« Sans formation, pas de jeunes derrière »

27 février 2009

A l’heure où le niveau Bac est nécessaire pour bénéficier des aides à l’installation, la formation initiale agricole accuse une baisse criante de ses effectifs. Sur la filière viticole BEP/Bac pro, le nombre d’élèves a été divisé par trois ou quatre en dix ans. Un chiffre inquiétant pour la profession.
De mémoire, en 1996, les deux Charentes comptaient cinq BEP viti et cinq Bac pro. Aujourd’hui, on ne recense plus que trois BEP et deux Bac pro viti et encore les classes ne sont-elles pas surchargées. A fermé la filière BEP – Bac pro viti du lycée agricole de l’Oisellerie comme a cessé celle du lycée agricole privé Saint-Antoine près de Saint-Genis-de-Saintonge ou le Bac pro viti du LEPA Félix-Gaillard de Salles-de-Barbezieux. Certes, la démographie agricole est passée par là. En Poitou-Charentes, c’est sans doute la première cause d’arrêt des formations. Mais ne faut-il pas y voir une certaine désaffection du métier de viticulteur ? Martial Ronsin, proviseur du lycée professionnel agricole du Renaudin à Jonzac – un des établissements charentais le plus impliqué dans la filière viticole – est partagé sur la question. A la fois il constate que la passion de la viticulture continue d’animer les jeunes qui fréquentent son lycée. « Cette passion, dit-il, transcende les clivages sociaux. Que les parents possèdent 7 ha de vignes ou 200, les jeunes se retrouvent autour d’un même centre d’intérêt. » Mais à la fois l’enseignant constate la ligne de fracture qui, aujourd’hui, tend à diviser la viticulture entre le camp des optimistes et celui des pessimistes. A l’évidence, les parents « optimistes » encourageront davantage leurs enfants à suivre des études agricoles que les autres. « Les optimistes dit-il, investissent dans leurs exploitations, croient en ce qu’ils font. Ils se lancent dans la vente directe, se diversifient, font des efforts pour ne pas être à la merci du marché du Cognac. Ce sont des battants, de ceux que l’on rencontre aux réunions et qui font avancer l’économie locale. » Et puis il y a les parents pessimistes qui, crise viticole aidant, n’y croient plus. Ils ne sont pas prêts à engager leurs enfants dans ce qu’ils considèrent comme une impasse. « Mais ils ont tort ! » s’exclame Martial Ronsin. « Parce qu’ils ont toujours vécu dans ce milieu, ils ont du mal à percevoir la qualité de vie qui est la leur où se mêle harmonieusement vie professionnelle, sociale et familiale. » Le proviseur en veut pour preuve le retour, plus fréquent qu’il n’y paraît, de ces fils d’agriculteurs qui, après avoir suivi d’autres études, tâtés du chômage parfois, reviennent sur la « benasse ». Ou encore le phénomène, apparu il y a 2-3 ans de ces sortes de mutants – plombier, électricien, ingénieur, chirurgien… – qui à 30 ans ou même 50 nourrissent un projet d’installation en viticulture, ici, dans le Bordelais ou le Midi. Un « coup de cœur » qui conduit des dizaines de personnes à se retrouver en formation adulte pour obtenir des diplômes de type Bac pro ou BP REA (brevet professionnel responsable d’exploitation) qui leur donneront la capacité professionnelle. Cependant, cet épiphénomène plutôt sympathique ne doit pas faire oublier la dure réalité. Hors du cadre familial (et encore !), le métier d’agriculteur n’attire plus les jeunes. Il jouit d’une mauvaise image, à l’instar de tous les métiers manuels d’ailleurs. En sortie de 3e, les adolescents sont plus attirés par le tertiaire que par un CAP de maçon ou un BEP agricole. Même chose d’ailleurs pour les demandeurs d’emplois qui ne se pressent pas au portillon pour apprendre à tailler. Les seuls qui s’y risquent sont souvent des femmes. « Marché d’illusions » tonne M. Ronsin qui sait de quoi il parle. Pour chaque élève sortant de son établissement, il recense deux offres d’emplois et il reçoit quatre fois plus de demandes de maîtres d’apprentissage qu’il ne peut proposer d’apprentis. « On va au-devant d’une pénurie de jeunes évidente. Les exploitants auront de plus en plus de mal à trouver de la main-d’œuvre qualifiée. Comment revaloriser le métier ? La profession doit s’employer à faire connaître les points positifs. » Le directeur du lycée agricole veut rester optimiste. “Nous allons assister à un ressaut. Il ne peut pas en aller autrement. Les Charentes représentent tout de même l’un des plus beaux vignobles de France. »

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