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Le Projet Alternatif De 800 000 Paysans

24 février 2009

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Christiane Aymonier, secrétaire générale de la Confédération paysanne.

Le syndicat faucheur d’OGM et pourfendeur d’OMC manie aussi l’utopie créative inspirée de 1968 : « soyons réalistes, demandons l’impossible ! » Un impossible somme toute raisonnable puisqu’il s’agit de prôner l’existence de 800 000 paysans contre « 150 000 agri-managers ». C’est le projet alternatif de la Confédération paysanne qui fête en 2007 ses vingt ans d’existence.

 

 

 

« Il disparaît tous les ans en France 30 000 exploitations agricoles, soit l’équivalent de dix usines Moulinex. » Ces chiffres, Jean-Emile Sanchez, paysan aveyronnais, grand faucheur devant l’éternel et ancien porte-parole de la Confédération paysanne, les avaient cités lors de son passage en Charente-Maritime, à l’occasion de l’AG de la Conf. Même tonalité à Bagnolet, au siège de la formation. Situé dans un quartier populaire aux portes de Paris, l’immeuble de la Confédération paysanne est actuellement en travaux. Y règne donc un « joyeux b… », peut-être pas très loin du climat habituel. A gauche dans le couloir le dortoir « des filles » – spartiate – puis celui des garçons, tout aussi spartiate ; en face la salle de bains et au fond la salle de réunion avec quelques victuailles encore sur la table. Ce jour-là, flottait sur le tout une légère odeur d’étable. Mais cette improvisation sans chichi ne doit pas masquer l’essentiel : les responsables nationaux s’obligent à une présence à Paris trois jours par semaine, ce qui sous-entend une sacrée organisation personnelle et sans doute pas mal de sacrifices.

Se trouvaient à Bagnolet le jeudi 4 janvier Christiane Aymonier, l’une des deux secrétaires générales et Régis Hochart, l’un des deux porte-parole, ci-devant paysans du Jura et du Lot-et-Garonne. Ils font de l’objectif des 800 000 paysans le fil rouge de leur campagne Chambres d’agriculture. « Il s’agit d’une orientation importante, presque un choix de vie. C’est cela ou les 150 000 agri-managers qui transpirent du programme de la FNSEA. » Le syndicat majoritaire est accusé d’avoir entériné voir carrément adoubé une PAC dévoreuse de paysans. « Cette politique agricole est néfaste dans sa conception européenne et lamentable dans sa transcription française. Tous les pays n’ont pas fait le même choix que la France, notamment pour baser les aides ha sur un historique d’exploitation. Certains ont choisi un système de mutualisation. Nous, nous avons tiré le gros lot ! C’est le résultat de la politique menée par la FNSEA depuis vingt ans. Elle a participé à la mise en place de la PAC et maintenant elle la critique : “Nous n’en voulons pas.” Pourtant, qui l’a négocié sinon le COPA (Comité des organisations professionnelles agricoles de l’UE) dont la FNSEA est un membre éminent ? Quand on fait des c…,il faut les assumer ! »

« les DPU favorisent les grosses structures »

La Confédération paysanne souligne l’inégalité flagrante introduite, selon elle, par l’actuelle PAC. « Les DPU favorisent les grosses structures. En 2004, un producteur de riz camarguais a remporté la palme des aides avec 872 000 €, suivi d’un éleveur de vaches allaitantes du Limousin, qui a empoché 450 000 €. Ceux qui ont joué le jeu et sont passés à l’herbe il y a dix ans se sont retrouvés coincés. Les DPU représentent une vaste fumisterie. Ils symbolisent la fin d’un système. » Le syndicat rappelle les principes initiaux de la politique agricole commune au sortir de la guerre : reconquérir l’autonomie alimentaire européenne, amener les agriculteurs au même niveau de revenu que les autres catégories de population, assurer une occupation large et harmonieuse du territoire. Des idéaux pas si éloignés de ses propres positions. « Nous défendons une approche économique, sociale et culturelle de notre métier, trois dimensions indissociables. Notre particularité à nous c’est de travailler sur le vivant. « Produire, préserver et employer » renchérit Christiane Aymonier, « voilà les trois mots qui pourraient résumer la PAC que nous souhaitons ».

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Jean-Emile Sanchez : « Disparaissent tous les ans en France 30 000 exploitations agricoles, soit l’équivalent de dix usines Moulinex. »

Comment le syndicat aborde-t-il la question de la viabilité économique des exploitations ? « Évidement que nous ne pouvons pas nous asseoir dessus. C’est notre existence même qui en dépend. Simplement, on peut regretter un certain dévoiement du concept, mis au service de la banque. Chacun est attendu au virage du "toujours plus”, avec un "produire plus” qui rime souvent avec un "perdre plus”. Devrait primer une autre manière de produire et de consommer, centrée sur les besoins de la famille et des personnes qui travaillent avec elle, avec la prise en compte de notions non chiffrables comme le temps ou les conditions de travail. » La Confédération paysanne se fait-elle le champion de certaines formes d’agricultures, comme celle des bio ? Réponse de Régis Hochart : « En 2001, nous avons recueilli 30 % des voix alors que l’agriculture bio représente 2 % de la production. Notre discours n’a jamais été de dire que tout le monde devait être bio demain. Par contre la Confédération est fondamentalement “éco-vigilante”. Elle milite pour une diminution des pesticides, pour des pratiques respectueuses de l’environnement, associées à un contrôle de la production. Les meilleurs revenus ne proviennent pas des grosses structures et de l’agro-industrie. Les circuits courts démontrent tous les jours leur efficacité. »

l’économie au service des hommes

Le syndicat dénonce la précarité d’une agriculture mise au service de l’économie et non l’inverse (l’économie au service des hommes). « Plus de la moitié des paysans n’ont pas le SMIC. Ce n’est pas le fruit du hasard. Si les rangs agricoles comptent 20 % d’ultra-libéraux convaincus, 80 % des paysans subissent une orientation agro-industrielle qu’ils n’ont pas choisie et dans laquelle ils ne se retrouvent pas. Notre syndicat leur offre une autre alternative. »

Pour ces élections 2007, l’objectif de la Conf. consiste à passer le cap des 35 % des voix, dans la perspective très concrète de « gagner des Chambres ». Car « l’outil Chambre » ne laisse pas indifférent la formation syndicale. Elle y voit un lieu privilégié de développement et d’orientation de la politique locale. Elle regrette que trop de Chambres aujourd’hui « soient au service de l’agriculture et non des agriculteurs ». Et qu’on ne lui dise pas que la Conf. n’est pas présente sur le terrain ! « Nos équipes ont fait un travail phénoménal. Nous sommes représentés partout où nous le pouvons : CDOA, Safer, commissions structures… le syndicat s’est beaucoup impliqué lors des manifestations sur le prix du lait, dans la défense des producteurs de volailles intégrés, sur les fruits et légumes, la viticulture, pour laquelle un numéro vert a été créé. »

Se réclamant d’un programme « durable et solidaire », la Confé-dération paysanne est un syndicat que les mots « éthique » ou « philosophie » n’effraie pas. Mais c’est aussi un syndicat qui revendique le terme « paysan », comme pour rester solidement accroché à la terre. « Les idées ne sont pas faites pour être pensées mais pour être vécues », une phrase d’André Malraux reprise par Jean-Emile Sanchez.

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