Eugène Poussard : L’expérience au service de la taille

19 avril 2012

Au début des années 1900, Eugène Poussard, un viticulteur de Peugrignoux à Pérignac en Charente-Maritime, a fait évoluer le principe de la taille Guyot car, à cette époque, le vignoble était confronté à des phénomènes de dépérissement importants des souches appelé apoplexie, l’ancêtre de l’esca. Cet homme, né à Genté en 1878, a commencé par être journalier dans plusieurs domaines viticoles du Pays Bas et de la région d’Ars en Charente. Devenu un tailleur expérimenté, il a constaté que la taille Guyot engendrait des phénomènes de dépérissement sur des souches encore jeunes. L’acquisition de la petite propriété de Peugrignoux lui a permis de se livrer à ses propres expériences de taille. Durant toute sa vie, il a cherché à communiquer le fruit de son travail aux autres viticulteurs de la région. Un siècle plus tard, le travail et les réflexions d’E. Poussard représentent toujours un acquis technique important en matière de lutte préventive contre les maladies du bois

 

 

p31b.jpgEugène Poussard était un fin observateur du développement de la vigne qui à l’époque a été interpellé par les différences de sensibilité à l’apoplexie des souches. Certains ceps exprimaient des symptômes et d’autres pas. Chaque hiver, au moment de la taille, il fendait avec une serpe de nombreux ceps atteints d’apoplexie. Au fil des années, il s’est rendu compte que les souches atteintes de cette maladie avaient très souvent une alimentation de sève perturbée par la présence sur les troncs ou sur les bras de grosses plaies de taille. 4 à 5 ans plus tard, ces blessures provoquaient l’apparition de pousses chétives qui engendraient à terme la mortalité du bras et du cep.

Les observations au vignoble ont débouché sur une méthode de taille « moins mutilante »

Eugène Poussard a imaginé qu’en réalisant toujours les plaies de taille sur le dessus du cep, le courant de sève à partir de la base du tronc vers les bras s’effectuerait par-dessous dans de meilleures conditions. L’exécution annuelle de la taille reposait sur le positionnement du courson toujours en dessous la latte avec le premier bourgeon dirigé au-dessous. Il a mis en pratique cette méthode de taille sur son vignoble et, au bout de quelques années, la diminution importante des symptômes d’apoplexie l’a conforté. Son expérience pratique a fait l’objet d’un suivi par René Lafon, l’ingénieur agricole qui dirigeait la Station Viticole du BNIC. Après plusieurs années d’essais, les résultats des travaux ont confirmé les observations pratiques d’E. Poussard. L’évolution de la taille Guyot avec un positionnement systématique des coursons en dessous de la latte permettait d’assurer une circulation de la sève plus continue entre la base des racines et les bras, et donc de réduire fortement l’apparition des symptômes d’apoplexie.

Les vignobles des années 1900 et 2000 aussi sensibles aux maladies du bois

p31.jpgLes conclusions de R. Lafon sur la méthode de taille Guyot-Poussard ont été publiées dans un petit livret édité en 1921 par l’école d’agronomie de Montpellier : « Le système de taille Poussard en évitant les plaies de taille annuelles sur le tronc et une partie des bras supprime les troubles apportés à la circulation de la sève par les systèmes Guyot simple et double, et, de ce fait, la vitalité et la longévité de la vigne augmente en réduisant les risques de dépérissement et d’apoplexie. Eviter toute gêne dans la circulation de la sève dans le dessous des bras qui ne présentent pas de plaies et constitue une canalisation ininterrompue de sève appelée par E. Poussard : le courant de sève. »

Le sens de l’observation d’un vigneron passionné des « belles souches » a permis de déboucher sur un principe de taille dont l’intérêt est aujourd’hui unanimement reconnu. E. Poussard avait aussi réfléchi aux moyens de rénover des souches atteintes d’apoplexie en testant différentes approches dont l’une d’elles était sur le recépage. La consultation des documents historiques montre que le vignoble de Cognac du début des années 1900 et 2000 présente un point commun : une grande sensibilité aux maladies du bois. Un siècle plus tard, des travaux de recherche réhabilitent la taille Guyot-Poussard en tant que moyen préventif tendant à réduire la sensibilité des souches à l’esca, l’eutypiose et au BDA.

Bibliographie :
– Témoignages de Mme Josette Pouilloux, de Thierry Pouilloux et de Jérémy Pouilloux, les descendants directs d’Eugène Poussard, qui exploitent le vignoble de Peugrignoux à Pérignac.
– Témoignage de Félix Poussard, le petit-fils d’Eugène Poussard.
– Livret technique sur la taille de la vigne dans les Charentes et l’apoplexie de René Lafon, ingénieur agricole et directeur de la Station Viticole du BNIC.

 

 

A lire aussi

Du 15 au 30 juin, ce sont les journées de lutte contre les ambroisies

Du 15 au 30 juin, ce sont les journées de lutte contre les ambroisies

Le Ministère du Travail , le Ministère de la Santé et des Solidarités et l’Observatoire des Ambroisies - FREDON France rappellent l’importance des conséquences néfastes de ces espèces envahissantes et allergisantes. Pour rappel, l’Ambroisie à feuilles d’armoise...

BA 709 : 90 ans d’Armée de l’Air et pas une ride

BA 709 : 90 ans d’Armée de l’Air et pas une ride

C’est en 1938 que, sous l’impulsion du maire de Cognac Paul Firino Martell, le terrain d’aviation militaire de Châteaubernard voit le jour. Une idée novatrice pour l’époque : l’aviation militaire, bien que déjà développée depuis la première guerre mondiale, n’était...

error: Ce contenu est protégé