Une Ambition Electorale

24 février 2009

Dans le camp progressiste, « non libéral et non conservateur », le MODEF a une longue expérience de lutte, qui remonte à sa fondation il y a cinquante ans, en Poitou-Charentes. Son jeune président Xavier Compain, éleveur de vaches allaitantes en Côtes-d’Armor, exprime en termes clairs le projet de son syndicat. Le MODEF nourrit de véritables ambitions pour ces élections.

 
« Le Paysan Vigneron » – Sur combien de départements présentez-vous des listes MODEF ?

xavier.jpgXavier Compain – Historiquement, le MODEF n’a jamais été présent sur l’ensemble des départements. Cette fois-ci, nous soumettons des listes « exploitants » dans vingt-sept départements. Au total, le MODEF sera visible dans une quarantaine de départements, via les différents collèges exploitants, retraités, coopératives… Cette couverture partielle du territoire pose d’ailleurs un vrai problème. Comment peut-on se servir de ces élections à vocation départementale comme test de représentativité nationale ? Au terme d’un recollement des voix, le MODEF est régulièrement crédité d’une audience de 3 à 4 %. Or ce score ne signifie rien pour nous. Auprès du Gouvernement, des instances décisionnelles, dans les tables rondes, les débats d’idées, notre syndicat est perçu comme une vraie force de propositions, au même titre que les autres. Dans les départements où le MODEF est représenté, son audience est plus proche des 10-12 %, le score qui nous semble le mieux coller à notre vraie place. Ce décalage entre la réalité perçue et le comptage statistique nous conduit à formuler la proposition suivante : organiser un véritable scrutin national – pour la mise en place de l’APCA (Assemblée permanente des Chambres d’agriculture) par exemple – où la centaine de candidats serait élue par tous les exploitants. La notion de représentativité nationale aurait alors vraiment un sens.

« L.P.V. » – En terme de politique agricole, quelles sont vos propositions ?

X.C. – Pour ne pas alourdir le débat, nous avons choisi de focaliser notre message sur cinq points forts, trois concernant l’orientation de l’agriculture et deux plus liés à la gestion de l’outil Chambre. Notre mot d’ordre : « Des prix pour notre avenir – Une Chambre d’agriculture pour tous » reflète assez bien notre ambition. Je remarque que, durant cette campagne, beaucoup d’organisations syndicales en sont venues à parler des prix. Les cinq formations ont-elles vocation à devenir « un collectif anti-libéral » ? Nous qui avons fait de la rémunération du travail paysan notre leitmotiv depuis la fondation du MODEF, chez vous, en Poitou-Charentes, il y a cinquante ans, nous n’allons pas bouder notre plaisir. Mais attention à ce que le slogan de la FNSEA ne renvoie pas aux prix mondiaux ! Quand le MODEF parle de prix rémunérateurs, il s’engage à demander la mise en place de prix planchers, ou de prix minimum – peu importe le vocabulaire – mais en tout cas de prix qui couvrent au moins les coûts de production, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Avec les prix, un autre point fort de notre programme a trait à la lutte contre les importations abusives et la délocalisation des productions. Pour nous, le libéralisme économique, c’est non ! L’agriculture française ne peut pas lutter contre les prix mondiaux, obtenus à coup de rémunérations de misère. La France et l’Europe doivent s’y interposer. L’encadrement des marges de la grande distribution constitue notre troisième exigence (même s’il y en aurait bien d’autres). Le MODEF s’engage précisément sur ces propositions, dans les départements où il défend une liste en solo comme dans ceux où il partage une liste d’union avec des formations du camp progressiste, non libéral et non conservateur, Confédération paysanne ou certains syndicats départementaux dissidents de la FNSEA et des JA.

« L.P.V. » – Vous évoquiez « l’outil Chambre » ?

X.C. – Nous proposons que les Chambres d’agriculture s’engagent prioritairement dans la création de valeur ajoutée à partir de leurs filières locales ou régionales. Cela paraît une évidence, sauf que des poulets bretons partent vers les Landes, que le foie gras vendéen circule on ne sait où. Nous souhaiterions également que la Chambre d’agriculture, cet organisme public au service de l’agriculture, devienne le « Parlement des paysans ». Qu’elle représente vraiment la diversité de l’agriculture. S’il est normal que les différentes formations « se tirent la bourre », il paraîtrait judicieux que tous les syndicats soient représentés au sein des Chambres. Par ailleurs, à l’heure où l’on parle de « démocratie participative », la Chambre ne pourrait-elle pas devenir le lieu privilégié de validation des projets de loi intéressant l’agriculture. Sans faire des élus Chambre des « sous-députés », ils interviendraient comme force de propositions et porteurs d’orientation. Nous appelons également à un fonctionnement plus démocratique des Chambres, réforme qui passerait d’abord par une révision du mode de scrutin. Aujourd’hui, la liste qui arrive en tête rafle 75 % des sièges, ne laissant aux autres que des miettes. C’est une prime donnée aux grosses formations. Introduisons un vote à la proportionnelle et modifions, par la même occasion, les règles de représentativité et de financement des syndicats. Pour disposer de sièges aux interprofessions, aux offices, il faut remporter plus de 15 % des voix dans plus de 25 départements. Quant à l’attribution des finances publiques aux différents syndicats, elle ne débute qu’à partir du seuil de 15 % des voix. C’est un système « furieux », complètement léonin. Un syndicat comme le nôtre reçoit juste de quoi payer une voiture, y mettre un peu de carburant et financer quelques activités militantes alors que d’autres formations se voient déjà indemnisées de leur campagne.

« L.P.V. » – Que vous inspire la PAC ?

X.C. – Nous réclamons un budget agricole après 2013 et peut-être même après 2008-2009, car nous sommes payés pour savoir combien les « bilans d’étape » peuvent se révéler des virages à 180°, voire le découplage des aides en 2003. Nous demandons que la refonte de la PAC introduise plus de justice et d’équité dans l’attribution des aides compensatrices ainsi que des droits à produire. Aujourd’hui, ceux qui sont « calés » sur quinze vaches allaitantes ou de petites références laitières le restent. En outre, nous sommes favorables au plafonnement des aides, par actif et par exploitation. Sur tous ces domaines, les élus MODEF s’engagent à tenir leurs positions. Notre travail de conviction et d’entraînement ne s’arrêtera pas au lendemain des élections. Il faut du courage politique pour susciter le changement. Sur les prix notamment, nous veillerons que les promesses émises par nos concurrents ne restent pas lettre morte.

« L.P.V. » – Lors de ces élections, le MODEF est-il en situation de remporter des Chambres ?

X.C. – Nous avons effectivement l’ambition de remporter des majorités gagnantes dans quelques départements. Des « coups sont jouables », comme en Corrèze, en association avec la Confédération paysanne ou dans l’Aude, avec un syndicat dissident de la FNSEA. En Martinique, en Haute-Garonne, remontent de bonnes choses. Voilà plus de trente ans que le MODEF n’a pas été majoritaire dans une Chambre, la dernière ayant été celle des Landes. J’espère que ces élections 2007 vont nous permettre de changer la donne.

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