La Martingale Des Cordons Hauts

15 mars 2009

Les adeptes du cordon haut le disent. Le mode de conduite les a aidés à passer les crises successives. Peut-il offrir le même effet « bonificateur » à l’heure où la main-d’œuvre se fait rare ? Oui pour ceux qui adhèrent à l’itinéraire technique, définitivement non pour les autres. Un « pape » du cordon et son chef de culture relatent leur expérience.

 

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« Une personne assure l’entretien de 22 ha de vignes. »

« Le Paysan Vigneron » – Pourquoi avoir choisi ce type de mode de conduite ?

L’exploitant – J’ai toujours pensé que si je voulais avoir une suite sur l’exploitation, il fallait dégager des conditions de travail bien plus agréables. Personnellement, le temps m’a toujours duré l’hiver à tailler. Je trouvais le travail monotone. Mais comment faire pour améliorer les choses ? Le déclic est venu d’un voyage en Entre-deux-Mers avec le GDA de Malaville et la Station Viticole, dans les années 70 où l’on nous présenta des cordons hauts. Ce fut le coup de foudre. Taille, attachage, relevage… tous ces travaux rebutants se trouvaient d’un seul coup réduits à portion congrue. J’avais entendu parler d’expériences de ce type conduites en Autriche par Lenz Moser mais, cette fois, je les visualisais. Je fus conquis ! En une vingtaine d’années, j’ai refait tout le vignoble. Grâce aux cordons hauts, nous avons pu passer bien plus allégrement les crises successives du Cognac.

« L.P.V. » – A combien quantifiez-vous l’économie ?

Un ha conduit traditionnellement en Guyot double exige 100-120 heures de main-d’œuvre, une arcure haute 90 heures et nous, nous sommes à 60-70 heures. Notre exploitation, qui compte 44 ha de vignes, emploie deux personnes à plein-temps. En plus du travail au vignoble, les employés dégagent du temps pour les travaux de chai, la gestion de la cuverie, les vendanges, tous les travaux annexes. On peut donc dire qu’une personne assure l’entretien de 22 heures de vignes, en sachant qu’elle réalise d’autres tâches. Elle n’est pas cinq jours sur cinq dans les vignes. Pour l’attachage des jeunes vignes nous employons un peu de personnel occasionnel, l’équivalent d’un petit mois.

« L.P.V. » – Dans ces conditions, pourquoi les cordons hauts ne sont-ils pas plus répandus ?

A mon avis, c’est une question de goût personnel. Beaucoup de viticulteurs sont allergiques aux cordons hauts et je peux les comprendre. On ne fait bien que ce que l’on aime. J’ai essayé de pratiquer les cordons bas. Cela ne m’a pas plu du tout. J’en avais planté 60 ares. J’ai tout arraché. Si j’avais aimé cultiver des cordons bas, sans doute les aurais-je réussis. Par rapport aux vignes traditionnelles, les arcures hautes représentent un progrès énorme. Si je n’avais pas conduit mes vignes en cordons, je me serais sûrement tourné vers les arcures hautes. D’ailleurs, pas mal de viticulteurs ont tendance à abandonner les cordons hauts pour les arcures. Dans le choix de tel ou tel système, joue aussi l’atavisme familial. Un jeune me disait récemment : « Mon père a toujours fait des arcures. Je continue ce que mon père a fait. » Honnêtement, ce n’est pas la meilleure façon de progresser.

« L.P.V. » – Un cordon est-il plus difficile à « tenir » qu’un autre mode de conduite ?

Au départ, nous étions plantés à 3,20 m-3,50 m x 1,50 m avec un cordon haut établi à 1,5 m. Depuis dix ans, nous avons resserré un peu les plantations à 3,20 m x 1,30 m. Le bout du cordon tendait légèrement à dépérir. Par ailleurs, nous sommes revenus à une taille un peu plus stricte derrière la prétaille mécanique. La prétailleuse – il s’agit, je le précise, d’une vraie machine à tailler – réalise à peu près 5 ha par jour. Le tailleur, lui, travaille au rythme de 60 ares à 1 ha par jour. Il s’agit de refaire le cordon sur les parties en train de dépérir, enlever du vieux bois et nettoyer un peu le pied. Il n’y a pas de tirage de bois ni d’attachage ou très peu.

Le chef de culture – J’ai eu assez de mal à m’adapter à la taille en cordon. Je passais beaucoup trop de temps à nettoyer le pied, comme pour la taille traditionnelle. En fait, en cordons hauts, ce n’est pas nécessaire. Il faut au contraire conserver un maximum de sorties, afin que les pieds produisent le maximum de raisins. La machine fait 80 % du travail. Derrière, il faut laisser beaucoup de bois et laisser les bons. C’est cela, il faut laisser un maximum de bons bois. Ce n’est pas si évident. C’est bien plus technique qu’il n’y paraît. Il faut avoir un coup d’œil assez acéré.

« L.P.V. » – Outre la prétaille et la taille, comment abordez-vous les autres façons culturales ?

L’exploitant – Après les vendanges, pendant un mois ou un mois et demi, nous refaisons le palissage. Ce n’est pas plus difficile que pour une vigne traditionnelle. Il y a même moins de fils : un fil de tête et deux petits fils. Nous changeons les piquets comme tout le monde. Puis vient la taille en fin d’hiver, le broyage, l’égourmandage, le désherbage. Nous désherbons sous le rang depuis 15 ans, en laissant le milieu de l’allée enherbée, pour faciliter le travail et également améliorer la qualité du sol. Grâce au broyage des bois, nous avons un bon taux de matière organique. Le port retombant de la vigne justifie de fauciller deux fois, avec une machine un peu spécifique qui rogne également le dessous du rang pour empêcher les bois de traîner au sol. Le traitement phytosanitaire est absolument identique à celui des autres modes de conduite. Nous traitons face par face avec un aéroconvection classique. Le faucillage en début de végétation empêche l’enchevêtrement. Pour la récolte, la machine à vendanger prend les cordons toujours dans le sens des bras. C’est pour cela que la moitié des cordons est établie dans un sens et la moitié dans l’autre, pour éviter la casse des bois. Cela suppose de soigner l’établisement initial des cordons, afin qu’ils soient bien droits. L’attachage, notamment, réclame d’être très rigoureux. Il convient d’avoir des pieds parfaitement rectilignes, pour le passage des machines mais aussi pour la durée de vie du cep.

« L.P.V. » – Justement, le cordon haut vieillit-il plus vite que d’autres types de vignes ?

Sa durée de vie est identique aux autres. Je dirais même qu’il y a un peu moins de pieds crevés, dans la mesure où la taille intervient plus tard – en février-mars – jamais en sève descendante et une fois les gelées passées. Par ailleurs, il n’y a pas de grosses plaies de tailles, portes d’entrée privilégiées des maladies du bois. Mais je sais que ces considérations sont sujettes à caution.

« L.P.V. » – Que se passe-t-il en terme de rendement ?

En général, en AP, nous obtenons le rendement moyen de la région. Cela se vérifie pratiquement tous les ans, avec un degré souvent un peu plus élevé et un rendement volumique un peu plus faible. L’année 2007 est l’exception qui confirme la règle. Nous avons fait un peu plus de rendement et un peu moins de degré. S’il faut augmenter le rendement, nous l’augmenterons en laissant de grandes lattes au lieu de petites et en mettant des engrais. En cordons, le rendement décroche à cause de problèmes de densité. Au-dessus de 3,5 m d’écartement entre rangs, il est difficile de tenir les rendements. Par contre, comme déjà dit, les cordons favorisent les degrés élevés, à condition de fauciller comme on faucille. La surface foliaire est bien plus importante que celle d’une vigne traditionnelle. Et l’usine à sucre vient des feuilles. Des baies roses n’ont jamais été le gage d’un degré élevé.

« L.P.V. » – Vis-à-vis du nouveau cahier des charges de l’appellation Cognac, vous n’aurez pas de problème ?

Le nombre d’yeux/ha se situe au-dessus du plancher requis par l’INAO. Il n’y a pas de souci non plus en terme de densité et de longueur de taille.

« L.P.V. » – Et vis-à-vis des maisons de négoce ?

Nous n’avons jamais eu de problème. Nos acheteurs savent que nos vignes sont établies en cordons. Cela ne provoque pas de remarques de leur part.

« L.P.V. » – Que vous inspirent vos trente ans d’expérience dans la conduite du cordon ?

En plus des aspects économiques, les cordons enlèvent une certaine pénibilité du travail. En dégageant du temps, ils offrent aux employés une diversification des tâches appréciable. Ils travaillent dans les vignes mais s’occupent aussi du chai, des eaux-de-vie, suivent les questions de traçabilité, d’HACPP, entretiennent les bâtiments. Mais bien sûr, quand on travaille comme ça, on a besoin de gens intelligents ! (sourires des deux interviewés).

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