Distiller avec des plaquettes de bois : Un nouveau défi technologique

2 janvier 2014

Jean Guerbé est un bouilleur de cru expérimenté qui a eu la volonté de développer une distillerie rationnelle et moderne en utilisant un autre combustible que le gaz. Le choix d’utiliser des plaquettes de bois n’est pas du tout un retour en arrière sur le plan de la technologie. Les responsables de la société La Bonne Chauffe ont développé une nouvelle cellule de combustion innovante qui fonctionne depuis presque deux mois. Après une à deux semaines de calage, la chaudière Alambois donne satisfaction à J. Guerbé.

 

 

p20.jpgLa production du vignoble familial Guerbé, implanté à Puyguiller près de Segonzac, était jusqu’à l’année dernière distillée avec un alambic de 25 hl monté au début des années année 70. Divers aménagements successifs ont permis de le rendre plus fonctionnel et plus adapté aux nouvelles attentes qualitatives des acheteurs. L’état d’esprit de ce viticulteur est de rechercher des solutions rationnelles pour organiser l’ensemble des travaux tout en maîtrisant la qualité des interventions. Cela l’a amené dans un premier temps à faire évoluer la technologie des équipements annexes de l’alambic et à mener des investigations pour utiliser d’autres énergies que le gaz pour distiller.

Comment faire face à l’augmentation constante du prix du gaz ?

La distillation de la production de 30 ha de vignes avec l’alambic de 25 hl, qui durait plus de trois mois, nécessitait la présence quasi permanente d’une personne pour bien maîtriser la conduite des chauffes. Au fil des années, des aménagements importants sont intervenus au niveau des équipements annexes de la distillerie, le système de refroidissement des eaux des pipes, le pilotage des courbes de chauffe avec l’introduction d’automatismes et tout récemment le préchauffage des vins en ligne pour limiter les consommations de gaz. Le gaz est devenu un sujet de préoccupation depuis dix ans avec l’augmentation constante du coût de cette énergie. L’agrandissement de surface de la propriété d’une dizaine d’hectares allait allonger la durée de distillation de plus d’un mois, ce qui risquait de poser des problèmes de conservation des vins. À l’issue de la campagne 2012, l’augmentation de la capacité de distillation était devenue incontournable pour travailler dans de bonnes conditions. La perspective de monter un deuxième alambic de 25 hl a été l’opportunité pour J. Guerbé de s’interroger sur l’utilisation éventuelle de combustibles autres que le gaz. La hausse continue du prix du gaz a désormais une incidence directe sur les frais de distillation. En quelques années, le coût de l’énergie pour distiller un hectolitre d’alcool pur est passé d’environ 20 € HT à plus de 40 € HT. Ce n’est donc pas un hasard si beaucoup de distilleries se sont équipées de systèmes de préchauffage des vins performants. La légère baisse des cours du gaz observée depuis un an rend peu probable une chute du prix du propane à des niveaux inférieurs à 500 € HT la tonne.

Une réflexion convergente entre des spécialistes de la combustion du bois et le distillateur

Même si le gaz est sans aucun doute l’énergie idéale pour maîtriser avec souplesse le déroulement des coulages, J. Guerbé a été réceptif au développement de nouvelles technologies permettant de remettre au goût du jour un combustible traditionnel comme le bois : « Cela fait longtemps que je me disais que la biomasse de sarments présente dans les parcelles était une source énergétique inexploitée. En plus avec les maladies du bois, sortir les sarments des parcelles me paraît être une intervention justifiée. Alors, pourquoi ne pas les utiliser pour chauffer un alambic ? Après avoir fait part de cette idée à de nom-
breuses personnes, il s’est avéré que l’alimentation en fragments de sarments broyés rendait les conditions de combustion sous un foyer d’alambic difficiles à maîtri-ser. Le hasard d’une rencontre avec les res-
ponsables de la société la Bonne Chauffe (1), Éric Grandperrin et Marc Denis, m’a fait prendre conscience de l’intérêt de nouveaux systèmes de chauffage aux granulés de bois et aux plaquettes de bois déchiquetées pour des particuliers ou des collectivités locales. Le regard neuf de ces deux ingénieurs sur les besoins énergétiques de la distillation charentaise a débouché sur des réflexions sérieuses dont les conclusions permettaient d’envisager la mise en œuvre d’un projet de chauffage d’un alambic avec du bois. L’approche qu’ils pensaient déve-lopper permettait d’utiliser des nouvelles technologies pour maîtriser la combustion du bois et surtout rendre la conduite des coulages modulable. La démarche m’a paru intéressante et surtout cohérente par rapport à mes attentes de bouilleur de cru soucieux de disposer d’un outil performant. Je leur ai confié l’installation de la cellule de combustion de mon nouvel alambic. Sur le papier, le projet paraissait sérieux sur le plan technique et aussi réa-liste en matière de niveau d’investissement. Il ne restait plus qu’à transformer l’essai. Dès la fin de la campagne de distillation dernière, la décision de monter un deu-xième alambic de 25 hl chauffé aux plaquettes de bois a été prise. »

L’opportunité unique d’avoir un site pilote pour tester une nouvelle technologie

p21.jpgLe deuxième alambic a été installé dans le bâtiment existant sans transformation importante. La configuration de la distil-
lerie a permis l’implantation de la deu-xième chaudière en respectant toutes les normes en vigueur en matière de sécurité (notamment la présence d’un foyer inversé). E. Grandperrin et M. Denis possèdent des compétences et un savoir-faire dans trois domaines d’activité complémentaires : les énergies renouvelables, les techniques de combustion et les process d’automatisation. La distillation n’était pas pour eux une activité totalement inconnue puisqu’à la demande de plusieurs bouilleurs de cru, ils ont développé depuis trois ou quatre ans des automatismes de gestion des coulages sur les cellules de combustion au gaz existantes. L’activité d’origine de la Bonne Chauffe était d’installer des unités de chauffage aux granulés de bois et aux plaquettes de bois pour des chauffages domestiques ou des collectivités locales. Les expériences acquises à la fois dans le chauffage au bois et les automatismes de distillation avaient fait germer dans les esprits d’E. Grandperrin et de M. Denis le projet novateur de pouvoir faire fonctionner un alambic au bois. La rencontre avec J. Guerbé a été l’opportunité unique de pouvoir monter une unité de distillation au bois pilote chez un bouilleur de cru impliqué dans la démarche.

Alambois : un pool de compétences

Un projet de chauffage d’un alambic au bois ne fait pas appel à des principes anciens. C’est au contraire une démarche technologique novatrice que E. Grandperrin et M. Denis ont abordé en développant un projet global baptisé « Alambois ». Il associe un pool de compétences complémentaires, celles de la société finlandaise Säätötuli pour les aspects de combustion du bois, celles de la Bonne Chauffe pour les process d’automatisation et celles de J. Guerbé au niveau de la distillation. Le défi était important puisqu’il fallait repenser totalement la conception de la cellule de combustion en tenant compte des spécificités de fonctionnement des nouveaux brûleurs et du type de combustible bois utilisé. Le choix d’un partenariat avec la société Säätötuli (spécialisée dans la fabrication de chaudières fonctionnant avec de la biomasse végétale comme les granulés de bois, les plaquettes de bois, la sciure, la tourbe, des céréales et des déchets céréaliers et ligneux, des rafles de maïs, coques de noix) a permis de disposer d’une gamme de brûleurs polyvalents alimentés en continu et ayant des puissances de combustion à la fois évolutives et modu-lables. L’entreprise finlandaise a développé des modules de combustion au bois sophistiqués et complètement automatisés qui libèrent les utilisateurs des interventions fastidieuses de chargement en combustible et d’extraction des cendres. Ensuite, dans les installations de chauffage domestique ou collective, des automatismes pilotent l’intensité du feu mais ce type de process n’est pas adapté aux exigences de la distillation charentaise. E. Grandperrin et M. Denis ont donc pris en charge tout le développement de la conception de la cellule de combustion (du foyer, des tours à feu et de la cheminée) et des automatismes de pilotage du brûleur pour proposer une cellule de combustion performante en rendement et adaptée aux exigences des différentes phases de coulage. La mise au point de l’ensemble de ces nouveaux process (aujourd’hui brevetés) a pu être fina-lisée grâce à l’expérience de distillateur de J. Guerbé qui souhaitait retrouver des conduites de cycles de distillation (brouillis et bonne chauffe) équivalents à ceux du gaz.

Les plaquettes de bois, un choix technique et économique

p22.jpgLa première interrogation a concerné la nature du combustible bois qui devait être utilisé pour faire fonctionner l’alambic. Les brûleurs Säätötuli sont conçus pour pouvoir fonctionner avec des granulés de bois ou des plaquettes de bois. E. Grandperrin explique que le choix entre ces deux natures de combustible bois induit des approches techniques et économiques bien différentes : « Le choix entre les deux matériaux de bois, les granulés ou les plaquettes a nécessité une réflexion à la fois technique et économique au niveau de la conception de la cellule de combustion et ensuite pour l’utilisation de l’installation. Les granulés de bois sont élaborés à partir de résidus de scieries, des copeaux de bois et de la sciure. Avant de les fabriquer, il faut sécher la sciure et les copeaux pour que les matières premières soient à un taux d’humidité inférieur à 10 %. Cette première opération et ensuite les phases de farinage et de compactage pour fabriquer les granulés nécessitent des équipements et plusieurs interventions. La fabrication des granulés de bois engendre des coûts qui sont répercutés sur le produit final. Le pouvoir calorifique des granulés de bois est à la fois stable et élevé, ce qui est un avantage pour piloter le déroulement des combustions. Leur conservation dans des lieux de stockage secs est assez facile. C’est un matériau très homogène et facile à mettre à mettre en œuvre. Les plaquettes déchiquetées sont élaborées à partir de bois vert ligneux brut qui est déstructuré par un broyeur. Les fragments obtenus d’une taille n’excédant pas 3 à 10 cm de longueur sont ensuite mis à sécher (stockage à plat sous des hangars ventilés) pendant une durée de 4 à 6 mois pour ramener leur taux d’humidité autour de 20 à 30 %. Le taux d’humidité des plaquettes demeure toujours fluctuant selon les conditions climatiques hivernales et les lieux de stockage. Leur pouvoir calorifique est équivalent à celui du bois en bûches mais inférieur à celui des granulés. C’est un matériau fa-cile à transporter par camion, qui peut être ensuite stocké en vrac sous des hangars agricoles. Le prix d’achat des plaquettes de bois est en moyenne inférieur de plus de 50 % à celui des granulés, ce qui nous a paru être un argument économique important. Le défi pour nous était de développer un procédé d’automatisation du pilotage de la combustion qui s’adapte aux variations du taux d’humidité des plaquettes ».

L’automatisme gère les alimentations en bois, en air et l’extraction des fumées

p23.jpgLors de la distillation charentaise, les besoins énergétiques dans les différentes phases de coulage fluctuent de manière importante et l’exigence de modulation « de l’intensité feu » durant certaines étapes clés est indispensable pour faciliter la sélection des composés aromatiques bénéfiques à la qualité des eaux-de-vie. L’utilisation d’un brûleur à air soufflé Säätötuli s’est imposée pour répondre à cette double exigence de fluctuation et de modulation souple des puissances de combustion du feu pendant les coulages. Le brûleur produit une flamme horizontale parallèle au fond de la chaudière qui chauffe l’air ambiant qui circule ensuite dans les tours à feu en direction de la cheminée. L’extraction des fumées est gérée de façon automatisée, ce qui permet de moduler la vitesse de circulation de l’air chaud dans les tours à feu. Le brûleur est alimenté en continu en plaquettes de bois grâce à une vis d’Archimède à vitesse va-riable. Les plaquettes de bois sont stoc-kées dans une trémie de 5 m3 implantée à l’arrière du brûleur.

Une conception de foyer spécifique à l’énergie plaquettes de bois

La conception du foyer a dû être complètement réaménagée pour s’adapter d’une part à la structure du brûleur et aux spécificités de la combustion des plaquettes de bois. La flamme horizontale du brûleur ne doit en aucun cas toucher le fond de la chaudière et la structure du massif doit résister à des niveaux de températures supérieurs à ceux du gaz. Comme les foyers préfabriqués en vermiculite ne sont pas adaptés à l’intensité des combustions de plaquette de bois, E. Grandperrin et M. Denis ont choisi d’installer le brûleur dans un foyer traditionnel maçonné ayant une conception particulière. La fabrication du foyer a été réalisée par un fumiste expérimenté, M. Aurélien Bourreau (2), de Viville. Il s’agit d’un foyer étanche entièrement maçonné en briques réfractaires qui possède un espace important sous le fond de la chaudière. Cela amplifie les échanges thermiques sous le fond de la chaudière et au niveau des tours à feu.

Un brûleur à air soufflé adapté aux deux phases de combustion

L’intensité de la combustion des plaquettes de bois est conditionnée par deux éléments indissociables, l’admission d’air et l’arrivée de bois. Le brûlage du bois se déroule en deux temps, une combustion primaire liée directement à l’incandescence du feu et une combustion secondaire qui dégrade les gaz brûlés dégagés. Les brûleurs à air soufflé Säätötuli permettent d’intervenir sur les deux niveaux de combustion. Deux souffleries à débits variables amènent l’air juste suffisant au bon déroulement des combustions, ce qui permet d’atteindre des rendements élevés pouvant dépasser 90 %. E. Grandperrin et M. Denis ne cachent pas que le développement de l’automatisme de pilotage du feu a été très complexe à mettre au point. La principale inquiétude était de savoir si la régulation du feu allait être suffisamment performante dans les fortes et les faibles puissances, mais aussi sur les plans de la modularité et de la souplesse d’utilisation. Le dialogue avec J. Guerbé a toujours été très constructif. Il fallait que l’alambic aux plaquettes de bois permette de réaliser des cycles de coulage identiques à celui du gaz.

Un process d’automatisation qui gère la réactivité du feu

p25.jpgLes deux ingénieurs ont quasiment distillé jour et nuit pendant plusieurs semaines pour valider le process d’automatisation de fonctionnement du brûleur. L’implantation de divers capteurs au niveau du foyer et de la cheminée a permis d’observer comment se déroulait le feu et de modifier les différents paramètres d’alimentation d’air de combustible et d’extraction des fumées. Leurs propos témoignent de l’intérêt qu’ils ont porté à ce projet : « Nous étions conscients au départ que la démarche de pilotage automatisé du brûleur allait être complexe. La réalisation des mises au courant des vins dans un délai d’une heure trente nous paraissait tout à fait envisageable. Notre inquiétude se situait au niveau de la progressivité et de la modularité du feu. Par exemple, avant le début du coulage des têtes, il faut ralentir fortement le feu pour trier les bonnes vapeurs et s’adapter aux spécificités qualitatives des grandes maisons de Cognac. Le fait de pouvoir intervenir sur trois éléments différents (l’alimentation en plaquette de bois, l’apport d’air et l’extraction des fumées) représente un avantage mais cela complique aussi la mise en œuvre d’un process d’automatisation. Dans chaque phase de coulage, nous cherchons à caler la conduite du feu pour obtenir une bonne réactivité au bon moment tout en optimisant en permanence le rendement de combustion. C’est essentiel à la fois pour la qualité des eaux-de-vie et pour la compétitivité économique du projet Alambois. La fluctuation du taux d’humidité des plaquettes de bois est un paramètre complémentaire qui complique les choses. Dès la première semaine de distillation, on s’est rendu compte que les combustions à forte et faible intensité se déroulaient bien. Par contre, nous avons beaucoup travaillé sur la réactivité du brûleur dans les phases de montée et de chute de puissance. Heureusement, l’automate et la programmation que nous avons développés offrent de nombreuses possibilités de réglages. Après trois semaines de distillation, le brûleur donne chaque jour de plus en plus satisfaction ».

Après 5 semaines de distillation, l’Alambois donne satisfaction à Jean Guerbé

J. Guerbé et Maxime Lutard, son gendre, ont démarré la campagne de distillation 2013 à la fois avec envie et inquiétude. La distillation aux plaquettes de bois a transformé la quiétude de la distillerie de Puyguiller en un petit « laboratoire de technologie ». Le remplacement du combustible gaz par des plaquettes de bois n’a pas modifié réellement la structure de la distillerie. Le deu-xième alambic présente un aspect exté-rieur identique à son homologue au gaz. La principale différence se situe au niveau du foyer inversé et du local technique où est installée la trémie de stockage des plaquettes. Dans la distillerie, les réglages de pressions de gaz des brûleurs atmosphériques au gaz ont été remplacés par des sélections de puissance énergétique exprimée en pourcentage qui sont centralisées sur un pupitre de commande. J. Guerbé souhaitait que l’alambic soit équipé d’un automatisme pour la conduite des coulages tout en conservant la pleine maîtrise de la sélection des têtes et de la coupe du cœur : « Étant utilisateur sur l’alambic au gaz d’un automatisme complet de gestion des coulages, mon souhait était de pouvoir avoir le même type d’équipement sur la chaudière aux plaquettes de bois. C’est pour nous un confort de travail non négligeable quand on distille pendant plus de trois mois. Après une petite semaine d’essais, on a réussi à bien caler les cycles de vins. Les mises au courant des vins préchauffés à 35 °C étaient réalisés en moins d’une heure trente et les coulages des brouillis s’effectuent en remontant l’intensité du feu en deux pa-liers. Le challenge des bonnes chauffes était plus ambitieux car je distille avec la méthode Martell. Après quelques jours de tâtonnement, les coulages des têtes ont été maîtrisés et les courbes de débit durant le coulage du cœur sont globalement bien respectées. J’avoue que je suis agréablement surpris par la réactivité du brûleur quand on réduit et on augmente la puissance du feu. Les résultats de la dégustation des eaux-de-vie nouvelles par la maison Martell s’avèrent positifs. L’automatisme Alambois est convivial et simple à manipuler. Toutes les informations sont regroupées sur un pupitre où, à tout moment, on peut suivre le déroulement des coulages. On peut très facilement passer en manuel pour modifier un ou plusieurs paramètres. Je pense que début janvier l’alambic au gaz sera arrêté et je finirai la campagne avec les plaquettes de bois. »

La taille et le taux d’humidité des plaquettes interfèrent sur le déroulement de la combustion

La granulométrie et la fluctuation du taux d’humidité des plaquettes représentent deux spécificités de ce matériau qui compliquent la conduite du feu. L’automatisme de gestion du brûleur à air soufflé déve-loppé par les ingénieurs de la Bonne Chauffe donne satisfaction avec une taille régulière des plaquettes mises en œuvre. Après divers essais, la granulométrie de 4 à 5 cm de longueur donne les meilleurs résultats surtout pour obtenir une bonne réactivité de l’intensité des combustions. Le démarrage de la distillation a été réa-lisé avec des plaquettes de bois dont le taux d’humidité était plutôt bas (entre 25 et 30 %) et maîtrisé suite à une phase de séchage d’environ 6 mois. E. Grandperrin ne câche pas que le taux d’humidité des plaquettes de bois interfère directement sur la qualité de la combustion et le rendement du brûleur : « Le taux d’humidité fluc-uant des plaquettes de bois est un élément qui joue un rôle sur le déroulement de la combustion. Nous avons essayé d’intégrer cette contrainte dans le développement de notre procédé d’automatisation. Chez J. Guerbé, les plaquettes utilisées avaient un taux d’humidité constant et plutôt bas (25 à 30 %), ce qui a permis de caler plus facilement l’automatisation des coulages. Une variation du taux d’humidité des plaquettes modifie les paramètres de combustion et cela a une incidence directe sur le déroulement des coulages. Nous avons souhaité anticiper ce genre de problème en corrélant le fonctionnement de l’automate à un débitmètre massique. Cet équipement, qui détecte en temps réel les variations de débit de distillats, transmet l’information à l’automate qui corrige immédiatement l’allure du feu pour satisfaire les exigences des courbes de coulage des bonnes chauffes. La mise au point de cet équipement a demandé un peu de temps mais, depuis maintenant une à deux semaines, les résultats sont de plus en plus fiables. »

Des plaquettes de bois fabriquées localement à partir d’arbres de second choix

Après un petit mois de distillation, J. Guerbé a consommé 20 tonnes de plaquettes de bois qu’il a acheté à la société Martin (3), de Saint-Ouen-la-Thène (à côté de Beauvais- sur-Matha). Les plaquettes livrées par camion sont entreposées à l’abri sous un hangar agricole. Ensuite, elles sont chargées dans la trémie avec un tracteur équipé d’un godet avant. Les plaquettes de bois pro-
viennent de troncs d’arbres de second choix et de grosses branches qui ne peuvent pas être utilisés pour d’autres usages. Stéphane Martin a créé une unité de production de plaquettes de bois depuis 7 ans. L’activité connaît une forte expansion depuis 3 ans auprès des collectivités locales (locaux scolaires, logements collectifs…), des industriels et aussi des particuliers. Les plaquettes sont fabriquées à partir d’essence de bois diverses, du châtai-gnier, du frêne, du peuplier, du pin maritime et du douglas. La ressource naturelle semble importante dans la région Poitou- Charentes. La fabrication des plaquettes s’effectue soit à partir de bois vert soit à partir de rondins ayant séché à l’air libre pendant 6 à 8 mois. Le taux d’humidité du bois vert fluctue entre 40 à 60 % selon les essences. L’opération de déchiquetage est effectuée avec un broyeur rotatif de grande puissance. Si les plaquettes sont élaborées à partir de bois vert, elles doivent être mises à sécher pendant une durée de 4 à 6 mois pour que leur taux d’humidité
descende autour de 30 %. Leur stockage est effectué sur des aires à ciel ouvert spécifiques (empierrées ou bitumées) ou sous des hangars ventilés. Elles sont entreposées en couches de 5 à 6 m de hauteur et un phénomène de fermentation statique élimine progressivement l’humidité. Les périodes idéales de séchage sont la fin du printemps et l’été. La société Martin dispose de 6 ha d’aires de stockage et sera en mesure de produire 50 000 t de plaquettes de bois en 2014. Il existe plusieurs granulométries de plaquettes, des P 3 (moins de 3 cm de longueur) destinées au chauffage domestique, des P 44 (de 4 à 5 cm de longueur) utilisées par les industriels et des P 63 à P 100, qui sont des produits bruts.

Un coût de combustible e 20 € HT/hl d’AP

Le calibrage de plaquettes P 44 est le plus adapté à la conduite du feu sous les alambics car il facilite la régulation des combustions. Cette catégorie de produits est vendue entre 80 et 100 € HT/t (tarif livré) selon les volumes achetés. Le coût de l’énergie plaquette de bois pour distiller un hectolitre d’alcool pur (avec des vins à 9 % vol. et la méthode Martell) se situe autour de 20 € HT alors qu’au gaz, les niveaux de coûts de 40 € HT sont fréquents. L’économie de combustible de 20 € HT/hl d’AP justifie l’investissement dans une nouvelle cellule de combustion ? J. Guerbé estime qu’il va amortir le surcoût de la cellule de combustion aux plaquettes de bois en cinq ans. En distillant 300 hl d’AP avec son alambic, l’économie annuelle de combustible sera d’environ 6 000 € HT/an, ce qui n’est pas négligeable. E. Grandperrin et M. Denis considèrent que l’installation pilote de la distillerie de Puyguiller leur permet de finaliser la fonctionnalité de cette nouvelle source d’énergie : « Nous avons eu la chance de trouver un partenaire distillateur qui nous a permis de tester à l’échelle véritable le projet Alambois. Après presque deux mois de distillation, on peut dire que l’initiative donne de bons résultats technique et qualitatif, mais nous souhaitons poursuivre les tests durant toute la campagne. C’est très important pour nous d’avoir un retour d’expérience sur plusieurs mois de distillation avant de s’engager dans une démarche commerciale. On a appris beaucoup depuis quelques mois mais on a encore beaucoup à apprendre. Nous sommes conscients que les distillateurs doivent disposer d’équipements fiables et fonctionnels et nous attachons une grande importance à ces deux éléments. D’ici la fin du mois de mars, nous aurons une vision juste des coûts technologiques liés à une installation de cellules de combustion complète aux plaquettes de bois. Les niveaux d’investissements, qui seront plus élevés que pour des cellules de combustion au gaz, pourront être amortis sur une période courte de 5 à 7 ans selon les olumes distillés. »

(1) Sarl la Bonne Chauffe, 9 route de la Distillerie, 16200 Chassors. Tél. 06 58 37 20 82 – 06 83 21 03 15 – E-mail : bonne.chauffe@gmail.com – Site : www.labonnechauffe.com
(2) Sarl Boureau Aurélien, La Gare, 16120 Viville.Tél. 05 45 78 57 36.
(3) Sarl Martin & Fils, le Treuil, 17490 Saint-Ouen- la-Thène. Tél. 05 46 26 30 19.

Les caractéristiques généralesdes plaquettes de bois
• Les plaquettes de bois sont fabri-quées avec des essences d’arbres secondaires comme le châtaignier, le frêne, le peuplier, le pin maritime et le douglas.
• Une ressource de proximité abondante dans la région Poitou-Charentes.
• Les rondins de bois et les grosses branches sont passés dans un bro-yeur qui déchiquette le bois en fragments de taille variable.
• La fabrication des plaquettes de bois nécessite des équipements de bro-yage puissants et des aires de stoc-kage importants.
• Un calibrage permet d’obtenir plusieurs granulométries de plaquettes qui sont adaptées à des usages différents.
• L’opération de déchiquetage inter-vient soit sur des rondins ayant séché pendant 6 à 8 mois (à l’air libre) ou sur du bois vert.
• Le taux d’humidité du bois vert se situe entre 40 et 60 % selon les essences.
• Le déchiquetage du bois vert doit être suivi d’une phase de séchage d’environ 6 mois, pour ramener le taux d’humidité des plaquettes entre 25 et 35 %.
• Le séchage des plaquettes vertes est effectué soit à l’air libre soit dans des bâtiments ventilés.
• Le pouvoir calorifique des plaquettes de bois entre 25 et 30 % d’humidité est de 3,3 kcal/kg (celui du gaz liquéfié 11 kcal/kg).
• Prix indicatif des plaquettes (45 à 55) livrées en vrac par camion entier : 80 à 100 € ht/tonne.

Les points clés de l’alambic Alambois de J. Guerbé
• Un alambic de 25 hl neuf équipé d’une cellule de combustion fonctionnant aux plaquettes de bois.
• Un brûleur à air soufflé à alimentation continue de la société Säätötuli.
• Un foyer traditionnel en brique réfractaire spécifique à une utilisation des plaquettes de bois.
• L’utilisation de plaquettes de bois calibrées de 4 à 5 cm de longueur
ayant un taux d’humidité stable entre 25 et 30 %.
• Un automatisme de pilotage de la combustion développé par les deux ingénieurs de la Bonne Chauffe.
• Une régulation permanente du feu maîtrisée en intervenant sur les arrivées d’air, de bois et l’extraction des fumées.
• Le souhait de J. Guerbé de disposer d’un automatisme de gestion des coulages hormis la réalisation des coupes du cœur.
• Une installation traditionnelle et fonctionnelle avec un foyer inversé implanté à côté d’un autre alambic au gaz
• Un système d’automatisation simple à utiliser.
• Des débits de coulage régulés à la fois par l’automate de gestion du feu et un débitmètre massique.
• Un coût des plaquettes de bois de 20 € ht pour distiller un hectolitre d’alcool pur.

 

 

 

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