Informez, il en restera toujours quelque chose

10 février 2009

L’information est une maîtresse exigeante. Vous croyez l’affaire entendue et il y a toujours quelqu’un pour vous dire : « je ne sais pas, je n’ai pas compris ». Sur un sujet aussi sensible que le changement de régime double fin/affectation, quel est le niveau de perception de la viticulture ? Pour le savoir, nous avons posé trois questions à quelques viticulteurs « de base », hors circuits syndicaux. Première question : vous sentez-vous concernés par le sujet ? Deuxième question : pensez-vous être suffisamment informés ? Troisième question : quelle est votre opinion ? Les propos recueillis se veulent au plus près de la parole de leurs auteurs. Ils sont « bruts de décoffrage », sans retouche ni « embellissement ».

Viticulteur de Grande Champagne
(secteur de Criteuil, Lignières)

« Bien sûr que le sujet me préoccupe. Par exemple, j’aimerais bien un débat public entre les deux syndicats SGV et SVBC, arbitré par un représentant du ministère capable de dire : “ce qui se dit là est vrai, ce qui se dit là est faux”. Cela permettrait peut-être d’y voir plus clair. Aujourd’hui, on est un peu dans le brouillard. J’ai compris le système vers lequel on veut aller. Par contre, comme du côté SVBC on agite le spectre de la perte de revenu/ha, j’aimerais bien que l’on m’explique le pourquoi et comment des choses. Si la perte de revenu est avérée, pourquoi un tel acharnement à aller dans ce sens ? Non, je n’ai pas de position idéologique sur le sujet. Simplement, l’affectation ha, je la connais déjà plus ou moins avec le Pineau, les vins de pays. Dans les faits, l’affectation est déjà une réalité. Pour ce qui est de la fin de la double fin, ça me laisse plus perplexe. On entend de tout, que c’est un souhait de l’Europe, que c’est un souhait plus local… En ce moment, à l’évidence, la double fin est assez confortable pour moi. L’affectation m’apparaît plutôt comme une contrainte. Reste que s’il y a de réels arguments réglementaires, pourquoi pas ! Cependant j’ai vu dans le journal que le syndicat minoritaire protestait en disant que Bruxelles nous avait jamais demandé d’abandonner la double fin. Cela me laisse perplexe. Je le répète, j’aimerais bien un débat public. »

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Viticulteur de Grande Champagne
(secteur de Saint-Fort – Salles-d’Angles)

« Je ne me sens pas trop informé. On est un peu éclairé par les réunions mais j’aimerais mieux quelque chose qui reste d’écrit, une sorte de courrier personnalisé envoyé par le BN. On l’a, on peut le relire. C’est vrai que tous les quinze jours/trois semaines on t’annonce des modifications… Personnellement, ce changement, ça me fait peur. Pour moi, la double fin, c’était bien. Cela permettait à ceux qui ne vendaient pas au Cognac de vendre ailleurs. Alors que là, qu’est-ce qu’ils vont devenir ces gens ? Moi je pense qu’on va passer à l’INAO. On est plus que la seule région en double fin. Apparemment, il faut qu’on passe à l’INAO et comme on a des ha en surplus, au lieu de la double fin, on aura des ha Cognac, de ha jus de raisin, des ha conso. J’irais pas de gaîté de cœur. Admettons que tu fasses des jus de raisin, des contrats de stockage et que tu trouves des débouchés Cognac ! Tu fais quoi si tu es engagé pour trois ans ? Inversement, si tu mets tout au Cognac et que tu ne peux plus vendre, tu es obligé de rester en conso. pendant trois ans ? Moi, je préférerais mettre l’affectation sur l’année. Sur trois ans, ça fait long. L’INAO, ça risque de semer la zizanie. Une parcelle de Grande Champagne va risquer de tomber en Fins Bois, des Fins Bois vont devenir des Champagnes, ça va mettre le bazar ! Quand même, l’INAO, ça pourrait nous amener à avoir un discours plus équilibré avec le négoce. Cela mettrait fin à la division des syndicats. On serait peut-être plus costaud, plus fort. On serait tous ensemble. Oui, on serait peut-être plus fort. C’est ce qui fait pencher un peu la balance. C’est peut-être le seul avantage qu’on aurait. Pour moi, le changement est acquis. Par contre je sais pas si ça se fera en 2006 ? Le syndicat Brillet a semé le trouble dans la région. Diviser pour régner… Il vaudrait mieux qu’on soit tous unis. C’est l’intérêt de tout le monde. »

Viticulteur de Fins Bois
(secteur de Jarnac)

« C’est important. Moi, ce qui me fait peur dans cette histoire d’affectation, c’est de savoir qu’en l’absence de barrières, on ne pourra pas s’empêcher de faire des erreurs de surproduction Cognac. Le fait que la double fin s’arrête, je crois que l’on ne peut pas y passer outre. On n’a pas le choix. Enfin je ne sais pas. Je ne suis pas assez informé mais c’est bien une demande de l’Europe… Je ne sais pas. En tout cas, ce que je vois, c’est que l’affectation libre serait une grosse bêtise. Pourquoi ne pas prévoir un pourcentage d’affectation aux autres débouchés et garder la QNV d’exploitation ? J’ai 10 ha, la QNV Cognac est à 8 de pur. Ces 80 hl de pur, je peux les produire sur 8 ha et le reste, je l’affecte au vin de table, au jus de raisin. Moi je dis que si l’on pouvait produire 7, 8 ou 9 de pur sur tous les hectares, ce serait une grosse erreur. Cela me fait peur. On sait très bien que face à la liberté, on ne sera pas raisonnable. Sur le marché du Cognac il y a un semblant de mieux mais parce que le stock est descendu à 6 ans. Il y a un peu de presse sur les jeunes eaux-de-vie mais pour moi, il ne s’agit pas d’une embellie. Les prix ne montent pas. Avec l’inflation, en fait, ils baissent alors que nos appros. et tout le reste deviennent de plus en plus chers. Pendant ce temps, les prix de nos eaux-de-vie, eux, restent toujours les mêmes. La QNV d’exploitation, on en parle depuis au moins deux ans mais on ne voit rien venir. Comme d’autres, j’ai arraché et je suis en train de replanter. C’est un peu dommage. Si on avait un peu anticipé, je n’aurais peut-être pas replanté. Les viticulteurs auraient pu garder leurs droits en portefeuille. »

Viticulteur de Petite Champagne
(secteur Archiac)

« Bien sûr que c’est un sujet important. Il engage l’avenir et, surtout, il modifie un peu la position du viticulteur vis-à-vis de son métier. Je ne pense pas que le cadre INAO résolve nos problèmes commerciaux mais il risque de nous protéger un peu plus en tant que viticulteur, dans notre rapport au terroir. Naturellement, je n’estime pas tout savoir. Je ne baigne pas dedans. Mais récemment, j’ai eu accès à une liasse du BNIC (entendre le document Etat et Perspectives Viticoles 2004 édité par le BNIC) qui m’a permis d’y voir un peu plus clair. Cela constitue une bonne base. Effectivement, tout le monde n’a pas eu la chance de l’avoir et notamment les moins bien placés commercialement (document remis lors des réunions Champaco). A titre personnel, j’avoue ne pas avoir fait le calcul de l’impact d’un régime d’affectation sur mon revenu. De toute façon, au niveau fiscal, quand on vend des jus de raisin ou de la DO, on crée une perte. Mais on peut imaginer que des ha de vin de conso. à 130 hl + 50 ou 70 hl de jus de raisin deviennent compétitifs. Au plan global, il est indéniable que la région va perdre de l’argent avec la disparition de l’article 28. Cette disparition, c’est pas nous qui l’avons demandé mais elle s’impose à nous. On sait très bien que l’Europe ne veut plus payer. Et un régime de double fin peut-il exister sans article 28 ? Au plan financier, c’est vrai, peut-être la double fin serait-elle plus favorable mais il faut savoir ce que l’on veut ! Veut-on le régime vin de table sans régulation ? On a toujours su que le système d’affectation ne ferait pas vendre du Cognac à ceux qui n’en vendent pas. C’est évident. Un des problèmes de la viticulture, c’est qu’il y a trop d’ha de vignes. La question, c’est que les ha en trop sont toujours chez le voisin. De toute façon, il y aura des gens déshérités. Moi je me dis tout de même que ce nouveau régime risque de rattacher un peu plus le produit au terroir et ce sera une bonne chose. J’ai le sentiment que l’on s’en va de plus en plus vers la banalité. Les crus n’existent plus. On ne vend plus des eaux-de-vie de Grande Champagne, de Petite Champagne ou de Fins Bois mais du Cognac. On ne vend plus des eaux-de-vie de 1989 ou 1990 mais du compte 2. Si nos négociants avaient la possibilité d’acheter de l’Ugni blanc en Argentine, ils le feraient. Je suis peut-être naïf mais j’ai le sentiment qu’un cadre INAO me protégerait davantage. Par ailleurs, si je ne me trompe pas, l’INAO est en mesure de faire respecter les quantités distillées. Pourra-t-on s’en sortir autrement ? Il y a des gens qui débordent complètement. Manifestement, la QNV à 7,6 est encore trop élevée. Le second marché se casse la figure. Ce rapport de force viticulture/négoce existera toujours sauf que – eh bien oui – on a besoin du négoce. J’ai eu une petite expérience de vente directe. A cette occasion, j’ai pu constater que vendre était une chose, vendre en gagnant de l’argent une autre. Et ça, le négoce sait faire. Il sait aussi nous acheter notre marchandise le moins cher possible ! »

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Viticulteur de Bons Bois
(secteur Saintes sud)

« Forcément, c’est un sujet important. Comment sortir de la double fin pour entrer dans un autre régime ? Je ne me sens pas trop informé. Dans le dernier numéro de votre journal, chacun met un peu son grain de sel mais on ne comprend pas pour autant comment va fonctionner l’affectation des ha. Prenons mon cas. Je suis producteur de Pineau. Je livre à la coopérative un ha de moût à 60 hl vol. et je vends sur ce même ha 60 hl en jus de raisin. Forcément, en régime d’affectation, je n’aurais plus le droit de produire de jus de raisin sur mon ha Pineau. Déjà, ce sera un manque à gagner. Aujourd’hui, sur mes 12 ha, hormis l’ha consacré aux moûts Pineau, je destine tous mes ha au Cognac : 2,5 ha pour la partie Pineau et le reste part chez un distillateur. Cette année, je lui vends 25 hl AP en vin. Mais, à partir de l’an prochain, il m’achètera des eaux-de-vie en compte 2. Ce changement de système d’achat, plus la perte de la double fin, va entraîner une perte, c’est sûr. Et puis on est dans le flou, notamment au sujet de l’affectation des ha. Sur mes douze ha, est-ce que je ne serais pas obligé d’en mettre un ou deux au jus de raisin ? Moi qui ai un marché Cognac sur la totalité, cela m’ennuierai presque. Pour la région, je ne sais pas non plus si ce serait une bonne solution. Quand on parle de jus de raisin à 200 hl/ha, une affectation obligatoire de 10 à 15 % des vignes en jus de raisin signifierait pour beaucoup de tailler à deux ou trois lattes par pieds pour faire de gros rendements. On a déjà connu ça par le passé. La disparition de la double fin, c’est peut-être la solution pour que le Cognac marche peut-être mieux mais on a tellement l’habitude de ce système… La perte de l’article 28 me chagrine aussi un peu. J’ai eu l’occasion d’en discuter avec M. Baudry, le président du Comité du Pineau. Il va à Paris, dans les ministères. Quand on lui demande si l’article 28 est mort, il sourit, il dit ni oui ni non. Je pense tout de même que l’article 28 disparaîtra car le rapport Zonta a été présenté au ministère de l’agriculture et il a été accepté. Mais quand la disparition aura-t-elle lieu ? Il nous faudrait un peu plus de précisions. Le rapport Zonta tout le monde en parle. Moi aussi je l’ai lu mais je n’y ai pas compris grand-chose. En gros, on sait pas où ça nous mène. Moi j’ai confiance en Mme Le Gall. Il y a 15-20 ans, elle est venue chez moi faire des essais dans les vignes. C’est quand même une dame qui connaît bien la viticulture. Je ne suis pas syndiqué. Je suis en dehors de tout ça. J’ai du mal à suivre tout ce qui se dit. Je voudrais un peu moins de bla-bla et un peu plus de faits. Ce serait bien. »

Viticulteur de Bons Bois
(secteur île d’Oléron)

« L’information, je l’ai à travers le Syndicat du Pineau et à travers la presse. Le système d’affectation ne représente pas quelque chose d’obscure pour moi. Je pense que ce serait bien de faire à l’avance une affectation, d’opter plus tôt qu’aujourd’hui pour ses futures destinations, Cognac, Pineau, vins de table. La question en suspens, et pour laquelle je me dis que ce n’est pas encore gagné, concerne la création d’un vignoble pour les produits industriels à 180 hl/ha. Pour moi, toute la finalité du projet repose sur cette différenciation des rendements. Le projet ne tient la route que si l’on peut obtenir ces 180 hl/ha. Les gens n’opteront aux autres débouchés qu’à cette condition. Aujourd’hui, la rémunération de ces “autres ha” ne couvre pas le prix de revient et nous sommes loin du compte. Si demain, en système d’affectation des ha, on devait arriver à une rémunération brute de 20 000 F/ha, ce serait même pas la peine d’y réfléchir. L’affectation ne représenterait en aucune façon une porte de sortie ou une solution d’avenir. Par contre, dans l’hypothèse d’une bonne valorisation des ha autres, pourquoi ne pas réfléchir à une affectation selon ses débouchés. Le cadre INAO aurait également le mérite de mieux faire respecter le rendement Cognac. Mettre en place une réglementation et ne pas la respecter ! On ne s’en sort plus ! »

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Viticulteur en Borderies
(région Cognac)

« J’ai un peu peur de l’affectation. On en entend parler par la presse et par les syndicats mais nous dans la nature, on a que des échos. Ce n’est pas suffisant. Le premier aspect, c’est déjà de savoir pour quand c’est. On parle de 2005, 2006, on ne sait pas trop. Il nous faudrait déjà une date. En ce qui concerne le revenu, tout dépendra de comment ça va se passer. Si on a la possibilité de tout affecter au Cognac à 8 de pur, d’avoir 180 hl au jus de raisin… Je ne suis pas spécialement inquiet. Jusqu’à maintenant, il a bien fallu prendre le train en route. Tous les ans, on nous sort une organisation de campagne et il faut faire avec. On devra certainement encore faire des économies. Comme toujours, on va tirer sur la came, on va diminuer nos charges, nos coûts de production pour faire une marge identique ou à peu près. Le problème n’est pas d’être pour ou contre. De toute façon, des changements, on en a eu des tas dans la région. On a jamais la même organisation. On est passé de 6 à 7 puis à 7,6, de 120 à 130. C’est jamais pareil et on le sait toujours très tard. Si le système d’affectation me plaît ? Je ne sais pas trop. Je n’ai pas d’opinion particulière. Le vrai sujet pour moi, c’est quand même de trouver une solution à nos problèmes de surproduction. Car la région est tout de même en surproduction de vin. Veut-on vraiment résoudre nos problèmes de surproduction ? Je n’en ai pas vraiment l’impression. Le vrai viticulteur de la région est quand même celui qui a des contrats avec les maisons de négoce. Mon objectif à moi n’est pas de vendre des vins de conso. ou des jus de raisin, mais de faire du vin pour l’appellation Cognac. Si, admettons, un jour, on me demande de choisir entre vins Cognac et jus de raisin, mon choix sera vite fait. Moi, avant tout, je suis producteur de vin pour le Cognac, pour le Pineau, pour les vins de pays. Après les jus de raisin… J’en ai quand même fait et beaucoup. Je me souviens qu’en 1999, une grosse partie de mon revenu avait été faite avec les jus de raisin. Après, on nous a supprimé cette possibilité alors qu’il y avait le marché. C’est quand même dommage. Je ne comprends pas bien pourquoi on nous l’a enlevé. »

 

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