Ordre National du mérite : chevalier et « chevalière »

18 mars 2009

Complices de presque vingt ans dans la sphère professionnelle, Claire Floch et Christian Baudry ont reçu ensemble de Dominique Bussereau leurs insignes de chevalier et « chevalière » dans l’Ordre national du mérite. Un moment sympathique à Saint-Hilaire-de-Villefranche, le « fief » de la famille Baudry.
baudry.jpgChristian Baudry a beau avoir 66 ans – un âge respectable – l’attitude compassée et le port altier ne sont pas vraiment de son fait. Avant de prononcer l’éloge au récipiendaire, le ministre lui a gentiment redressé un revers de poche qui manifestait quelques velléités d’indépendance. Quant au récipiendaire lui-même, c’est avec son phrasé très personnel, chuintant, sifflant et aspirant, qu’il a prononcé un discours « à la Baudry », celui d’un homme dont l’intelligence percutante, l’humanité en éveil et l’exacte perception « d’où il vient et qui il est » préservent du besoin de se corseter dans des conventions. Attendait-on d’un chevalier dans l’Ordre national du mérite qu’il nous raconta comment, avec ses compères en syndicalisme viticole, Marie-Paule Arvoire et Jean-Claude Courpron, ils se jouèrent d’un Bureau national encore au papier carbone, pour pouvoir discuter à armes égales avec le négoce ? Mais c’était il y a 30 ans et il y a prescription. « Nous étions jeunes à l’époque. » Décidément pas prêt à céder à l’oraison funèbre – surtout s’agissant de la sienne – Ch. Baudry cita un autre épisode drolatique de sa vie, celui concernant sa participation aux premières élections régionales. En fin de soirée électorale, sont annoncés d’abord deux élus puis un troisième, Christian Baudry. « J’étais content, j’étais élu. » Mais durant la nuit, la préfecture, prudente, recompte les voix et en trouve 200 de moins. Fatalitas ! Le conseiller régional Christian Baudry passe à la trappe. « Ce fut la fin de ma future brillante carrière politique. Une nuit, c‘était déjà pas mal. » Et d’adresser au ministre et ami un petit refrain de son cru : « Les responsabilités professionnelles, c’est peut-être plus contraignant mais on se coupe moins en se rasant. » Côté responsabilités professionnelles, Ch. Baudry ne s’est pas étendu ni répandu sur les siennes, se bornant juste à rappeler quelques jalons, comme la période des révisions cadastrales quand il siégeait à la « fédé » (la FDSEA 17), les discours sur les forfaits viticoles avec Pierre Maxime ou ces luttes de pouvoir autour de la mise en place des centres de gestion. Du Pineau et du Cognac, qui constituèrent pourtant l’engagement de toute une vie, il n’en dira presque rien. Juste évoquera-t-il le docteur Noël et ses éditoriaux du Vrai Cognac, la mémoire de Jacques Bégouin, mort dans un accident de voiture, le compagnonnage avec Jacques Bégouin toujours, Antoine Cuzange, Pierre Ménard, Jean Brillet, Jacques Caillet. Simplement consentira-t-il à avouer « qu’ensemble nous aurons fait progresser le Pineau ». Il jure, la main sur le cœur, avoir totalement arrêté toute activité syndicale. « J’en ai l’âge après tout. » Et de gourmander amicalement son ami Dominique Bussereau de l’avoir « obligé » à prolonger son mandat en le nommant personne qualifiée – Christian Baudry dit systématiquement PQ – au Comité national INAO. Mais, à voir votre mine gourmande M. Baudry, à qui pourriez-vous faire croire que cela ne vous fait pas un énorme plaisir de siéger à l’INAO, ce « mammouth » que vous n’avez jamais cessé d’égratigner pour, finalement, mieux l’aimer. Et surtout le comprendre. Vous en êtes, faut-il le rappeler, un des meilleurs spécialistes régionaux. D’ailleurs, quel dossier viticole charentais a vraiment échappé à votre sagacité ? La fiscalité des vins de liqueurs ? Vous en fûtes et continuez d’en être le héraut avec, sinon une réussite totale et définitive, du moins des compensations financières bien réelles. La compréhension des cycles du Cognac ? Avec Jean-Vincent Coussié, vous faites partie de ceux qui en ont décortiqué et expliqué les mécanismes avec le plus de lucidité et de pédagogie. Le ministre a mis en exergue ces qualités, vous qualifiant de « brillant juriste et de fiscaliste émérite » Et peut-être quelque part « d’empêcheur de tourner en rond » pour ne pas dire autre chose, vous qui hantez les couloirs des ministères depuis si longtemps. Avec l’accent de vérité de celui qui en a fait les frais, l’ancien ministre de l’Agriculture a parlé de votre capacité « à ne jamais lâcher le mollet de tous les ministres et hauts fonctionnaires de France et de Bruxelles ». Pas étonnant qu’il vous classe parmi les meilleurs défenseurs de la viticulture charentaise, « l’honneur du monde viticole et du territoire de Charente-Maritime ». La Charente-Maritime ! Voilà une des clés de l’engagement du jeune ingénieur de l’école supérieure d’agriculture d’Angers qui se dépêche, en 1966, de rejoindre son département et les siens. Il fera, comme l’a rappelé D. Bussereau, « l’ENA du monde agricole, le CDJA et recueillera la confiance de ses pairs ». Cette confiance l’a accompagné depuis, doublé d’estime et de respect pour l’engagement syndical totalement désintéressé de Christian Baudry. Lui-même a remercié son épouse Marie-Hélène et ses trois enfants. « C’est ma famille qui, en fin de compte, m’a permis de faire ce que j’ai fait. Je l’en remercie mais je n’ai pas besoin de tribune pour le lui dire. »

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