Des essais de drones pour détecter la flavescence dorée

23 juillet 2014

Ne serait-il pas envisageable d’utiliser des drones pour effectuer les prospections de symptômes de flavescence dorée ? Cette question qui paraissait farfelue il y a quelques années devient d’actualité. La coopérative Charentes Alliance a testé à l’automne dernier un prototype de drone viticole dont les premiers vols dans le vignoble ont été plutôt encourageants. L’équipement est encore dans une phase de développement et de mise au point, ce qui rend l’œil de l’homme encore indispensalbe pour réaliser les prospections. Des essais plus complets se dérouleront à l’automne 2014 afin de permettre d’apprécier de manière plus juste les capacités d’observation de ces nouvelles technologies.

 

 

p34.jpgLa coopérative Charentes Alliance s’est engagée dans une démarche de développement des techniques d’agriculture et de viticulture de précision depuis plusieurs années. La démarche a été initiée dans l’objectif de créer de la valeur ajoutée sur le plan agronomique au niveau de la conduite des itinéraires culturaux des céréales et de la vigne. Le développement de ce pôle d’activité a été confié à un jeune ingénieur, Kevin Larrue, qui travaille à temps plein sur plusieurs projets. La finalité est de proposer aux adhérents de la coopérative de nouveaux outils de diagnostic innovants concernant par exemple le pilotage de la fertilisation sur les colzas ou les blés et la détection de la présence de certains pathogènes.

Un partenariat entre Charentes Alliance et Airinov

Le fondement des démarches d’agriculture de précision est d’utiliser des nouvelles technologies de localisation géographiques pour réaliser des mesures et des observations dans les parcelles. Les résultats font ensuite l’objet d’un traitement informatique qui débouche sur l’établissement de cartographies de biomasse donnant à un moment précis un état des lieux précis du développement des cultures. L’enrichissement de données techniques d’agronomie, de biologie, de développement des pathogènes propres à chaque aire de production contribue à assurer le développement de nouveaux outils de diagnostics adaptés aux spécificités de chaque parcellaire. L’utilisation d’une nouvelle génération d’outils d’observation, les drones civils, fait progresser ces technologies en raison de leur souplesse d’utilisation au sein du parcellaire agricole (souvent très diversifié) et de leur coût en nette baisse depuis quelques années. La coopérative Charentes Alliance a signé un accord de partenariat avec la société Airinov qui développe depuis 2010 des drones à usage exclusivement agronomique. La société gère les vols des drones et fournit des cartographies rendant compte des variations intra-parcellaires. La coopérative fournit les bases de raisonnement agronomique spécifiques à la nature du parcellaire, aux itinéraires culturaux et aux objectifs de production (rendement, protéine…). Ensuite, la société Airinov intègre ces éléments agronomiques dans une méthode de calcul qui débouche sur l’établissement d’une cartographie avec des préconisations précises. L’investissement dans les drones est devenu assez accessible (2 000 à 3 000 € HT). Le coût cumulé des capteurs d’agronomie, des logiciels de traitement des données et des divers accessoires inhérents au système approche 30 000 € HT.

Des applications opérationnelles en grandes cultures

Les premières démarches d’utilisation des drones conduites par Charentes Alliance ont concerné l’ajustement des apports d’azote sur les colzas à la fin de l’hiver et au printemps. Des travaux scientifiques (du Cetiom) reposant sur des mesures de biomasse à deux périodes, fin novembre et ensuite début janvier, permettent de tenir compte de l’état de développement de la culture pour piloter judicieusement les apports de fumure. Les techniciens réa-lisent des mesures par sondage dans les parcelles mais cela demande un travail considérable pour obtenir des résultats fiables. L’utilisation des drones s’avère très adaptée pour réaliser les mesures de biomasse et établir des cartographies de l’état de développement de la culture précise à l’intérieur des petites et grandes parcelles. K. Larrue est en quelque sorte « l’interface » entre les besoins des adhé-rents de Charentes Alliance et le staff de compétences de la société Airinov. Son investissement dans les projets contribue à développer des outils de diagnostics fia-bles et en phase avec les attentes de l’aire de production de la coopérative. Cela a débouché pour le colza sur l’utilisation d’un outil de diagnostic innovant pour piloter le dernier apport d’azote. Depuis deux ans, cette prestation de service est totalement opérationnelle. Un autre dossier sur le blé est en cours de finalisation pour optimiser le troisième apport d’azote dans l’objectif de maîtriser les teneurs en protéines et les niveaux de rendements. Les mesures de biomasses expérimentées ont débouché sur le développement d’un test de diagnostic qui a été testé cette année sur 560 ha. En France, la démarche d’Airinov de pilotage du 3e apport d’azote sur les blés a été utilisée cette année sur plus de 10 000 ha.

p35.jpgUn essai encourageant de détection de flavescence dorée avec un drone

Au niveau de la vigne, la première utilisation d’un drone s’est déroulée au mois de septembre 2013 pour détecter des symptômes de flavescence dorée. K. Larrue estime que l’utilisation des drones en viticulture peut être très adaptée pour détecter toutes les affections qui entraînent une décoloration de la surface foliaire : « Il nous paraît très réaliste de pouvoir utiliser la technologie d’observation des drones pour détecter des symptômes de flavescence dorée, de chlorose, des carences en magnésie et peut-être, à terme, de l’esca. Lors de l’essai, la principale difficulté a été d’adapter la conduite du vol et des équipements embarqués à l’état de la structure foliaire de la vigne constitué de deux plans verticaux. Nous avons travaillé en nous appuyant sur les connaissances et les équipements des grandes cultures. Les résultats très encourageants nous ont permis de construire, avec la société Airinov, un protocole de travail novateur qui va être testé cette année. »

En 2014, le premier drone viticole sera testé sur une dizaine de parcelles

L’essai s’est déroulé à l’automne 2013 dans une parcelle très atteinte qui avait été préa-lablement prospectée. Les traitements des données issues des observations du drone ont permis de détecter l’ensemble des ceps extériorisant des symptômes de FD et aussi d’autres souches présentant des jaunissements. K. Larrue considère que les résultats de 2013 ont permis de faire progresser la méthodologie de travail des drones en vigne : « Les conditions de vol des drones et tout particulièrement leur hauteur interfèrent directement sur la qualité et la précision des images. Plus on vole bas, plus on est précis pour tenir compte des aspects foliaires au niveau des plans verticaux de palissage. Ensuite, l’une des difficultés pour détecter des symptômes de FD réside dans la couleur spécifique des jaunissements foliaires. Leur différenciation d’autres décolorations parfois similaires fait actuellement l’objet d’études qui sont assez complexes. Le choix et les paramétrages des capteurs constituent des éléments essentiels pour obtenir des observations fiables. Ils représentent l’âme de toute cette démarche. Au mois de septembre prochain, nous allons tester un tout nouveau drone, l’ebee, avec un capteur différent sur 10 parcelles ayant des niveaux d’infestations variées. Notre objectif est d’identifier avec plus de fiabilité les ceps suspects et ensuite nous effectuerons des prospections pour valider les performances de l’équipement. Il y a tout à faire car personne n’a encore réellement travaillé ces technologies en vigne. Nous souhaitons également valider l’approche économique de l’utilisation de tels équipements par rapport au coût des prospections manuelles ». Une présentation des drones viticoles aura lieu les 22 et 24 juillet prochains lors des plates-formes vignes de Segonzac et de Jonzac.

 

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