Choisir la bonne stratégie

27 février 2009

Faut-il privilégier les études longues, « aller manger de la vache enragée » ailleurs ou vite devenir un bon technicien. A chacun sa vérité, selon ses goûts et ses aptitudes. Martial Ronsin livre son propre regard, nourri de son vécu de proviseur du LPA du Renaudin depuis dix ans.

« Le Paysan Vigneron » – Quelles formations proposez-vous et qu’est-ce qui pousse les jeunes à venir chez vous ?

martial.jpgMartial Ronsin – En formation initiale, hors apprentissage et formation adulte, nous proposons la filière professionnelle BEPA – Bac pro, le tout en quatre ans. D’autres établissements agricoles dispensent la filière technologique – seconde générale, première et terminale STAE (sciences et technologie de l’agronomie et de l’environnement) – ou la filière scientifique avec le Bac S option science agronomique. Bac pro et Bac STAE donnent la capacité professionnelle agricole et donc la possibilité de bénéficier de la DJA, à condition d’y adjoindre le stage de 6 mois bien sûr. Ce n’est pas le cas du Bac S. En général, les élèves qui viennent au Renaudin ne veulent pas faire d’études longues. Même si ce sont de bons élèves – et nous en avons – ils recherchent un enseignement très concret. Le cursus BEP – Bac pro comprend sept semaines de stages par an. Ce qui est curieux c’est que 60 % de nos élèves, après leur Bac pro, enchaînent un BTS. Ils reprennent goût à l’école. Ici l’établissement est petit. Les jeunes se retrouvent dans leur monde : 83 % d’entre eux sont fils d’agriculteurs.

« L.P.V. » – Pour un jeune intéressé par la viticulture, que vaut-il mieux ? Entrer tout de suite dans le vif du sujet ou passer par une formation générale, quitte à revenir plus tard dans le giron agricole ?

M.R. – Tout dépend des aptitudes et des goûts du jeune. Mais je pense qu’il ne faut pas décourager un enfant de 15 ans qui manifeste de l’intérêt pour la viticulture. Il a tout intérêt à « entrer dedans » sans plus attendre. Techniquement, ses bases n’en seront que plus solides et il ne courra pas le risque d’échouer dans des études qui ne lui parleraient pas. Ceci étant, les jeunes dont les parcours sont plus complexes manifestent une richesse que d’autres ne possèdent pas. Ils ont souvent expérimenté « la misère ailleurs » et portent un regard différent sur le milieu viticole. Plus âgés et plus motivés, ils prennent en charge leur formation technique. Un adulte assimilera bien plus vite. Il va vouloir rattraper le temps perdu. En huit jours, il saura tailler, quitte à y rester le soir. Les deux parcours ont leur intérêt.

« L.P.V. » – Qu’est-ce que souhaitent les parents ? Voir leurs enfants s’installer le plus vite possible ?

M.R. – Dans l’établissement, les jeunes sortent à 18 ans. Je n’en connais pas un qui se soit installé à cet âge. C’est vrai que, de prime abord, les parents souhaitent que leurs enfants acquièrent une formation technique solide et qui ne dure pas trop. A priori, ils ne sont pas très favorables à la poursuite d’études. Mais ils veulent aussi que leur gamin acquière une culture générale et une ouverture d’esprit, les mères surtout. C’est donc assez fréquent que les jeunes enchaînent par un BTS, notamment un BTS ACSE, pour acquérir un complément de formation en comptabilité/gestion. A mon avis, il s’agit d’une bonne formule. D’autres choisissent de partir comme salariés pour « apprendre sur le tas », dans une logique d’apprentissage. Les offres d’emploi ne manquent pas.

« L.P.V. » – Pour travailler le vin, est-il plus profitable d’aller faire un bac pro ailleurs qu’en Charentes ?

M.R. – Il faut savoir que les diplômes BEP, Bac pro ou BTS sont des diplômes nationaux. Le contenu de l’enseignement est commun à toute la France. La seule variante tient au module « initiative locale » qui, dans notre cas, concerne la distillation et le Pineau. Mais ce module porte sur 90 heures sur deux ans soit 1,5 heure par semaine, un volume d’heures ridicule ramené au volant de la formation, de 1 500 heures. L’examen n’est pas un examen picto-charentais pas plus que bordelais ou de la Loire. A l’inverse, nous incitons nos élèves à sortir de la région à l’occasion de stages. Mais ils ont parfois du mal. Ils n’osent pas.

« L.P.V. » – Constatez-vous une déperdition de jeunes, attirés par d’autres régions ?

M.R. – Depuis dix ans que je suis ici, je remarque que ceux qui sortent reviennent. D’ailleurs, au niveau du Bac pro, peu quittent la région. Il n’y a pas de déperdition d’effectif. Un gamin qui rentre en BEPA pour s’installer s’installera. Ceci se vérifie pour les 85 % de nos élèves qui sont enfants d’agriculteurs. Les 15 % autres aimeraient bien s’installer aussi mais n’y parviennent pas. Ils trouvent des places de salariés sans problème mais plutôt que de voir les exploitations grossir, il serait peut-être préférable que plus de jeunes s’installent.

« L.P.V. » – Quel est l’état d’esprit des jeunes que vous formez ?

M.R. – Globalement je trouve les jeunes très réalistes. Ils sont en recherche de sécurité, d’un revenu sûr. Nous sommes loin des utopies de mai 68. Notre rôle d’éducateurs est de les mettre en face des réalités économiques, sociales et je puis vous assurer que le message est bien reçu, presque trop. Ceci étant, la période de formation n’est pas exempte d’interrogations. Les jeunes vivent leur adolescence au lycée et par définition, il s’agit d’un moment de doute, doute positif mais doute quand même.

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