Des vendanges « de rêve »

3 novembre 2009

La suite ne sera peut-être pas à la hauteur des conditions de récolte. Mais en tout cas, les vendanges 2009 se seront déroulées sous des cieux très cléments. « Quand les viticulteurs se levaient le matin, ils savaient qu’il allait faire beau toute la journée. » Certes, 2009 aura été une année chaude, avant et pendant les vendanges. Des problèmes de sur-maturité, de concentration, de fermentations délicates auront pu se poser ici et là. Mais, globalement, la récolte 2009 restera dans les mémoires comme un épisode sans heurt. Cerise sur le gâteau ! La campagne n’a pas trop résonné de bruits de pannes ou de casse. « C’est peut-être ce que l’on appelle la “chaîne du plaisir” note un technicien viticole. Quand les gens sont calmes, ils ont tendance à mieux conduire le matériel. » Dans leur grande majorité, les chantiers de vendanges ont démarré le 28 septembre pour se terminer deux semaines plus tard, le
9 octobre. La bonne surprise, c’est qu’en moyenne, les rendements se sont révélés supérieurs à ce qu’attendaient les viticulteurs. Il n’est pas rare que les exploitations aient engrangé 20 à 40 hl vol./ha de mieux. Qu’est-ce que cela donnera au final, après dépouillement des déclarations de récolte ? Difficile de le présumer. Mais certains évoquent déjà un rendement moyen de 120 hl vol./ha, alors que les prévisions d’avant-vendanges étaient plus proches de 110 hl vol. Sans être « délirant » le volumique 2009 renoue avec une sorte de normalité. Quant au TAV, il flirte allégrement avec les 9,5-10 voire même 11-11,5 chez certains. Tout cela donne « du bouillon », en tout cas de quoi alimenter tous les débouchés. C’est d’ailleurs peut-être cette abondance de biens qui a le plus perturbé les viticulteurs. Ils n’y étaient pas franchement préparés. L’affectation s’est bien souvent faite « sur le feu », les derniers jours de vendanges. Tous les viticulteurs n’ont pu être servis en moûts de vinif. A la louche, les quantités expédiées à cette destination sont estimées à 600-650 000 hl vol., dont environ la moitié réalisée par un seul opérateur. En propriété, le plus gros des volumes de moût de vinif. s’est acheté ferme à 18 € l’hl vol., voire 20 € enzymés, ce qui, une fois les 20 % de bourbes enlevées, revenait pratiquement au même. Quelques dizaines de milliers d’hl se sont également vendus à 22 €. Maintenant reste à savoir combien de volume de vins de table partiront dans les mois qui viennent et à quel prix ? C’est l’une des inconnues de la campagne. « C’est un peu un jeu de poker menteur explique un opérateur. Les acheteurs ne se pressent pas d’acheter et nous de vendre. Si, tout confondu, moûts de vinif. + vins ne dépassent pas 1,2 million d’hl vol., je pense que les prix devraient se tenir, voire se raffermir un peu. Par contre, au-dessus d’1,2 million d’hl, ils risquent de se relâcher, au grand dam des viticulteurs et du nôtre. Cela signifierait qu’il y a perte de cohérence entre prix des moûts de vinif. et prix des vins de table. Dans ces conditions nous aurions acheté trop cher nos moûts de vinif. Réponse dans six mois. » L’opérateur poursuit ses explications : « Nous sommes sur un marché paradoxal. Sur les vins de base mousseux, nous luttons avec les vins espagnols ou italiens à 2 € le °hl. Quant au marché des vins de table, il voit la cohabitation de deux politiques. Dans un cas – politique traditionnelle des vins de table français – nos prix sont trop bas et dans l’autre – politique de reconquête du marché espagnol – bien trop élevés. » Et les jus de raisin dans tout ça ? Cette année, ils font figure de parent pauvre. Il serait étonnant qu’ils atteignent les volumes pressentis. A 14 € l’hl vol., parfois un peu moins, les viticulteurs leur ont souvent tourné le dos. Bon ou mauvais calcul ? « En ne donnant rien ou presque rien aux jus de raisin cette année, on risque “d’injurier l’avenir”. Que se passera-t-il si le rendement Cognac descend l’an prochain ? » s’inquiète un acteur du marché. Tout en reconnaissant que le prix des jus de raisin se situait en net décalage avec ceux des moûts de vinif., un intermédiaire pourtant peu suspect de complaisance à l’égard des opérateurs jus, défend leur politique de prix. « Ils étaient dans la note du marché. Dans les régions des Pouilles, en Italie, des jus à base de raisin de table se sont négociés à 12 € l’hl vol. » Cette opinion ne convainc pas tous les viticulteurs : « En proposant 14 € à la propriété, les jus de raisin se sont foutus de notre g… » tempête l’un d’entre eux. Au sujet de la « troisième filière » – celle des débouchés industriels, jus de raisin, vins de table, vin de base mousseux – une polémique pointe son nez, celle des rendements. « Jusqu’où peut-on exagérer ? ». Certes, pour ces débouchés, les rendements sont libres mais dans la « limite physiologique de la vigne », c’est-à-dire, pour l’Ugni blanc, autour de 300 hl vol./ha. Des rumeurs de rendements hypertrophiés circulent. « De tels rendements confinent à l’abus de droit, ils sont indéfendables » objecte un opérateur vin. « Il faut arrêter cette course perpétuelle au rendement sinon on cassera tout. On aboutira à une destruction de valeur. » Le même évoque un système d’affectation qui, cette année, en Charentes, a fonctionné « de manière complètement désordonnée, improvisée voire abusive. » La faute à qui ? Aux conditions spéciales de mise en œuvre de l’affectation bien sûr mais pas seulement. « Comment voulez-vous que des viticulteurs affectent quand ils ne connaissent pas au 10 octobre ce qu’ils vendront au Cognac. Tout le monde a-t-il envie que l’affectation marche ? Ou certains gardent-ils en tête l’arrachage de 15 000 ha de vignes ? »

Malgré un marché du Cognac « qui se cherche », cette année encore on ne devrait pas manquer de marchandise. Au vu de ce qui se profile, la distillation des 8,12 devrait faire « carton plein » ou presque, suite aux engagements contractés dans le vignoble ces dernières années. Plus surprenant, des viticulteurs ne cachent pas leur intention de souscrire parfois beaucoup de réserve climatique. Ne parle-t-on pas de cas extrêmes jusqu’à 5 hl AP/ha, soit, sur une exploitation de 25 ha, 125 hl AP ! Face à ce type de comportements, ils sont pourtant nombreux à attirer l’attention sur les problèmes de trésorerie (frais de distillation, manque à gagner…) et sur les ennuis que la région pourrait s’attirer lors de la réintroduction de ces eaux-de-vie 00 sur le marché. Souvent, la climatique sert aussi d’exutoire à des volumes excédentaires au rendement Cognac. Ce qui peut expliquer en partie l’engouement pour le dispositif.

Un mot sur les viticulteurs qui ont grêlé en mai, voire en juin ou en septembre. Grâce à la bonne récolte et au système mis en place par l’interprofession et l’Administration, les problèmes d’approvisionnement ont pu se régler de manière satisfaisante. Tout le monde s’y est mis : courtiers, distillateurs, Douanes, INAO, viticulteurs eux-mêmes. Dans le cadre officiel prévu à cet effet, les achats de vendanges fraîches mais surtout de moûts de vinification ont bien fonctionné. Les Douanes ont accepté de procéder à des facilitations (DCA retirée par l’acheteur à la recette locale d’arrivée et non à la recette de départ comme prévu initialement) ; l’INAO a fait preuve de célérité pour autoriser les vendeurs à dépasser le rendement annuel. Grâce aux nouveaux moyens de communication, l’autorisation tombait rapidement ; et les viticulteurs ont manifesté de la solidarité. Au cœur des vendanges, l’hl vol. de moût récolté et pressuré s’est échangé à 80-120 €, une rémunération que les viticulteurs grêlés ont cautionné comme le juste retour du travail de leurs collègues. Un responsable syndical témoigne de sa satisfaction : « Cette opération s’est déroulée le mieux possible. Elle a permis à tous ceux qui le souhaitaient d’alimenter leur courant de vente. »

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