Etats généraux de l’alimentation : un changement de paradigme dans les relations commerciales

12 décembre 2017

Le 12 octobre 2017, le Président Macron a tiré un bilan à mi-parcours des états généraux de l’alimentation. Les premières annonces ont été applaudies par l’ensemble des organisations syndicales. Le président souhaite totalement refondre le modèle agricole français pour produire plus « vert », c’était attendu. Mais l’annonce qui a le plus surpris dans ce discours  fut la volonté de mieux encadrer les relations commerciales qu’il juge déséquilibrées entre la production et les acheteurs. Un nouveau modèle qui permettrait, selon lui de valoriser durablement des productions de qualité et respectueuses de l’environnement. Les vins AOC et les Spiritueux, exclus des débats des états généraux pour raison de trop bonne santé économique, seront-ils concernés par les réformes ? Rien n’est calé à ce jour mais les discussions sont en cours.

 

Depuis la fin du XIXe siècle, l’histoire de l’économie agricole en Europe n’est qu’une succession de politiques tantôt « interventionnistes » tantôt « libéralistes ».

A la fin des années soixante-dix, les stratégies économiques de l’Europe ont dû s’adapter : l’effet d’entraînement de la consommation intérieure s’estompant, les états européens ont fait le choix de réorganiser leurs appareils de production pour la compétition internationale, en soutenant les branches les plus performantes et en « éliminant les canards boiteux » (selon la formule explicite du Premier ministre d’alors R. Barre).

C’est ainsi que depuis cette époque, le seul « credo » tenu par la commission Européenne était de faire confiance à la liberté des marchés et des entreprises. Tout interventionnisme était considéré comme un frein à la compétitivité et à la conquête les marchés mondiaux.

Mais aujourd’hui et dans bien des secteurs, le modèle agricole Européen semble à l’agonie, comme étouffé par cette mondialisation et la compression aveugle des prix : A pousser trop loin les limites de la négociation sur les matières agricoles, le système a fini par devenir instable au risque de mettre en danger à la fois le secteur primaire mais aussi les économies qui en dépendent.

 

La fin d’une ère libérale…

Depuis plusieurs mois, tous les dogmes libéraux de la commission européenne semblent tomber les uns après les autres. Est-ce l’effet « Macron et ses états généraux de l’alimentation » comme le laissent entendre certains élus ? Probablement pas car la mutation avait débuté depuis longtemps sous la pression sociétale et des filières.

L’un des sujets les plus révélateurs du changement de philosophie est la libéralisation des droits de plantation de vigne. Lorsqu’en 2006 le commissaire européen à l’agriculture, Mariann Fischer Boel, a posé sur la table le premier projet de libéralisation, peu d’élus et d’acteurs (à l’exception des viticulteurs) étaient alors gênés par cette proposition dans la droite ligne de la politique communautaire. Il aura fallu 10 ans d’âpres négociations, pour que la commission Européenne fasse marche arrière sous la pression des élus politiques et des organisations professionnelles. Il faut dire, qu’entre-temps, les effets de l’abandon des quotas laitiers ont eu les effets désastreux que l’on sait ce qui a porté un coup sévère à la crédibilité du modèle agricole prôné par l’Europe.

 

Macron – Hogan : même combat !

Selon les observateurs, le discours du président Macron aux états généraux de l’agriculture et de l’alimentation le 12 octobre 2017, est un tournant historique dans la politique agricole de la France. Un engagement fort sur le partage de la valeur et pour changer de paradigme tant sur la question de la production que de la consommation.

Comme pour préparer cette intervention, Phil Hogan, le commissaire Européen à l’agriculture avait tenu un discours, le 6 octobre 2017 devant la « Food Safety Authority of Ireland » prônant lui aussi l’idée de reconstruire un nouveau modèle économique qui protégerait mieux les producteurs et l’économie des territoires.

À ce jour, aucun texte précis n’a été mis sur la table mais des évolutions (pour ne pas dire des révolutions) sont clairement annoncées et devraient voir le jour dans une loi promulguée par ordonnance dans le premier semestre 2018. Plusieurs grand idées sont mises en avant :

  • Le développement de la contractualisation pluriannuelle sur la base de contrats cadres.

  • Une remise à plat du modèle de fixation des prix : La loi devrait donc inverser la construction actuelle afin que la définition des prix partent des coûts de production.

  • Une professionnalisation des organisations de producteurs pour qu’elles puissent collectivement fixer des prix en phase avec leurs coûts de production. Les règles de la concurrence devraient donc évoluer à cette fin.

        . Un renforcement des observatoires des prix et des marges.

 

 

Quelles retombées pour les vins et Cognac

 

Si le texte vise principalement l’organisation des filières qui traversent des crises profondes (lait, viande, céréales…), il aura probablement aussi des retombées dans l’organisation des filières viticoles.

Le CNIV (Comité national des interprofessions des vins à appellation d’origine contrôlées), s’est dernièrement ému de ne pas avoir participé aux discussions des états généraux de l’alimentation. Son président, Jean-Marie Barrillère, entend bien revenir au cœur des discussions : « nous menons en ce moment des discussions avec l’Elysée et les ministères concernés pour expliquer les spécificités et préoccupations des vins et spiritueux. L’idée est de définir un cadre type pour le pilotage économique et environnemental des appellations dans lequel chacun s’inscrira au niveau où il l’entend ».

À Cognac, les acteurs de la filière semblent loin des préoccupations évoquées dans les états généraux de l’alimentation. La bonne santé de la filière et l’expansion des contrats pluriannuels depuis plusieurs années ont permis d’instaurer des relations apaisées entre la production et le négoce.

Les pouvoirs publics vont donc être contraints de jauger son interventionnisme pour rééquilibrer le rapport de force entre les agriculteurs et leurs acheteurs. Le nouveau modèle économique qui émergera des états généraux devra tenir compte des contraintes propres à chaque filière et de concurrence mondiale.

 

 

Pénurie de Beurre : Les symptômes d’un système à bout de souffle.

 

Que la situation soit réellement une pénurie ou la conséquence d’une négociation qui n’a pas abouti importe peu. Elle est avant tout révélatrice d’un dysfonctionnement de la politique d’achat des produits agricoles et de la dérégulation des productions. Lorsqu’au 1er avril 2015, les quotas laitiers ont disparu, les éleveurs Allemands, hollandais et dans une moindre mesure Français ont cru bon de développer leurs productions pour améliorer leurs revenus. Ayant anticipé cette situation, les transformateurs avaient développé avec succès des marchés export. Mais les effets de la dérégulation se sont malgré tout rapidement fait ressentir et les cours déjà très bas ont continué de plonger. La stratégie d’achat des distributeurs qui ne visait que le profit immédiat sans jamais jauger la pression exercée au final sur le producteur a entraîné la disparition de nombreuses entreprises.

Les fabricants de beurre se retrouvent aujourd’hui dans la situation ubuesque de disposer de marchés captifs à l’export et en France mais dans l’incapacité de les alimenter durablement si le prix du lait (et par conséquent du Beurre) n’est pas immédiatement revalorisé.

Selon Daniel ARLOT, Directeur de la Laiterie de Pamplie (79) les annonces faites par le Président Macron ont le mérite de mettre les pieds dans le plat mais il reste encore beaucoup d’inconnues dans un marché : « La véritable question est de savoir quel sera le prix du Beurre au bout de la chaîne lorsqu’on aura cumulé le coût de production et la marge du producteur, le coût de production et la marge du transformateur, le coût de distribution et la marge du distributeur. Chacun doit vivre décemment ! », une manière diplomate de dire que le consommateur a probablement été mal habitué à acheter des produits transformés qui ne permettent pas de garantir la pérennité du modèle de production dont nous sommes pourtant si fiers.

 

 

 

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