Les Vins de pays charentais ont 25 ans

27 février 2009

La date aurait pu passer inaperçue. Pourtant c’est bien en 1981, un quart de siècle exactement, que le décret créant les vins de pays charentais voyait le jour. Un an avant, avaient été déposés les statuts d’un Comité de promotion des vins de pays charentais dont l’objet était « le lancement, la promotion et la défense des vins de pays régionaux ». Premier président du Comité, Robert Hauselmann se souvient.

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Robert Hauselmann.

« L’origine des vins de pays charentais, il faut la chercher du côté des travaux de la commission des débouchés nouveaux du BNIC. Constituée en 1979 et dissoute en 1987, cette commission a fonctionné pendant presque dix ans. Sous la présidence de Jean-Paul Latreuille, elle se composait de membres qui siégeaient tous au BN à titres divers : Bernard Bouju, Bernard Doebler, M. de Laage de Meux, Charles Lasalle, Dominique Martin, René Mouche, Jean-Marc Olivier, Mathieu Seguinot, Raymond Thomas, Michel Pelletier, moi-même… A l’époque, en 1979, la région était en pleine crise. Si beaucoup de pistes de diversification furent envisagées – jus de raisin, vins de base mousseux, concentration… – la seule qui se traduisit par des initiatives nouvelles fut celle des vins de pays. La première étape consista a créé le Comité de promotion des vins de pays charentais. Ce fut fait le 16 janvier 1980, d’abord sous la présidence de J.-P. Latreuille puis sous la mienne dès l’élection du bureau, J.-P. Latreuille devenant vice-président. Ce CPVPC, nous l’avions conçu un peu à l’image du Comité du Pineau, avec une parité 50/50 entre viticulture et négoce. Deux collèges représentaient la partie production, celui des syndicats viticoles et celui des coopératives tandis que l’ensemble des syndicats de négociants se retrouvait dans la famille dite “du négoce et des intermédiaires”. En 1987, lors d’une modification de statut, a été créé un troisième collège dit "des adhérents directs".

C’est le Comité de promotion qui, juste après sa création, se chargea des démarches auprès de l’ONIVINS pour obtenir la reconnaissance d’un vin de pays charentais. Le 5 mars 1981, sortait le décret définissant les conditions de production. Les premiers vins de pays charentais furent ceux de la récolte 1981. D’où le 25e anniversaire cette année. Au départ, les quantités agréées étaient très faibles mais progressèrent assez rapidement : 5 800 hl en 1981, 11 000 hl en 1982, 30 000 hl en 1983… Au cours de ces toutes premières années, le nombre de producteurs passa de 19 à 100, les coopératives de 5 à 8 tandis qu’une Sica rejoignait le peloton en 1983. Les coopératives jouèrent un grand rôle dans l’installation des vins de pays, avec des pionnières comme l’île de Ré, qui produisait déjà du vin de table dans les années 70-75, mais aussi Saint-Sornin, Le Liboreau, la Sica Goulebenèze. Durant les quatre premières années – de 1981 à 1984 – la commission des débouchés nouveaux nous attribua une subvention annuelle de 300 000 F, issue d’une cotisation spécifique prélevée par le BNIC. En attendant que la part d’autofinancement du Comité augmentât, elle permit l’embauche d’un technicien. Elle offrit aussi la possibilité de solliciter l’aide des Conseils généraux et de la Région, ce qui n’était pas rien. On peut dire que cette contribution facilita grandement le démarrage des vins de pays. Nous avons aussi profité du concours logistique du BN et notamment de ses juristes, Janine Bretagne en tête. Cette participation nous a bien épaulés. Sans cela, nous aurions sans doute eu du mal à nous lancer. Les vins de pays charentais doivent aussi beaucoup à des personnes comme Francis Gay-Bellile, alors directeur de la Station viticole, Jacques Fauré, directeur du BNIC de 1988 à 1996 ou encore Bernard Galy. Jeune ingénieur récemment embauché par l’interprofession, il s’impliqua beaucoup dans l’expérimentation vins de pays. Les uns et les autres furent des éléments déterminants pour l’éclosion des vins de pays charentais.

« tout était à inventer »

Le Comité s’attacha immédiatement à remplir deux objectifs, l’un technique, l’autre promotionnel. En matière technique, tout était à inventer. Choix des cépages améliorateurs, études de nouvelles variétés, optimisation des assemblages, qualité des vins… Ce fut le travail de Bernard Galy, avec l’appui de la coopérative de l’île de Ré, des lycées agricoles de l’Oisellerie et de Jonzac… Les deux Chambres d’agriculture mirent à disposition des techniciens. Les plantations expérimentales débutèrent en 1980, avec une orientation vins de cépages blancs, à une époque où les vins de cépages commençaient à voir le jour dans une optique de différenciation. Trois ans plus tard, démarrèrent les premières analyses de vins. Elles révélèrent trois problèmes techniques : trop de fer, des teneurs en SO2 très aléatoires et un excès d’acidité, tous points qui, jusqu’alors, ne posaient pas question pour le Cognac. En 1981 et 1982, s’enclencha un plan d’aide à l’amélioration des chais qui, à mon sens, représenta un véritable déclic dans l’amélioration des vins. D’un montant total de 6 millions de francs, il rencontra l’adhésion de tous les producteurs aussi bien viticulteurs individuels que chais collectifs. A la clé, des subventions de 30 à 50 %, qui permirent surtout de financer des installations de cuverie et de refroidissement, le remplacement des canalisations fer par des canalisations inox. Très vite, on put mesurer le gain qualitatif, ne serait-ce que par le taux d’agrément. Au tout début, il ne dépassait pas 60 %. En 1984, sur 54 944 hl, 30 627 hl furent agréés mais 23 993 hl refusés, ce qui était énorme. Ce taux grimpa assez raidement à 90 % et il atteint aujourd’hui presque 98 %. Dans cette démarche qualitative, les coopératives jouèrent un rôle d’aiguillon. Même chose pour l’introduction des cépages rouges. En 1981, les 5 800 hl n’étaient que blanc. La couleur rouge ne commença vraiment à prendre de l’importance qu’à partir de 1985. En 2006, les deux couleurs font pratiquement jeu égal.

dans le sillage de blanc marine

C’est en 1984 que le Comité de promotion lança sa première campagne de publicité collective. Le slogan “Blanc marine” émergea un peu par hasard, au gré d’une discussion avec Jean-Paul Latreuille. Pour la petite histoire, nous nous aperçûmes que le nom avait déjà été déposé par un sommelier d’un grand restaurant parisien. Il n’y avait pas 36 solutions ! Si nous voulions l’utiliser, nous devions la lui racheter. Mais combien pouvait valoir une marque ? 2 000 F ? 500 000 F ? Un cabinet parisien chargé d’approcher le sommelier, apprenant qu’il souhaitait faire un voyage en Grèce, lui proposa la somme équivalente. Le sommelier accepta mais désirait des royalties. Nous refusâmes. Finalement, l’affaire se traita à hauteur de 25-30 000 F. Effi-vente, la même agence qui avait conçu la collective Pineau, se chargea de la campagne. Ce fut un succès. L’investissement, très lourd il est vrai, se traduisit par un fort impact en terme d’image. Le visuel – une voile gonflée par le vent, une bouteille de vin blanc, quelques huîtres et deux verres posés sur le pont – avait beaucoup d’allure. Un peu plus tard, nous fîmes de Blanc marine une marque collective. Avec, il faut bien le reconnaître, un résultat mitigé sur les ventes. Les opérateurs n’étaient pas prêts à partager une même enseigne. Finalement, le seul sigle commun se réduisit à la capsule congé. Bien peu de chose en somme. La plus grosse contribution de Blanc marine aura peut-être été de nous faire repérer des collectivités territoriales, qui nous apportèrent leur soutien financier. Ce fut déjà beaucoup. »

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