Éditorial: La vie des domaines en mutation, du domaine au grand large

12 mars 2021

Alors que les grands groupes et les marques publient, en ce premier trimestre 2021, leurs résultats sur le dernier exercice (2019-2020 ou année 2020), la grande tendance demeure positive pour ces puissantes entités. Même avec des chiffres d’affaires en repli plus ou moins marqué, elles restent souvent largement positives dans leurs bénéfices. Les évolutions selon les principaux marchés – États-Unis, Chine et Europe notamment – diffèrent, mais ces entreprises historiques aujourd’hui multinationales surmontent largement les difficultés de l’année 2020 (inattendues pour certains, moins pour d’autres).

Les exportations de vins et spiritueux, une valeur sûre en danger ?

En meilleure posture que d’autres pans solides des exportations françaises, et notamment l’aéronautique, les vins et spiritueux reçurent peu d’aides de la part des autorités. Les priorités échurent, en premier lieu donc, à l’aéronautique, champion national à l’étranger, mais largement mis sous l’éteignoir par la crise sanitaire et économique, les différents confinements et autres restrictions de déplacement, internes comme externes dans le monde occidental et en Extrême-Orient. Car d’autres parties du monde (l’Afrique, la Russie et le monde orthodoxe d’une manière plus large – le tsar de toutes les Russies, disait-on) ont géré bien autrement le cas Covid-19, par une politique plus libre et pas davantage mortifère. Demeurant le deuxième poste d’exportation du savoir-faire français, les vins et spiritueux ont néanmoins vu leurs revenus baisser, selon la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS), de – 13,9 % avec 12,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires et une baisse en volume de – 5,8 % à 183,3 millions de caisses expédiées.

Le 25 février 2021, Frank Riester, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, s’est rendu à Cognac dans le cadre des taxes américaines. Cette venue gouvernementale peut laisser augurer des évolutions fiscales des deux côtés de l’Atlantique, des évolutions dans la redistribution des aides et la place dans le fameux Plan de relance. Quant à un réel changement de politique ou de priorité, il en est moins sûr.

Si l’excédent est en baisse de – 13,4 %, soit 1 milliard d’euros, il reste néanmoins positif de 11 milliards d’euros. Il regroupe en son sein de fortes disparités au sein des vignobles, dans le Bordelais, la Champagne ou dans le Cognaçais. Même si le monde des vins et spiritueux s’affiche, selon le mot à la mode, résilient, les producteurs sont plus inquiets que les négociants. Les plus puissants accroissent toujours davantage de richesse lors des grandes crises, quand la paupérisation et la perte de moyens s’élargissent dans les plus basses catégories de la population. D’ailleurs, l’alliance de Jay Z et Moët-Hennessy dans la marque de champagne très haut de gamme Armand de Brignac démontre que les plus grandes fortunes continuent de croître même dans les moments difficiles pour l’exportateur moyen.

Baisse du nombre d’exploitations et technologie, une corrélation ?

La myriade de petits producteurs continue de s’amenuiser. Avec 16 545 exploitations lors de la récolte 1999 pour 83 128 hectares, 4 248 se partagent la superficie de production de 83 577 hectares (selon les chiffres du BNIC).

Le recours à la technologie prend donc tout son sens pour une baisse de 74,32 % des exploitations en 21 récoltes, soit près de quatre fois moins de domaines viticoles pour travailler une surface de même envergure. Seulement, cette concentration requiert une nécessité à outrance de ces outils technologiques, un travail davantage porté sur l’efficacité que sur la qualité, un symbole de la société actuelle. Le règne de la quantité et les signes des temps ne sont pas uniquement renseignés dans les livres.

Après moult échanges, conférences, discussions ou simples prises de parole sur le sujet, la robotique et la réalité virtuelle font leur entrée par le biais de la formation. À travers plusieurs entreprises – un consortium – travaillant de manière transversale, une machine à vendanger en réalité virtuelle a vu le jour entre le Nord de la Gironde et la Charente. Une oeuvre collaborative entre l’industriel Grégoire, le centre de formation Agri Cap Conduite et les studios informatiques de création Shinypix et Nyx.

En soi, la technologie n’est ni bonne ni mauvaise. Elle est le résultat d’une évolution technique. En étant un outil aidant l’homme à se former, à étudier, à grandir, elle sert au bien commun. Elle devient tout autre lorsqu’elle asservit l’être humain au profit de quelques-uns. Toute ressemblance avec notre époque serait totalement fortuite.

« La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c’est-à-dire pleinement responsables de leurs actes : la France refuse d’enrer dans le Paradis des Robots », clamait, en 1945, Georges Bernanos, dans La France contre les Robots.

La liberté par la propriété de ses moyens de production, les agriculteurs en font l’expérience au quotidien et, pourtant, ils sont pressurés de tous les côtés, et leurs marges de manoeuvre s’amenuisent comme peau de chagrin. Les outils d’une nouvelle technologie pourraient leur permettre de reprendre en main davantage leur destinée. À condition d’apprivoiser, puis de maîtriser ce nouveau savoir-faire, et d’en contrôler les limites.

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