Environnement : Bilan carbone de la filière Bordeaux

30 octobre 2014

Lancé en 2008, le Bilan carbone de la filière Bordeaux fit l’objet d’une actualisation début 2014, avec communication à la clé. Le retour d’expérience montre que la filière Bordeaux a diminué de 9 % ses émissions de Gaz à Effet de Serre (GES).

 

 

« Le changement climatique, c’est nous qui allons l’écrire. » Qui dit cela ? Jean-Marc Jancovici, polytechnicien, co-fondateur de Carbone 4, cabinet spécialisé dans l’empreinte carbone des entreprises et organisations. J.-M. Jancovici a participé à la mise au point de la méthode dite du « bilan carbone » auprès de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Dès 2008, le cabinet a été sollicité par le CIVB, l’interprofession bordelaise, pour travailler sur le bilan carbone de la région viticole. Objectif ! Qu’à horizon 2020, la dépendance énergétique de la fi-lière ait diminué de 20 %. Même chose pour l’impact environnemental. Bien sûr, la filière ne s’affranchira jamais totalement des énergies fossiles. Mais au moins faut-il « lancer la démarche, enclencher une dynamique ». « Nous sommes-là pour vous donner l’heure » a expliqué le consultant.

Compter pour agir

Qu’est-ce qu’un bilan carbone ? C’est « compter pour agir », faire le point à échéance régulière, pour tenter d’améliorer les ratios. En principe, rien n’échappe aux contrôleurs et à leurs « compteurs Geiger ». Ils comptent les émissions de gaz à effet de serre générés par l’activité. Ils partent de la production viticole pour arriver aux intrants liés au packaging (verre, cartons…). Ils décomptent l’énergie directe consommée (fioul, électricité) pour transport des marchandises, sans oublier le déplacement des personnes, ressortissants de l’activité ou simples visiteurs venus dans le cadre de l’œnotourisme. Sans oublier l’énergie consommée pour le traitement des déchets. La somme de tous ces postes donne le bilan carbone, exprimé en équivalent CO2.

Des émissions en baisse

Pour la filière Bordeaux, la première photographie aboutissait à un chiffre de 840 000 tonnes équivalent CO2. Cinq ans plus tard – étude restituée début 2014 mais réalisée en 2013 – que constate-t-on ? Les émissions ont baissé. Elles sont passées à 770 000 tonnes, soit un gain de 9 %.

A quoi est-ce dû ? Essentiellement à la baisse du poids de la « bordelaise », la bouteille en verre emblématique de la filière ainsi qu’aux progrès réalisés par les verriers dans leur process de fabrication. Par kg de verre, les émissions ont baissé de 15 % en 5 ans (meilleur recyclage, etc.).

Il y a aussi eu l’effet Bag in Box.

Sur le poste dit des « matériaux entrants », le recul des émissions a été chiffré à – 22 %.

Les émissions liées au poste « énergie », elles, ont baissé de – 12 %. C’est principalement à mettre au crédit de la rubrique « gas-oil » des tracteurs viticoles ainsi qu’à un recours majoré aux énergies renouvelables (méthanisation) de la part des distilleries vinicoles. Les émissions de l’activité œnologique, elles, restent stables, grâce à l’utilisation croissante de l’électricité, peu émettrice de Gaz à Effet de Serre. On commence même à voir des panneaux photovoltaïques sur les chais. Grâce à l’installation de compteurs, la consommation d’eau amorce une baisse.

L’effet mécanique de l’exportation

Par contre, là où ça pêche, c’est sur le fret, qui a vu son empreinte progresser de + 24 %. C’est l’effet mécanique d’une croissance à deux chiffres des quantités exportées vers les pays tiers et notamment vers les destinations lointaines, type Chine ou Etats-Unis. Car si les émissions liées au transport routier ont diminué, celles de l’aérien ou du commerce fluvial ont fortement progressé. Ceci dit, les vins de Bordeaux doivent-ils s’abstenir d’exporter ? Ce qui serait bon pour la planète le serait beaucoup moins pour la balance commerciale française. Bilan carbone rime donc avec relativité et principe de réalité. Ce qu’il faut, c’est attendre son meilleur possible.

« Gain partagé »

D’ailleurs J.-M. Jancovici insiste beaucoup sur le « gain partagé » entre la planète et celui qui économise. « Le fait d’avoir baissé de 12 % vos émissions énergétiques a fait gagner à la filière bordelaise environ 200 millions d’€ sur cinq ans. Les économies ne se chiffrent certes pas en milliards d’€ mais bien en millions d’€. » « D’ailleurs, dit-il, on ne fait rien sans le consentement des gens qui doivent faire quelque chose. »

Le directeur marketing du CIVB a parlé, lui, du gain en termes d’image, auprès des consommateurs et des marchés. « Il y va de la responsabilité sociétale des Vins de Bordeaux. » La région Aquitaine, très impliquée, a évoqué l’impact fort du changement climatique. L’Aquitaine est en première ligne sur les questions de montée des eaux sur le littoral. Le président a dit son intention de cons-tituer « un socle de connaissances » sur le sujet.

Union européenne – Plan climat : Des objectifs révisés à la hausse

La Commission européenne a haussé d’un cran ses objectifs en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Mais, pour l’instant, le caractère contraignant des mesures n’est pas avéré.

Jusqu’à maintenant, un chiffre résumait le Plan climat 2020 fixé par la Commission européenne : 20 % ; 20 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990, 20 % d’énergies renouvelables, 20 % d’économies d’énergie. Mais le 23 juillet dernier, la Commissaire au Climat, Connie Hedegaard, a obtenu de la Commission européenne qu’elle hausse d’un cran ses exigences.

Désormais, le « Paquet climat » proposé par l’UE pour 2030 s’assigne trois objectifs : une réduction de 40 % des gaz à effet de serre ; une part des énergies renouvelables portée à 27 % de la consommation énergétique et 30 % d’économie d’énergie.

Il est pourtant dit que « les dirigeants des Etats membres pourront encore décider du caractère contraignant ou non de l’objectif d’efficacité énergétique au cours de leur sommet d’octobre ». L’unanimité est requise pour l’approbation de ce paquet.

Le commissaire au climat a indiqué que les Etats étaient encore très divisés, certains ne voulant pas d’autre objectif que celui de la réduction des gaz à effet de serre. Les Verts dénoncent « un manque d’ambition ».

Bilan carbone Cognac
C’est en 2009 que la filière Cognac a réalisé son Bilan carbone. Il n’a pas donné lieu à communication.
Fin 2009, tout début 2010, le Bilan carbone de la filière Cognac a été présenté à la commission technique du BNIC. Conçu comme un document de travail de l’interprofession, les professionnels n’ont pas souhaité le diffuser. Non qu’il soit mauvais – « nous n’avons pas à en rougir » – mais c’était une volonté de la filière de ne pas communiquer en l’espèce. Sachant qu’un Bilan carbone « est une photo à un instant T », les professionnels réfléchissent, cinq ans plus tard, à son actualisation. Le chantier pourrait être relancé en 2015. « C’est encore dans les tuyaux, même si rien n’est décidé ». Si ça se fait, ce sera un travail assez considérable, comme pour tout Bilan carbone qui se respecte.
Démarche d’entreprise
En ce qui concerne le plan d’actions, les professionnels ont considéré qu’il s’agissait d’une démarche d’entreprise, relevant donc de l’initiative individuelle (pas de caractère obligatoire attaché au Bilan carbone). La filière a cependant élaboré des documents techniques, pour aider les entreprises qui le souhaitaient à élaborer leurs propres docu-ments. A priori, les grandes maisons de Cognac l’ont fait ainsi que des distilleries, des coopératives. Si le Bilan carbone n’est pas réservé à une taille d’entreprise, les TPE voire les PME ont plus de difficulté à le mettre en œuvre, vue la lourdeur de la démarche. A Cognac, la consommation de gaz pour la distillation ainsi que l’énergie liée au transport du fret vers les marchés lointains représentent à coup sûr les deux postes les plus générateurs d’émissions de gaz à effet de serre. A l’inverse, Cognac fait sans doute figure de plutôt bon élève sur le poste « œno-logie ».

 

 

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