en marché progressent : les VS de +8,6 %, les qualités VSOP de 11,2 % et les vieilles qualités de +14,3 %.

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