Le confinement : une véritable évolution technologique

12 décembre 2017


         L’apparition des tunnels de pulvérisation confinés représente une véritable évolution technologique qui bouscule les concepts traditionnels de fabrication des pulvérisateurs viticoles. L’intégration des modules de diffusion de bouillie à l’intérieur de cellules confinées fait profondément évoluer la fonction des pulvérisateurs. Les nouveaux équipements en plus de leur mission première de pulvérisation permettent de réduire les phénomènes de dérives et de récupérer des quantités de bouillies significatives qui au paravent étaient dispersés dans l’environnement. Les tunnels de pulvérisation confinés font progresser le principe d’application des traitements viticoles en améliorant le ciblage de la couverture phytosanitaire sur la végétation. C’est une évolution importante qui ne fait pas l’unanimité. Certains viticulteurs adhèrent à cette nouvelle technologie, d’autres l’a considère inadaptée à leurs besoins et beaucoup en reconnaissent l’intérêt sans pour l’instant l’utiliser.

Le développement technologique des tunnels de pulvérisation confinés a été porté depuis 10 ans par des acteurs nouveaux de l’univers du machinisme viticole. Les constructeurs historiques de pulvérisateurs viticoles n’ont pas cru dans le développement de cette catégorie de produits . Ce sont des PME nouvelles et très dynamiques qui ont relevé ce défi technologique. L’un des points communs des dirigeants de toutes ces entreprises Françaises et étrangères, les sociétés, Bertoni, Dagnaud, Dhugues, Friuli, Grégoire, Idéal, Lipco, S 21, Weber …. est qu’ils sont connectés aux attentes des viticulteurs de base. Cela leur a permis de percevoir l’inadaptation des pulvérisateurs viticoles traditionnels aux nouvelles attentes environnementales. La réussite d’une pulvérisation ne se limite plus à une parfaite répartition des impacts de bouillie sur l’ensemble de la végétation. Elle doit désormais être en mesure de maîtriser les phénomènes de dispersion de bouillie incontrôlés.

 

De nouveaux constructeurs, acteurs du développement des tunnels confinés

 

         Les nouveaux venus dans la fabrication des pulvérisateurs viticoles confinés sont arrivés au milieu des années 2000 avec discrétion mais en ayant un réel dynamisme pour développer leurs nouveaux produits. Dix ans plus tard, leurs efforts semblent commencer à être récompensés dans beaucoup de vignobles. Les constructeurs marginaux d’hier sont en passe de réussir leurs paris. Les tunnels de pulvérisation confinés ont passé avec succès le cap de validation des études. Les nombreux essais  cautionnent leurs bonnes performances en matière de qualité de pulvérisation et les plus qu’ils apportent au niveau de la maîtrise des dérives (au sol et dans l’air) et des économies de produit. Tous ces résultats théoriques ont été confortés par les retours d’expériences des premiers utilisateurs. L’épreuve du terrain est dans le domaine de la pulvérisation viticole le meilleur banc d’essais. Dans notre région ou plus de 300 à 400 appareils fonctionnent, les échos viennent globalement conforter l’apport technologique des tunnels confinés et révèlent aussi certaines contraintes. Les nouveaux constructeurs semblent cultiver le sens de l’écoute des besoins de leurs clients ce qui est de bon augure pour le développement de la technologie de pulvérisation viticole. Les fabrications de tunnels confinés vont continuer d’évoluer en intégrant le triple challenge qualité/environnement/coût.

 

Les très fortes exigences de résultats au niveau des pulvérisateurs viticoles     

 

         Les débats et les discussions incessants vis-à-vis de cette évolution technologique sont pleinement justifiés compte tenu des fortes exigences de résultats au moment de la réalisation des traitements. Chaque fois qu’un viticulteur décide de réaliser un traitement, la fonction de pulvérisation doit être en mesure de positionner sur la végétation 100 % de l’efficacité des produits dilués dans les cuves. Si cette qualité de pulvérisation s’avère insuffisante, les parasites vont profiter de cette déficience d’application pour se développer avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur le potentiel volumique et qualitatif des récoltes. Les attentes croissantes de performances et d’efficacité de la pulvérisation sont indissociables des réflexions d’adaptation des calendriers la protection aux niveaux de risques réels dans les parcelles. L’engagement dans des stratégies poussées de raisonnement de lutte contre le complexe parasitaire ne pourra pas être valorisé sans du matériel de pulvérisation performant. La notion d’efficacité du pulvérisateur qui, il y a encore 10 reposait uniquement sur la recherche du meilleur compromis qualité de pulvérisation/performance économique, doit aujourd’hui intégrer des attentes de respect de l’environnement. Ce sont d’ailleurs, ces derniers éléments qui sont à l’origine du développement des fabrications de tunnels confinés.

 

Des réglages totalement en phase avec le principe de confinement

 

         Les tunnels de pulvérisation confinés sont des appareils, souvent complexes, d’un gabarit encombrant et dont la conduite nécessite plus de dextérité. Les constructeurs ont fait considérablement évoluer les équipements en les dotant de commandes automatisées facilitant la gestion des tunnels et de la pulvérisation lors des manœuvres en bout de rangs. Leur utilisation s’avère plus adaptée à des vignes de plutôt larges (de plus de 2 m d’écartement) et dans des parcelles homogènes dotées de tournières suffisantes. Ce sont des appareils qui ont fait rentrer la pulvérisation viticole dans une aire de plus grande technicité. Leur bonne utilisation repose principalement sur la mise en œuvre de réglages propices à la fois à la qualité de pulvérisation et à l’optimisation des conditions de confinement. La vitesse d’avancement des tunnels confinés interfère sur les niveaux de performances et au-dessus 7 km/h, l’efficacité du confinement diminue.


Des économies de produits de 30 à 35 % mais des débits de chantiers moindres

 

          La bonne maîtrise de tous ces éléments engendre une amélioration des niveaux de récupération de bouillie et de la rentabilité économique des appareils. Les retours d’expériences assez nombreux en Charentes ont permis de quantifier des économies de produits de 30 à 35 % par an. Très concrètement, l’utilisation des tunnels confinés permet de réduire le budget d’intrants phytosanitaires d’environ 150 € ha/an, soit l’équivalent de 3 000 € un sur 20 ha. Cet argument économique flatteur doit tout de même être tempéré par des performances de débits de chantier moindres. Avec des équipements 2 rangs traînés, il est possible de protéger au maximum 20 à 25 ha dans la journée alors qu’avec des pneumatiques 6 faces, une trentaine d’hectares peuvent être traité. L’analyse de l’intérêt et des limites économiques des tunnels confinés est donc complexe. Le surcoût d’investissement s’autofinance grâce aux économies de produits mais en contrepartie, le débit de chantier moindre génère aussi de nouvelles contraintes à bien appréhender. Tous ces éléments suscitent de la part des viticulteurs des réactions diverses, de l’adhésion, du scepticisme ou un intérêt tempéré par les réalités économiques.

 

Comment interpréter le développement actuel des ventes ?

 

            La percée commerciale des tunnels confinés en Charentes (plus de 300 appareils au cours des trois dernières années) démontre que ces matériels correspondent aux attentes de nombreuses propriétés, de moyennes et grandes surfaces. Leur utilisation de correspond à un changement profond des conditions de mise en œuvre de la protection du vignoble mais cela signifie-t-il pour autant que cette technologie va remplacer dans les prochaines années, tous les historiques pulvérisateurs pneumatiques et aéroconvections.  Un viticulteur exploitant 90 ha qui avouent avoir acheté, il y a trois ans, un premier appareil pour seulement traiter les zones proches des habitations est devenu aujourd’hui un adepte. Il a acquis un deuxième appareil en 2017 et remplacera le dernier pneumatique d’ici 2 ans. À l’inverse, une autre propriété de surface équivalente ne se voit pas remplacer les trois pulvérisateurs pneumatiques 6 faces par quatre tunnels confinés faute de pouvoir disposer d’un chauffeur qualifié supplémentaire. Le développement des premières unités de traitement confinées trois rangs sur des châssis polyvalents de MAV représente une évolution attendue que pour l’instant, seules les sociétés Grégoire et Dagnaud ont développée. Les constructeurs investissent beaucoup dans la recherche de nouveaux outils de pulvérisation viticoles et il est probable que le concept du pulvérisateur va encore beaucoup évoluer dans les prochaines années.
           

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