Des Caisses Palettes PVC Transformées En « Bio-Bacs »

12 mars 2009

palettes_pvc.jpgLa réalisation d’une aire de lavage et d’un poste de remplissage des pulvérisateurs est souvent perçue par beaucoup d’agriculteurs et de viticulteurs comme trop coûteuse et pas rentable. Le témoignage de deux jeunes viticulteurs sensibilisés par les aspects environnementaux permet de porter un autre regard sur les choses. Ils ont abordé l’agencement d’une aire de lavage et d’un bio-bac destinés à retraiter les effluents de pulvérisation avec un souci de fonctionnalité et de réalisme économique. Dans leur situation, l’investissement qui s’amortit sur une surface en vigne de 40 ha a permis d’optimiser les conditions de travail au moment de la préparation des appareils et ensuite lors de leur lavage.

herit.jpgStéphane et Frédéric Hérit, qui exploitent un vignoble de 40 hectares à Marcillac, ont toujours été très sensibles à la protection de l’environnement. Avant de revenir sur leurs propriétés respectives, les expériences professionnelles qu’ils ont acquises – pour l’un au sein d’un domaine viticole de référence et pour l’autre dans une coopérative d’approvisionnement – leur ont permis de prendre du recul par rapport aux pratiques courantes de protection du vignoble.

Une motivation essentielle : « Protéger notre santé et l’environnement »

Au moment de leur installation en 1998 et en 2000, les aspects liés à la mise en œuvre d’une protection du vignoble plus raisonnée et de conditions de pulvérisation plus respectueuses de l’environnement représentaient un volet important de leur projet professionnel : « Dès le départ, nous avons cherché à nous projeter dans l’avenir et mon frère et moi avions envie d’aborder la réalisation des traitements autrement. Nous considérons que le fait de travailler dans un environnement naturel est une grande chance et cela nous confère la responsabilité de transmettre aux futures générations une terre propre. Dans nos deux projets d’installation, nous avons intégré un volet environnemental conséquent. La situation du siège d’exploitation au cœur d’un village avec plusieurs maisons très proches et l’évolution en surface de nos vignobles nous ont aussi incités à remettre en cause toute notre organisation du travail. Comme nous avons multiplié presque par quatre la surface en vigne qu’exploitaient nos parents, on a pris conscience que notre exposition aux produits de traitements allait être aussi multipliée par quatre et que l’on allait aussi produire beaucoup plus de déchets et d’effluents. Il nous a paru indispensable de mieux nous protéger sur le plan de la santé et aussi de limiter l’impact négatif des eaux de lavage du pulvérisateur dans l’environnement. »

La sensibilisation de ces deux jeunes viticulteurs aux aspects environnementaux s’est trouvée confortée au niveau de la cave des Hauts de Gironde à laquelle ils livrent leur production. En effet, la coopérative a mis en place au début des années 2000 une démarche Agri-Confiance intégrant un certain nombre de contraintes au niveau de la protection du vignoble et du respect de l’environnement.

Concevoir d’une manière fonctionnelle ce nouveau poste de travail

Depuis leur installation, Stéphane et Frédéric Hérit avaient manifesté le souhait de réaliser une aire de lavage (et de remplissage) fonctionnelle pour éviter les nuisances liées aux nettoyages fréquents du pulvérisateur et de la machine à vendanger. Ce projet a mis quelques années à se formaliser car la conception de ce nouveau poste de travail devait, d’une part, être simple et fonctionnel et, d’autre part, s’intégrer dans l’agencement général de la ferme : « L’enjeu pour nous était d’intégrer l’aire de lavage et tous les systèmes de stockage et de traitement des effluents d’une manière la plus fonctionnelle possible par rapport aux bâtiments existants et à la proximité des maisons. Notre souhait était aussi de rendre beaucoup plus sûre et plus rapide les opérations de remplissage et de lavage du pulvérisateur et de tout le reste du matériel. C’était à notre sens un moyen de rendre rentable un investissement que beaucoup de nos collègues jugent lourd et superflu. L’aire de lavage et de remplissage a été implantée à proximité à la fois du local phytosanitaire et du bâtiment où le matériel est remisé. L’agencement du réseau d’eau et du devenir des effluents a été l’aspect le plus complexe à aborder. »

Au début du mois de mars 2006, les plans du futur poste de travail ont été finalisés et Stéphane et Frédéric Hérit ont réalisé eux-mêmes tous les travaux. L’aire de lavage a été implantée dans le prolongement du hangar à matériel et juste

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L’aire de lavage agencée dans le prolongement du hangar.

devant le petit bâtiment où sont stockés les produits phytosanitaires. Le dénivelé naturel du terrain a été utilisé pour positionner (de façon enterrée) les trois cuves de réception des effluents, l’une destinée aux eaux de lavage du matériel courant, la seconde (5 000 l) collectant les eaux de lavage de la MAV (effluent vinicole) et la troisième assurant la réception et le stockage momentané des effluents de pulvérisation (eau de lavage et fond de cuve dilués). A une des extrémités de l’aire de lavage, la présence d’un petit bac de rétention recouvert d’une grille (retenant tous les déchets végétaux) assure la collecte de toutes les eaux. Au fond de ce bac se trouvent les trois canalisations correspondant aux différents circuits d’effluents. Des bouchons PVC permettent d’obturer facilement les circuits que l’on ne souhaite pas utiliser. La réalisation du lavage courant du matériel engendre la présence de substances huileuses ou de reliquat de graisse qui ont nécessité l’installation d’un déshuileur pour rejeter dans l’environnement de l’eau sans charge polluante. Les effluents vinicoles sont stockés pendant la durée des vendanges et leur épandage dans le vignoble s’effectue à des périodes ne générant pas de risque de dilution (pas en hiver et en période pluvieuse).

Des caisses palettes PVC qui font office de bio-bacs

Les effluents de pulvérisation sont retraités sur l’exploitation grâce à un système astucieux installé dans le prolongement de l’aire de lavage sous la forme de 5 petits bio-bacs posés sur le sol bétonné. Il s’agit de cinq caisses

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L’herbe qui se développe naturellement dans le bio-bac.

palettes en PVC rigide d’un m3 chacune (utilisées par les ostréiculteurs) qui sont positionnées les unes à côté des autres. Leur manutention facile avec un tracteur ou un chariot élévateur présente l’avantage de pouvoir vidanger un des éléments tout en permettant aux quatre autres de rester complètement fonctionnels. Chaque caisse palette est remplie d’1 m3 d’un mélange de terre (provenant des vignes) et de paille, et l’ensemble du dispositif est conçu pour traiter les effluents de pulvérisation d’un vignoble de 50 ha. Les caisses palettes sont recouvertes de tôles translucides qui créent un effet de serre et amplifient les mécanismes de dégradation biologiques. Le développement d’herbe atteste du bon fonctionnement des bio-bacs. Dans chaque bac un tube PVC de 100 mm permet de surveiller le niveau d’effluents et d’adapter la fréquence des pompages pour que le mélange terre/paille reste humide mais ne soit pas « noyé ». Les apports d’effluents doivent être effectués d’une manière régulière au rythme d’une à deux fois par semaine selon le climat. L’installation d’un vide-cave de gros débit permet d’assurer le pompage dans les bacs en quelques minutes. Juste à côté des bio-bacs, un bras mobile de remplissage doté d’un tuyau de gros débit a été installé pour remplir une cuve de 1 000 l en moins de 5 minutes. Les éventuels risques de débordement du pulvérisateur lors du remplissage sont maîtrisés puisque cette opération a lieu sur l’aire de lavage.

Un investissement pour trente ans qui apporte en plus du confort de travail

L’investissement total concernant l’aire de lavage, le poste de remplissage et le stockage et le retraitement des effluents s’est élevé à 15 000 € ht de matériaux et de fournitures (tuyauteries, raccords, pompes, matériels électriques, canalisation…) sans compter le travail réalisé en totalité par la main-d’œuvre de l’exploitation (3 semaines de travaux à deux personnes). Le seul coût de l’aire de lavage et du système de retraitement des effluents ne dépasse pas 10 000 €

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Le tube en PVC permet de contrôler le niveau d’effluent au fond du bac.

ht. Le choix de monter 5 bio-bacs dans des caisses palettes PVC a été aussi motivé par un souci de réalisme économique. Le prix unitaire d’une caisse palette ne dépasse pas 120 € ht et un bac en béton enterré aurait coûté aussi cher et se serait avéré moins fonctionnel. Les aspects concernant le poste de remplissage ont été assez coûteux car il a fallu réimplanter un réseau d’eau complet qui à l’origine était éloigné d’une cinquantaine de mètres du hangar. Les deux jeunes viticulteurs ont bénéficié d’aides qui représentent environ 50 % de l’enveloppe budgétaire totale, ce qui leur fait dire qu’aujourd’hui c’est un investissement qui va s’amortir facilement : « L’investissement que nous avons réalisé au niveau de l’aire de lavage et de remplissage est-il rentable ? Après une année d’utilisation, mon frère et moi considérons que cet investissement va être éminemment rentable. C’est une réalisation pour trente ans et ramené à nos 40 ha de vignes, les 7 000 à 8 000 € ht que nous avons déboursé nous semblent peu de chose et cela nous a apporté du confort de travail. Au moment de la réalisation des traitements, le fait de remplir une cuve de 1 000 l en moins de 5 minutes nous permet de gagner beaucoup de temps et les conditions pour préparer les bouillies sont beaucoup plus agréables. Ensuite, le tracteur et le pulvérisateur sont parfaitement nettoyés en 30 minutes alors qu’avant c’était un travail beaucoup plus fastidieux. L’aire de lavage est aussi très pratique au moment des vendanges où la machine est lavée et graissée en une petite heure. Toutes ces opérations, qui ne sont pas particulièrement agréables, sont effectuées avec plus de facilité. A l’utilisation, l’aire de lavage s’avère aussi un outil très polyvalent pour monter le matériel, faire des réglages et réaliser l’entretien. Le discours positif que nous tenons sur la rentabilité de cet investissement est lié en grande partie au fait que nous avons réalisé les travaux par nous-mêmes car si nous
avions fait appel à des entreprises, la note aurait été plus “salée”. Par contre, les travaux pour réaliser une aire de lavage sont tout à fait à la portée des viticulteurs qui ont un peu l’habitude de bricoler sur leurs propriétés. »

 

Réseau Protection

du vignoble Haut de Gironde

La Cave des Hauts de Gironde a mis en place cette année un partenariat avec l’équipe de l’ITV de la Gironde qui a débouché sur la mise en place d’un réseau d’observations de parcelles non traitées sur l’aire de production de la cave. L’observation des témoins (sur la vigne et les données météo) va permettre de détecter l’apparition des principales maladies dans le vignoble (mildiou, oïdium, black-rot, botrytis) et ensuite d’en suivre l’évolution au cours de la saison. Les 6 parcelles témoins qui sont implantées sur les communes d’Anglade, de Générac, de St-Ciers-sur-Gironde, de Reignac et de St-Caprais-de-Blaye vont être suivies par les viticulteurs et M. Christian Gougourio. Chaque semaine, les résultats des observations de terrain seront transmis à l’ITV. Ces informations associées à celles recueillies dans tout le département de la Gironde permettent d’alimenter une banque de données départementale sur la protection du vignoble qui permet de valider les préconisations de lutte issues de la modélisation. En retour, l’ITV transmettra toutes les semaines un bulletin hebdomadaire de prévisions de risques départemental à la cave des Hauts de Gironde. Ce document permettra à MM. C. Gougourio et J. Ossard d’utiliser une partie de ces données pour éditer leur bulletin d’information hebdomadaire plus spécifique au contexte local du nord-Gironde. Au cours de la saison, des réunions bout de vigne vont aussi être organisées régulièrement pour aider les viticulteurs à mieux gérer leur protection (à moindre coût) et à accquérir une meilleure formation. La première aura lieu dans le courant de la première quinzaine de mai.

 Montant des aides

à la restructuration du vignoble en 2007

montant_aide.jpgLes exploitations ayant revendiqué des productions dans les appellations d’origine contrôlée Bordeaux rouge, Bordeaux supérieur rouge, Bordeaux rosé ou Bordeaux clairet, durant les campagnes 2005-2006 ou 2006-2007 (surface au moins équivalente à la surface plantée, si vous souhaitez planter des cépages rouges), peuvent bénéficier de ces aides. Les droits utilisés proviennent d’un arrachage sur l’exploitation, de parcelle(s), de densité(s) inférieure(s) à celle de la replantation. La différence de densité doit être au moins de 10 % (quel que soit le cépage de la parcelle d’où proviennent les droits sauf en cas d’arrachage de rouge pour replanter du blanc).

 

Message d’information

phytosanitaire vigne de l’adar

Pendant la période végétative, Bérengère et Stéphane rédigent chaque semaine ce message qui fait le point sur la physiologie de la vigne, les risques de maladies et les périodes d’attaque des ravageurs. Les préconisations sont issues : de la synthèse des observations d’une cinquantaine de parcelles de vignes « traitées » et de parcelles témoins non traitées dans le Blayais, le Bourgeais et le Fronsadais ; des données climatiques de 12 stations météo réparties dans les mêmes secteurs respectifs (réseau DEMETER) ; des indications des modèles de prévision des risques (MILVIT pour le mildiou de la vigne). Ce message d’information phytosanitaire est un outil d’aide à la décision basé sur un réseau d’observations locales, précises, et bénéficie des expériences et savoir-faire du réseau des conseillers viticoles de la Chambre d’agriculture de la Gironde. Abonnement au « Message d’information phytosanitaire vigne » : 260 E (208 E pour les adhérents ADAR).

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