Effluents phytosanitaires : des méthodes d’épuration reconnues par le ministère de l’écologie

7 janvier 2015

En plus du rinçage du pulvérisateur à la parcelle, toujours possible et l’appel à un prestataire extérieur pour la reprise des résidus de pesticides, le ministère de l’Ecologie a labellisé quatorze solutions permettant les traitements des effluents phytosanitaires, chez soi ou sur un site collectif.

 

 

Fin 2006, une nouvelle réglementation est venue renforcer l’encadrement de l’utilisation des produits phytosanitaires (arrêté du 12 septembre 2006), de manière à limiter leurs impacts environnementaux. Cette réglementation a notamment introduit l’obligation de gérer les effluents de pulvérisation. Dans une note publiée en 2009, l’IFV, l’Institut français de la vigne et du vin, précisait les tenants et aboutissants du texte :

p22.jpg« Le principe général de cette réglementation est le suivant : dès que le pulvérisateur revient sur l’exploitation, les éventuelles eaux de lavage, de rinçage de l’intérieur et de l’extérieur du matériel doivent être stockées puis faire l’objet d’une épuration. Ce qui n’exclut pas de pouvoir rincer son pulvérisateur à la parcelle ou faire appel à un prestataire extérieur pour reprendre les effluents liquides. Ces trois modes de gestion peuvent être utilisés seuls ou en combiné. »

A ce jour, pour l’épuration sur le site de l’exploitation (ou sur un site collectif), le ministère de l’Ecologie a labellisé quatorze solutions (dernière mise à jour de la liste en 2011, d’où quelques lacunes dans les solutions présentées – voir encadré).

Joël Rochard, directeur du pôle Développement durable à l’IFV, résume brièvement les différents systèmes d’épuration. « Les procédés reposent sur trois grands systèmes. Il y a les systèmes basés sur la concentration des substances actives, par déshydratation, naturelle ou forcée (Héliosec de Syngenta, Osmofilm de BASF…) ; les systèmes de coagulation-floculation suivi d’une filtration sur charbon actif (BF Bulles de Vitivista, Phytopur…) ; et les systèmes de biodégradation (sur paille comme Phytobac de Bayer CropScience ou par ensemencement de bactéries (Vitimax d’Agro-Environnement, Cascade Twin…). »

Lors des ateliers Martell organisés à l’issue de l’AG de l’UVPC, deux viticulteurs ont livré leurs témoignages : Vincent Morandière et Raphaël Brisson.

« Evolutif et mobile »

p22b.jpgViticulteur et vendeur direct de vins, pineaux et cognacs à Saint-Georges-des-Agoûts, en Charente-Maritime, V. Morandière s’est équipé du système OsmoFilm (BASF), « pour son côté évolutif et mobile » dit-il. Les eaux de lavage et résidus de pro-
duits de traitement sont récupérés d’abord dans une bâche amovible relevée sur les côtés (parois rigides d’environ 15-20 cm). Le producteur a opté pour une bâche de 4 mètres de long sur 3 mètres de large, mais il existe plusieurs dimensions. Dans l’idéal, la plateforme béton (ou pas) sur laquelle repose la bâche doit marquer une légère pente, pour faciliter le pompage des ef-
fluents. Ces effluents rejoignent ensuite un bac tampon de 1 000 litres tout ce qu’il y a de plus banal. Le bac, légèrement surélevé, est doté d’un robinet, afin de remplir facilement la sache de 250 litres du système OsmoFilm (prix d’achat de la sache : 25 € HT). Constituée d’une membrane plastique sélective, la sache va permettre, sous l’effet des éléments naturels (soleil, air, lumière…), la concentration des résidus de traitement (temps de séchage moyen de 3 à 4 mois). Au final, les résidus déshydradés sont livrés à la filière Adivalor via le fournisseur phyto, comme les bidons, emballages vides… Coût de l’investissement réalisé en 2013 : 5 200 € HT. Peu au courant des aides existantes, le viticulteur ne les a pas sollicités. Que pense-t-il de son équipement ? « Dire que c’est la solution idéale, sans doute pas mais le procédé a le mérite de la souplesse. Je fais de la vente directe. Il m’arrive de plier la bâche entre deux traitements et de la réinstaller ensuite. Ce n’est pas figé. » Le bac tampon de 1 000 hl vol. lui suffit. Sur la dernière campagne, il n’a stocké que 850 litres. « Il faut dire que je n’ai qu’un aéro. Si j’avais un appareil face par face, ce serait sans doute plus compliqué à nettoyer. Mais on peut toujours doubler la capacité d’évaporation en ajoutant une autre sache. »

Le système Héliosec

p23.jpgA Matha, Raphaël Brisson (SCEA Brisson) exploite 50 ha de vignes. Depuis 2012, après un diagnostic aquasite réalisé par la Chambre d’agriculture (bilan des effluents viticoles, vinicoles et de distillerie), il a choisi d’équiper son aire de lavage de la solution Eliosec proposée par Syngenta. Comme dans l’exemple précédent, l’idée repose sur l’évaporation de la partie liquide de l’effluent, pour ne traiter que les résidus solides. Si l’on considère la plateforme de lavage, à son extrémité se trouve un dégrilleur, pour enlever les végétaux. Puis, posé à fleur de terre, il y a un bac tampon de 300 hl équipé d’une petite pompe et d’un filtre grossier, pour alimenter le système Héliosec. Ce dernier se compose d’un bac de polyéthylène dur de 4 500 litres (6 m2 sur 50 cm de haut) tapissé, à l’intérieur, d’une double enveloppe : une bâche plastique noire et une autre plus fine, qui permet de récupérer le concentrat en fin de cycle en pliant la bâche, sans contact avec le manipulateur. Un toit transparent assure le rayonnement de la lumière et protège de la pluie tandis que l’air passe à travers le grillage. Là aussi, les déchets secs partent in fine vers le circuit Adivalor. L’installation est dimensionnée aux besoins du viticulteur dont l’exploitation génère, bon an mal an, 2 à 3 m3 de déchets liquides (et quelques kilos de déchets secs). « En fait, commente R. Brisson, le premier réflexe consiste à réduire ses volumes d’eau. Nous limitons le nettoyage des pulvérisateurs, utilisons un nettoyeur haute pression, nous appliquons de la paraffine sur les appareils. Tout ceci permet de limiter les effluents et évite de recourir à un système trop compliqué. » Si Héliosec est juste posé sur le sol, il faut être au moins deux pour le bouger car son armature est assez lourde. Par contre, le système dispense de toute manipulation. Coût de l’investissement : 4 700 € HT + 300 € de « consommable » (la bâche noire), à remplacer tous les deux ou trois ans. En 2012, le viticulteur a bénéficié d’une subvention égale à 75 % du montant de la dépense : 50 % au titre du PVE (Plan Végétal pour l’Environnement) et une bonification de 25 % allouée par le Conseil général 17, pour avoir procédé à l’étude aquasite.

 

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