Vin de pays vignobles de France : une réponse « à la française »

12 mars 2009

Annoncées début juillet, les propositions de la commission sur la réforme de l’OCM vitivinicole ne laissent pas d’inquiéter la planète Vins de pays. Pour s’adapter au libéralisme de marché, la réponse « Vin de pays Vignobles de France » semble bien adaptée. Seul hic : elle arrive bien tard. Directeur de la Confédération française des vins de pays, Jérôme Rouzier se livre à un tour d’horizon de l’actualité. « Le Paysan Vigneron » – Quels sont vos sujets de préoccupation du moment ?

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Jean Rouzier, directeur de la Confédération française des vins de pays (CFVDP).

Jérôme Rouzier – A l’évidence, l’actualité se concentre sur la réforme de l’OCM vitivinicole. Certaines propositions s’avèrent très préoccupantes pour nous. Il s’agit notamment de la possibilité ouverte par la Commission d’indiquer le nom de cépage sur les vins de table. Si elle se confirmait, cette proposition signerait l’arrêt de mort des vins de pays. Comment les consommateurs percevraient la cohabitation d’une mention valorisante sur un produit obéissant à un cahier des charges – le vin de pays – et sur un autre ne répondant à aucun contrôle qualitatif ni volumique, le vin de table ? D’ailleurs, les vins de pays ne sont pas les seuls concernés. Les AOC se retrouvent dans une situation similaire. Sincèrement, je ne pense pas que la perspective de retrouver la mention Gewurztraminer sur une bouteille de vin de table au rendement de 200 hl/ha réjouisse les Alsaciens. Revenir sur l’exclusivité de la mention de cépage reviendrait à remettre en cause purement et simplement l’existence de 150 000 ha de vignes (surfaces estimées des vins de pays) et d’une partie significative des vins d’AOC y compris à Bordeaux et en Bourgogne. Il paraît difficile de vouloir vendre à l’export sans qu’apparaisse la notion de cépage sur l’étiquette.

« L.P.V. » – D’autres propositions vous inquiètent ?

J.R. – La perspective de transposer à terme la réglementation française des vins de pays dans un régime européen IGP/AOP n’est pas forcément réjouissante. La Confédération française des vins de pays est très réservée sur le sujet. Le régime des IGP – Indication géographique de provenance – ne prévoit-il pas que l’indication géographique puisse faire référence indifféremment au lieu de production et/ou au lieu de transformation et/ou au lieu d’élaboration. Verra-t-on un jour un vin de pays charentais élaboré avec des moûts espagnols ? On nous dit que cette éventualité n’arrivera jamais. Que les textes européens seront adaptés. Certes, on veut bien le croire. Mais il vaut mieux prévenir en dénonçant le danger potentiel. La réglementation des IGP présente d’autres inconvénients. Si le cahier des charges n’est guère plus lourd que celui des vins de pays, il est par contre moins souple en matière de gestion. Cette dernière relève de manière quasi exclusive de la compétence de la Commission européenne. Par ailleurs la subsidiarité des Etats en matière de contrôle s’exerce de manière un peu différente qu’actuellement. Enfin, les producteurs que nous représentons ne s’avèrent pas très favorables à être gérés par la grande maison que constitue l’INAO. Ceci étant, cela peut s’envisager si chaque entité est respectée, si un lieu existe à l’INAO pour gérer les vins de pays. Manifestement, entre ces différents écueils, le volet qui nous inquiète le plus est celui qui a trait à l’indication du cépage sur les vins de table.

« L.P.V. » – Que pensez-vous des propositions liées à l’arrachage ou aux plantations ?

J.R. – Comme beaucoup de, monde, nous disons que si un besoin d’arrachage existe, autant l’envisager de manière intelligente. Si rien n’est prévu, les bonnes parcelles s’arracheront et les mauvaises resteront, comme ce qui se passe à chaque fois que rien n’est organisé. Même revue à la baisse, la proposition d’éliminer 400 000 ha en cinq ans représente un budget faramineux. D’emblée la préretraite consommerait tout, dans la mesure où elle serait maintenue. Et ne parlons pas de l’enveloppe consacrée aux DPU sur les vignes arrachées, colossale. Sur le versant des plantations, nous nous opposons avec la dernière énergie à la libéralisation totale du régime de plantation. Ce système ne nous paraît pas viable. Certes, on nous dit que les vins sous IG ne seront pas concernés par cette mesure. Mais comment imaginer qu’il y ait une totale étanchéité entre les vignobles ? Un producteur de vin de table qui profiterait de la libéralisation des plantations n’aurait pas de mal, trois ans plus tard, à reprendre le cahier des charges IGP – AOP et revendiquer son vin en AOC, si tant est que la zone de plantation se situe en zone d’appellation. Toujours au chapitre de la réforme, l’outil de distillation de crise nous paraît un instrument de régulation nécessaire et peu budgétivore. Il faut obligatoirement conserver une rémunération, fut-elle faible. Au sujet des prestations viniques, clairement, on veut les garder. Par contre on ne se battra pas pour la distillation alcool de bouche sachant que, techniquement, l’alcool issu des prestations viniques peut servir à l’élaboration des brandies. Ensuite, sans dépenser beaucoup d’argent, les bassins peuvent organiser des mises en réserve, des stockages obligatoires, des sorties échelonnées…

« L.P.V. » – Quel écho avez-vous rencontré du côté du ministère de l’Agriculture chargé de négocier la réforme avec la Commission ?

J.R. – Le ministère nous soutient mais il y a des points sur lesquels la Commission semble arc-bouté. Et puis, sur une question comme le cépage, on a parfois l’impression que des Etats européens censés être sur la même longueur d’ondes – la France, l’Allemagne, le Portugal, l’Italie – se « débrouillent » avec la Commission en nouant des arrangements avec le ciel.

« L.P.V. » – Que vous inspire la création des Vins de pays Vignobles de France (1)?

J.R. – Elle est motivée par la nécessité de simplifier l’offre auprès de certains consommateurs et de rendre ces vins plus compétitifs. Au départ, les metteurs en marché souhaitaient pouvoir mentionner l’indication de cépage sur les vins de table. Le lancement des Vins de pays Vignoble de France les a amenés à renoncer à cette idée en contrepartie de conditions plus souples inscrites au cahier des charges : un rendement un peu supérieur ou encore possibilité d’assembler plusieurs cépages d’origines différentes. On peut seulement se demander s’il n’est pas trop tard. A coup sûr, le Gouvernement porte une lourde responsabilité pour avoir trop écouté certaines influences. Quand nous avons rencontré la Commission fin novembre, il eut été de bonne politique de pouvoir lui présenter une bouteille de Vins de pays Vignobles de France. Nous avons perdu un an. Rendez-vous compte que l’Espagne l’a fait avant nous (en déposant l’indication géographique Vinedos de Espana – NDLR). C’est quand même incroyable !

« L.P.V. » – Croyez-vous que la dénomination « Vins de pays Vignobles de France » tue dans l’œuf le Vin de pays de l’Atlantique tout juste créé ?

J.R. – En effet, on peut se poser la question. Ne va-t-il pas le court-circuiter ? Ceci étant le nom de « Vin de pays de l’Atlantique » sonne bien, il pointe clairement la zone de production. Auprès d’une clientèle touristique il a toutes ses chances.

« L.P.V. » – Sur quel créneau se positionnent les Vins de pays Vignobles de France ?

J.R. – Ils ont vocation à alimenter des vins de marques et l’exportation s’affiche clairement comme leur objectif prioritaire.

« L.P.V. » – Quelle traduction en terme de volume ?

J.R. – Au départ, était évoqué le chiffre de 500 000 hl vol., ce qui peut paraître ambitieux. Encore que ! Si une marque de vin de pays très connue comme J.-P. Chenet (Grands Chais de France) faisait sa mue et passait en Vignobles de France, cela pourrait aller très vite…

« L.P.V. » – Le cahier des charges Vin de pays Vignobles de France tente de subordonner l’agrément à l’existence d’un acte commercial. En clair ne pas agréer de vin qui n’aurait pas trouvé de débouché. C’est une nouveauté.

J.R. – Oui et non. D’une certaine façon, ce système existe déjà pour les vins de pays d’Oc. Pour obtenir l’agrément, il faut avoir vendu le vin. L’idée persiste – « on agrée ce que l’on vend » – en sachant qu’avec le Vin de pays Vignobles de France on souhaite aller plus loin, c’est-à-dire installer des partenariats viticulture/négoce sur le long terme. Reste qu’aucun système n’est sans faille. Prévoir un cadre ne va pas sans l’envie de contourner ce cadre.

« L.P.V. » – Existe-t-il une structure représentative Vignobles de France ?

J.R. – Une fédération a été créée qui a son siège ici, à la CNVDP. Elle est présidée par Michel Servage, président de la Fédération des caves coopératives de l’Aude tandis que Bruno Kesler, directeur des achats des Grands Chais de France, assure la vice-présidence. Les Vins de pays Vignobles de France devant plutôt servir de support aux marques, il ne rentre pas dans les objectifs de la Fédération de chercher à dessiner les contours d’une identité visuelle « Vignobles de France ». Par contre il est prévu que l’ANIVIT conduise des actions de communication/relations publiques à la London Fair Wines & Spirits, à Vinexpo.

« L.P.V. » – Comment se portent les vins de cépages en général ?

J.R. – Certains cépages semblent s’essouffler au nom d’un phénomène cyclique, voir l’exemple du Chardonnay. D’autres au contraire remontent la pente, comme le Sauvignon. Sur les vins rouges, la situation est assez stable même si un léger effritement se manifeste sur les Merlot et Cabernet. Le Gamay tire un peu mieux son épingle du jeu. Certaines petites zones s’en sortent pas trop mal. Mais globalement, les vins de cépages ressentent un léger déclin.

« L.P.V. » – Qu’en est-il des vins de pays d’Oc ?

J.R. – A un moment donné, ils ont donné l’impression d’arriver à saturation en terme de production. Tant que la capacité de vente dépasse la production, tout va bien. Mais quand, visiblement, on arrive à un seuil d’élaboration, deux solutions se présentent alors : soit produire moins, soit essayer de vendre plus. A l’évidence, la deuxième option remporte les faveurs de la viticulture méridionale. Une marque ombrelle a été créée – « Sud de France » – qui a vocation à embrasser tous les vins du Languedoc-Roussillon. Elle vient en complément de l’interprofession Vins de pays d’Oc.

« L.P.V. » – Parlant interprofession, la filière vins charentaise peine à décrocher la sienne.

J.R. – C’est compliqué pour moi d’en parler. Effectivement, la filière vins charentaise souhaite une interprofession. Mais je serais tenté de dire : pourquoi faire ? Si c’est pour faire de la promotion, l’ANIVIT le prévoit dans ses statuts. Si c’est pour contractualiser avec des partenaires négociants, l’interprofession ne peut y contraindre. Ce genre de partenariat se dispense d’un cadre formel. A meilleure preuve, le Plan Charentes n’a pas eu besoin d’une interprofession pour se mettre en place. Le problème de l’interprofession charentaise, c’est qu’elle créerait un précédent. Jusqu’à preuve du contraire, l’ANIVIT a vocation à rester la seule interprofession vin de table. Je sais bien que des débats existent dans les autres régions. Le Languedoc-Roussillon se pose la question de créer une interprofession unique AOC, vins de pays, vin de table. Sur un autre registre, le Val de Loire s’interroge aussi. Quand on est en région, on voit tout l’intérêt de structures régionales. Vu de Paris, c’est un peu différent. Pour tenter de trouver un compromis, l’ANIVIT a implanté des délégations régionales en Val de Loire, PACA, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon… Seules les Charentes n’en disposent pas. Peut-être faudrait-il y remédier en instaurer un comité régional atlantique.

(1) Après avis favorable du conseil de direction de Viniflhor du 17 janvier 2007, le décret du 28 février 2007, publié le 2 mars au « Journal officiel », a défini les conditions d’élaboration du Vin de pays Vignobles de France. Le cahier des charges, adopté le 5 avril, a fait l’objet d’une publication au « JORF » du 8 mai. Restait à mettre en place toute la « tuyauterie ». C’est en cours. La procédure d’habilitation fonctionne depuis le 21 mai et la procédure d’agrément est ouverte depuis le 24 mai dernier.

Les vins de pays en chiffres

Sur les 850 000 ha du vignoble français, la catégorie vins de table pèse pour environ 225 000 ha. Mais les « purs vins de table » représentent peut-être 70 à 80 000 ha de vignes. Reste donc un potentiel vins de pays de l’ordre de 140 000 ha. En terme de production, sur les 52 millions d’hl récoltés en France, la part des vins de pays s’élève à 14 millions d’hl vol. (dont 12 millions agréés), soit environ le quart des volumes totaux. Rouges et rosés à 80 %, les vins de pays sont essentiellement produits dans le Sud de la France. Le Languedoc-Roussillon fournit 86 % des volumes (8,4 millions d’hl agréés), la région PACA 9 % (1,7 million d’hl) et Midi-Pyrénées 8 % (1,5 million d’hl). Il existe plus de 150 dénominations de vins de pays mais les trois plus importantes en volume concentrent la moitié de la production. Il s’agit du vin de pays d’Oc (4,4 millions d’hl agréés en 2005), du vin de pays de l’Aude et du vin de pays de l’Hérault (1,1 millions d’hl chacun). Viennent ensuite les vins de pays du Jardin de la France, le vin de pays des côtes de Gascogne (autour de 600 000 hl chacun). A l’exportation, en vins tranquilles, il part à peu près les mêmes quantités en AOC et en vins de table / vins de pays (de l’ordre de 6 à 7 millions pour chacune des deux catégories), sachant que les vins de pays représentent les 3/4 des exportations de la catégorie vin de table. Là dessus, les gros bataillons export sont essentiellement constitués de vins de cépages.

Vins de pays d’Oc

Vingt ans déjà !

C’est en 1987 que les premiers vins de pays d’Oc font leur apparition. A l’occasion de Vinexpo 2007 (à Bordeaux du 17 au 21 juin), ils fêteront leurs vingt ans. Ont été agréés sur la campagne 2005-2006 4,5 millions d’hl en vins de pays d’OC, ce qui fait d’eux, en volume, les premiers exportateurs de vins français devant les Bordeaux. Dans l’univers des vins de cépages, les vins de pays d’Oc occupent une place prépondérante. Sont élaborés sous leur dénomination 86 % des Chardonnay français, 86 % des Sauvignon, 94 % des Merlot… Près de  vins de cépages français sur 10 sont des vins de pays d’Oc. A l’international, les vins de pays d’Oc occupent le 4e rang mondial des vins de cépages, derrière l’Australie, le Chili et les Etats-Unis. Les vins des pays d’Oc seront présents à Vinexpo (hall 2 K L 19).

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