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De nouvelles pistes de recherche

22 décembre 2008

symptme_feuille_opt.jpegLes vignobles bordelais et charentais sont très concernés par les maladies du bois car le Sauvignon blanc, le Cabernet Sauvignon et l’Ugni blanc sont trois cépages naturellement sensibles à l’eutypiose, à l’esca et au black dead arm. Les travaux de recherches fondamentales qui ont été réalisés avec des moyens très modestes depuis 15 ans n’ont pas permis de trouver une alternative aux traitements d’hiver à l’arsénite de soude. Les chercheurs pensent néanmoins que si des moyens plus importants leur étaient donnés, ils seraient en mesure d’exploiter de nouvelles pistes de recherche susceptible à la fois de protéger les souches non porteuses de maladies du bois et celles qui extériorisent des symptômes. L’équipe de Mme Bernadette Dubos et l’ITV travaillent en parfaite synergie sur la mise en œuvre de nouvelles démarches de lutte.

 

L’arrêt de l’utilisation de l’arsénite de soude même s’il est parfaitement justifié suscite beaucoup d’inquiétudes en ce début d’année 2002 car il n’existe plus aucun moyen de pouvoir bloquer l’évolution de l’esca et du BDA (le black dead arm) dans les parcelles. Les maladies du bois ont eu, jusqu’à présent, comme principal handicap de ne pas représenter un potentiel de marché suffisamment attractif par rapport aux investissements de recherche qu’il aurait fallu mettre en œuvre. Les grandes sociétés d’agrochimie préfèrent concentrer leurs moyens sur des créneaux à haut potentiel comme le mildiou et l’oïdium qui constituent des marchés prioritaires et immédiatement rentables. On peut néanmoins espérer que le retrait du marché de l’arsénite de soude en France et dans la plupart des grands pays viticoles européens (arrêt total en 2003) représentera un déclic en faveur des trois maladies du bois dont la lutte pourrait représenter, dans la décennie à venir, un marché neuf et captif.

De gros investissements de recherches sont nécessaires

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Mme Bernadette Dubos et M. Philippe Larignon, de l’INRA de Bordeaux

Les professionnels et les responsables de l’Administration après avoir trop longtemps oublié ou sous-estimé l’importance de ces maladies manifestent aujourd’hui la volonté de relancer des programmes d’études pour trouver une alternative à l’arsénite de soude, mais le travail est énorme. Les chercheurs de l’équipe de Mme Bernadette Dubos, de l’INRA de Bordeaux, ont fait preuve de beaucoup de courage depuis quinze ans et le capital de connaissances scientifiques qu’ils ont engrangé constitue un véritable « pied de cuve » qui ne demande qu’à être exploité. Néanmoins, ces spécialistes considèrent aussi qu’il est illusoire de pouvoir imaginer mettre à la disposition des viticulteurs d’ici un an ou deux un procédé de lutte chimique comparable aux traitements d’hiver à l’arsénite de soude. En effet, les aspects concernant la biologie des champignons sont un préalable incontournable à toutes les actions de recherches en matière de lutte proprement dite. La connaissance fondamentale des cycles biologiques des différentes maladies du bois n’est pas suffisamment avancée pour déterminer l’angle d’attaque le plus intéressant pour chacune des affections. Il va donc falloir réaliser de gros investissements dans la recherche fondamentale pour définir les pistes de travail les plus intéressantes. Souhaitons que les demandes d’aides budgétaires pour la recherche dans le cadre d’un programme d’étude européen soient acceptées et que les interprofessions des différentes régions viticoles mettent en commun leurs moyens pour soutenir ce dossier.

Un complexe de maladies du bois qui ne facilite pas les choses

Il semble qu’actuellement les réflexions en matière de lutte contre les maladies du bois soient de deux ordres, le traitement des souches déjà atteintes et la protection des ceps non atteints par ces maladies. L’une des principales difficultés sera aussi de mettre au point des stratégies de luttes cohérentes vis-à-vis des trois maladies. En effet, les techniciens ont maintes fois observé qu’une même souche peut extérioriser une année des symptômes d’eutypiose (à la faveur d’un climat froid et peu propice à une pousse régulière au moment du débourrement) et deux ou trois ans plus tard des symptômes d’esca. M. Philippe Larignon, de l’INRA de Bordeaux, a aussi souvent constaté que des ceps ayant extériorisé de l’esca une année peuvent ensuite être touchés par du BDA à la faveur de conditions climatiques favorables. Le comportement épidémique des champignons responsables de ces maladies et leurs points faibles ne sont probablement pas identiques et il y a très peu de chance qu’une seule matière active appliquée à une même époque soit en mesure de contrôler de façon préventive ou curative le complexe des trois maladies. Les premiers screening de matière active (réalisé in vitro) le confirment et il est probable que d’éventuelles spécialités commerciales seraient composées de plusieurs matières actives pour avoir un spectre d’efficacité large. Par ailleurs, les récents resserrements de gammes des matières actives homologuées en viticulture risquent aussi de compliquer sérieusement la tâche des chercheurs. L’autre volet très important des recherches concerne bien sûr l’application car les champignons responsables des maladies des bois sont implantés au cœur des souches et dans les couches profondes du bois. Pour les approches de lutte préventive, les techniques de pulvérisation ou de protection des plaies de tailles sont sûrement envisageables dans la mesure où les périodes de traitements seraient cohérentes par rapport aux calendriers habituels des travaux dans les vignobles. La parfaite connaissance du mode de transmission et dissémination de ces maladies constitue un préalable incontournable pour réfléchir à la mise au point d’un procédé de protection des souches saines. Par contre, l’application de produits dans le cadre d’une lutte curative semble beaucoup plus complexe à envisager et il faudra bien imaginer des moyens technologiques nouveaux et abordables pour traiter localement les zones de bois nécrosées au cœur des souches. Le dossier maladie du bois risque donc dans les années à venir de devenir un sujet de préoccupation de premier plan pour les chercheurs et les ingénieurs chargés du développement technique.

L’injection de produits au cœur des souches, une piste de recherche intéressante

Au niveau de l’ITV, une action de recherche appliquée d’envergure nationale va être mise en œuvre dans l’ensemble des régions viticoles françaises à partir des pistes de travail développées par l’équipe de Mme Bernadette Dubos à l’INRA de Bordeaux. M. Bernard Molot, le directeur de la station ITV Rhône-Méditerranée à Nîmes, est le responsable du projet maladie du bois à l’échelon national. Cet automne, l’ITV a mis en place un vaste programme d’expérimentation pour valider de nouvelles approches de traitements (essais de différents produits et de nouveaux modes d’application) dans plusieurs régions viticoles. L’objectif est d’essayer de se donner les moyens de tester différentes pistes de recherche ayant à la fois un caractère préventif et curatif. Une de ces démarches concerne un procédé de lutte curative original par injection de produits dans les souches identifiées comme malades. M. Bernard Molot et l’équipe de Mme B. Dubos de l’INRA de Bordeaux considèrent que le principe de l’injection des matières actives dans les souches présente un certain nombre d’avantages par rapport à d’autres méthodes. Sur le plan de l’efficacité, le fait de pouvoir localiser les produits à l’intérieur des souches au contact des zones touchées par les maladies représente un avantage important par rapport aux techniques de pulvérisation ou de badigeonnage des plaies de taille qui ne mettaient pas directement les produits en contact avec les zones « à soigner ». Ce procédé d’injection soulève aussi un certain nombre de questions fondamentales sur les mécanismes de diffusion des produits dans les souches et de leurs éventuels effets secondaires par la suite. Sur le plan écologique, l’injection de produit est une évolution très importante car, par rapport à la pulvérisation, cela supprime tous les phénomènes de dérives de flux de bouillie au niveau du sol et dans l’atmosphère.

Une technique mise au point en arboriculture par la société Chemcolour en Nouvelle-Zélande

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M. Ian Dorset, de la société Chemcolour ; M. Patrice Lecomte, de l’INRA de Bordeaux ; et M. Adrian Spiers, de l’Institut de recherches agronomique de Nouvelle-Zélande

Cette technique a été mise au point en Nouvelle-Zélande par la société Chemcolour pour traiter en arboriculture le plomb des rosacées sur les pêchers, les pruniers et les abricotiers. Dans ce pays, la technique d’application et un produit à base d’acide salicylique (un stimulateur des défenses naturelles) ont été homologués en arboriculture et des essais sont aussi conduits en viticulture pour lutter contre l’eutypiose. Dans le courant du mois de novembre, les responsables de la société Chemcolour sont venus en France réaliser des essais dans le cadre d’un programme d’études sur trois ans qui est coordonné par l’ITV et l’INRA de Bordeaux. L’objectif est de tester la technique sur différents cépages et dans des vignobles différents (Bordelais, Gaillacois, Midi, Bourgogne et Alsace), d’observer son efficacité sur les différentes maladies (eutypiose, esca, BDA) et sur des souches atteintes à des degrés différents. Des essais d’injection de produits autres que celui de la société Chemcolour seront aussi réalisés à partir des travaux de laboratoire réalisés par l’INRA de Bordeaux. Une étude au niveau de la diffusion des produits dans les souches sera aussi conduite pour essayer de comprendre les mécanismes naturels de diffusion dans les troncs (afin d’optimiser les points d’injection à la base ou en haut des ceps et les périodes de traitement dans l’année). La société Chemcolour est un groupe industriel spécialisé dans les activités de chimie dont une de ses filiales est spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de produits destinés à la protection des bois. L’une des spécificités de cette filiale est de mettre au point des peintures ou des revêtements de surface ayant une efficacité sur les insectes et les champignons qui peuvent coloniser le bois dans les couches de surface et également en profondeur. M. Ian Dorset, de la société Chemcolour, qui est le responsable du projet de traitement en arboriculture et en viticulture en Nouvelle-Zélande, considère qu’actuellement la technique est opérationnelle dans leur pays (le procédé est homologué en arboriculture).

Une approche de lutte curative en arboriculture qui donne des résultats intéressants

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M. Bernard Molot, de l’ITV

L’entreprise a développé un concept de lutte global en mettant au point, d’une part une spécialité commerciale à base d’acide salicylique pour lutter contre les maladies et, d’autre part, un outil pour injecter le produit dans le cœur des souches. Des expérimentations ont eu lieu en Nouvelle-Zélande dans le cadre d’un institut technique comparable à l’INRA en France et les résultats des travaux d’un chercheur, M. Adrian Spiers, attestent de l’efficacité du procédé Chemcolour sur la maladie du plomb parasitaire en arboriculture. Des essais ont également été mis en place sur l’eutypiose de la vigne et apparemment, la société Chemcolour est en attente d’une homologation du procédé sur eutypiose en Nouvelle-Zélande. Ce concept de traitement localisé au cœur des souches suscite de par son principe un véritable intérêt en viticulture vis-à-vis de l’esca et du BDA comme l’a expliqué M. Bernard Molot dans le paragraphe précédent. La société Chemcolour a effectué des essais en vigne depuis deux ans en Californie, en France et en Italie, et au mois de novembre dernier, nous avons pu voir fonctionner leur procédé dans une parcelle de vigne de Cabernet Sauvignon dans l’Entre-Deux-Mers. Une démarche expérimentale a été mise en place par l’INRA de Bordeaux et l’ITV pour valider le concept de lutte Chemcolour au niveau de l’efficacité du produit et de la faisabilité de l’application. En Gironde, M. Patrice Lecomte, le chargé d’étude eutypiose à l’INRA de Bordeaux, avait organisé un programme d’essais sur trois sites. Le traitement ne peut être envisagé que sur des souches qui ont été préalablement repérées et marquées pendant la période estivale.

Un procédé de lutte adapté aux exigences de l’expérimentation

Les techniciens de la société Chemcolour que nous avons rencontrés sur l’un des sites en Gironde au mois de novembre nous ont permis de mieux comprendre l’approche technique qu’ils développent. La réalisation proprement dite du traitement a lieu aussitôt la chute des feuilles, dans le courant du mois de novembre dans nos régions, afin de bénéficier de l’effet de sève descendante. Le traitement se décompose en deux phases distinctes : la réalisation d’un avant-trou au sommet de la souche et, dans un second temps, l’injection du produit. L’avant-trou doit être réalisé au sommet du tronc (sans perforer tout le diamètre du cep) avec une perceuse électrique mobile équipée d’un foret de 8 à 10 mm. L’appareil d’injection est d’un poids et d’un encombrement à peu près identiques à ceux d’un sécateur de taille à deux mains et son fonctionnement est entièrement manuel. Il se décompose en deux éléments : une partie centrale destinée au stockage et au pompage du produit, et une petite canne d’injection qui se fixe sur l’avant-trou. Un tuyau souple en PVC permet de relier le module de pompage à la canne d’injection. L’utilisateur réalise l’injection en pompant le liquide du réservoir vers la souche par quelques pressions successives sur les deux bras articulés. Une fois que la dose de produit a pénétré dans la souche, la canne d’injection est retirée et le trou est aussitôt obturé avec un petit bouchon en PVC souple. Si, l’année suivante, il faut réaliser un second traitement, il ne sera pas nécessaire de faire un nouvel avant-trou. La réalisation par une même personne de l’avant-trou et de l’injection nécessite en moyenne 3 à 4 minutes par souche. Le procédé et l’équipement que nous avons vu fonctionner correspondent parfaitement aux exigences d’une démarche expérimentale, mais par contre cela paraît difficile de l’utiliser en l’état dans la très grande majorité des exploitations viticoles. Les exigences de productivité du travail sont telles que les charges de main-d’œuvre pour la réalisation de ce procédé de lutte risque de le rendre inaccessible à bon nombre de régions viticoles.

Ne pas sous-estimer l’importance du coÛt de l’application dans la faisabilité globale du projet

Un chef de culture d’un grand domaine bordelais qui a déjà expérimenté cette technique l’année dernière nous expliquait que l’organisation d’un chantier de travail de traitement avec deux personnes, l’une réalisant les avant-trous et la seconde effectuant l’injection de produit, permettrait de traiter 80 à 100 pieds à l’heure selon la fréquence et la répartition des ceps à traiter dans les parcelles. Le coût d’une telle opération risque donc d’être assez onéreux dans des vignobles où plus de 30 % des souches extériorisent des symptômes d’eutypiose, d’esca ou de BDA. Dans une parcelle ayant une densité de 2 500 pieds effectifs qui serait touchée à 30 %, le seul coût de la main-d’œuvre avec l’équipement existant serait de plus de 1 100 F/ha. Pour les vignes à plus forte densité avec un degré d’atteinte similaire, le coût de la main-d’œuvre passerait à 1 800 F/ha environ pour 4 000 pieds et 2 800 F/ha pour 6 000 pieds. Cette rapide approche chiffrée des coûts (et sûrement incomplète) montre bien que si le principe de l’injection est une piste de recherche intéressante en matière de lutte contre les maladies du bois, il ne faudra pas sous-estimer l’importance des charges de main-d’œuvre liées à l’application dans la faisabilité globale du projet. Néanmoins, les chercheurs estiment que, pour l’instant, il ne faut pas griller les étapes car la priorité est de valider l’efficacité du traitement sur les maladies du bois, de comprendre les mécanismes de la diffusion des produits dans les souches et d’optimiser les conditions de réalisation pratique du procédé (en terme de date de traitement, de hauteur d’injection, de produit à utiliser). Si l’efficacité des produits était confirmée d’ici deux à trois, il est probable que la technologie de l’outil d’application pourrait évoluer rapidement pour rendre le
travail d’injection plus rapide et donc plus réaliste sur le plan économique.

La Mise En Œuvre Du Procédé Chemcolour

 

 

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La réalisation de l’avant-trou

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La fixation du dispositif de traitement

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La fermeture de l’orifice par un bouchon en plastique

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie :

– M. Bernard Molot, Station ITV Rhône-Méditerranée.

– Mme Bernadette Dubos, M. Philippe Larignon et M. Patrice Lecomte, de l’INRA de Bordeaux.

– La société Chemcolour en Nouvelle-Zélande.

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