Désherber avec de l’eau sous haute pression , une belle idée à concrétiser

14 avril 2017

        Les méthodes d’entretien des sols de l’intercep des rangs de vignes sont-elles entrain de connaître une évolution importante avec l’arrivée de la technologie de destruction de l’herbe avec des pulvérisations d’eau à très hautes pression ? L’équipement Grass-killer mis au point par la société Caffini ouvre de nouvelles perspectives qui sont en phases avec les exigences de respect de l’environnement. Le fait de proposer une nouvelle alternative aux applications d’herbicides chimique est dans l’air du temps. L’ initiative est séduisante mais son intérêt agronomique et les aspects de débits de chantiers doivent-être évalué de façon juste.

        La société Italienne Caffini a conçu un équipement de désherbage innovant, de  le Grass Killer qui permet d’entretenir de façon spécifique les cavaillons des vignes et des vergers. Le principe de fonctionnement du matériel est de pulvériser de l’eau froide à de très hautes pressions (de l’ordre de 1 000 bars à la sortie des buses) à la surface du sol. Il s’agit  d’une véritable innovation en matière de principe technologique de destruction des adventices. Les présentations de l’appareil en Charentes lors de deux journées de démonstration au début du mois de mars ont suscité à la fois de l’intérêt et aussi des interrogations. Cette nouvelle pratique d’entretien des sols représente peut-être une  alternative complémentaire aux outils mécaniques pour réduire et à terme remplacer le désherbage chimique. L’équipement Grass-killer dans sa conception actuelle ne semble pas encore totalement adapté aux exigence de recherche productivité des viticulteurs Charentais mais son principe mérité d’être étudié.

 

 

 Un concept de désherbage avec un intrant naturel : l’eau

 

        La société Caffini qui à l’origine est un constructeur de matériel de pulvérisation viticole et de grandes cultures, s’intéresse depuis quelques années à toutes les nouvelles techniques d’entretien des sols respectueuses de l’environnement. Elle a développé récemment un tunnel de pulvérisation confiné et sa situation, dans la région de Vérone, l’amène à être en contact avec de nombreux acteurs des filières viticoles et arboricoles.  La prise en compte des attentes des vignerons vis à vis de la diminution de l’utilisation des herbicides dans les vignes et dans les vergers est à l’origine  du développement de l’équipement Grass-Killer.  Ce matériel ouvre une nouvelle voie dans les moyens d’entretien des sols grâce à l’utilisation un intrant de désherbage naturel : l’eau. Le constructeur considère que le principal intérêt de l’ équipement réside dans sa capacité de destruction à la fois de la partie foliaire des herbes et des racines présentes dans la fraction de sol explorée par la pression d’eau.

 

Une tête de pulvérisation rotative et confinée

 

 L’appareil se présente sous la forme d’un pulvérisateur traîné d’une capacité de 1000 à 2000 1 équipé d’une pompe à très haute pression, d’une tête tournante intercep de pulvérisation à l’avant et d’un mécanisme de bras hydraulique télescopique escamotable et repliable (verticalement) pour passer entre les souches. La tête de pulvérisation d’une forme ronde (d’un diamètre de 50 cm) est dotée à sa face inférieure d’un disque rotatif supportant 4 buses à hautes pressions. Le disque en tournant juste au dessus la végétation, canalise le flux d’eau sous pression sur les herbes, détruit la partie foliaire et provoque un travail du sol superficiel sur une profondeur de 3 à 6 cm. La tête de pulvérisation est constituée d’une cloche extérieure renfermant le disque porteur des 4 buses. Cet élément tourne à une vitesse de 600 trs/Mn grâce à un moteur hydraulique. La coque extérieure tourne de façon mécanique lors de l’avancement de l’outil en s’appuyant sur les troncs des ceps. La destruction de la végétation est liée à la fois à la pression de l’eau à la sortie des buses et au mouvement rotatif du disque qui réparti la projection d’eau sur une largeur d’environ 40 cm. La pulvérisation s’effectue danse l’environnement confiné de la coque extérieure et seule un peu de vapeur d’eau s’échappe à la périphérie de la tête de pulvérisation. Le pilotage de l’appareil est gérée à partir d’un boîtier centralisé regroupent l’ensemble des commandes qui est positionné dans la cabine  du tracteur.


Une pulvérisation d’eau sous pression à 1000 bars

 

        L’équipement est doté de nombreux éléments de sécurité au niveau, de la pompe, des tuyauteries de transfert de l’eau et du disque de pulvérisation compte tenu des niveaux de pression très élevés. Lors des essais réalisés en Italie, les meilleurs niveaux d’efficacité ont été obtenus en utilisant des niveaux de pression en sortie de buses de 1 000 bars. En dessous cette puissance, la dégradation des fractions foliaires et racinaires devient plus aléatoire. Les tests ont aussi mis en évidence l’importance de la vitesse d’avancement sur le résultat final. Les conditions d’efficacité optimales de l’appareil ont été obtenues à des vitesses d’avancement de 2,5 à 3,5 km/h maximum. La densité de végétation et le degré de compaction des sols influencent fortement les conditions d’utilisation de l’équipement.

 

1500 l d’eau pour traiter un hectare de vigne

 

        La consommation d’eau mesurée par le constructeur est de 33 cm3 par mètre ce qui correspond à des volumes épandus de  1500 l / ha dans des vignes à 2,50 m d’écartement. L’appareil Grass-Killer dans sa conception actuelle n’est équipé que d’une seule tête de pulvérisation. Il permet donc de travailler le cavaillon d’un seul demi-rang à chaque passage. Le constructeur justifie le choix de monter un seul module de traitement par l’exigence d’utiliser des niveaux de pression de 1 000 bars. L’implantation d’une deuxième tête de désherbage nécessiterait l’installation d’une pompe à hautes pressions beaucoup plus puissante et sûrement aussi plus coûteuse.


Des interrogations au niveau des conséquences agronomiques

 

        Lors des deux journées de démonstration en Charentes (les 07 et 8 mars derniers), les conditions climatiques très pluvieuses ont rendu les conditions d’utilisation difficiles. Un public assez nombreux et intéressé par les pratiques alternatives au désherbage chimique est venu voir fonctionner le matériel Grass-Killer. Parmi les commentaires les plus fréquents, plusieurs interrogations et réflexions revenaient souvent. Après la destruction du couvert végétal, l’aptitude des plantes a recoloniser le milieu sera-t-elle rapide ? Quelle est la rémanence d’un tel traitement dans le contexte du vignoble Charentais au printemps ? Des apports d’eau importants sous le cavaillon durant les mois d’avril et mai ne peuvent-ils pas, accentuer la sensibilité à la chlorose de sols ayant de fort taux de calcaire actif et perturber l’assimilation des éléments fertilisants majeurs et secondaires ? Des projections d’eau à hautes pression à la surface du sol n’auront-elles pas des conséquences sur l’écosystème de la terre, les insectes, les vers de terres, … ? À l’inverse, l’apport d’eau en plein été pour détruire des couverts végétaux denses sera sûrement bénéfique à la plante ? Le représentant du constructeur lors des démonstrations a fait part de résultats d’essais conduits dans des vignes et des vergers en Italie à Vezzolano dans la plaine du Pô.  Deux interventions avec le désherbeur Grass-Killer au cours de la saison ont permis de contrôler la flore d’adventices de façon efficace et durable. Les contextes climatiques et de sols de cette zone ne sont sûrement comparables à ceux de la région de Cognac ?

 

Un débit de chantier aujourd’hui  limité par le traitement d’un seul demi-cavaillon

 

        Les autres interrogations fréquentes des viticulteurs  concernent les éléments de débits de chantier et les consommations d’eau. La vitesse d’avancement de 2,5 à 3 km/h et le fait de ne pouvoir traiter pour l’instant qu’un seul ½ cavaillon par passage semble être des facteurs limitant. Dans une vigne large à 3 m d’écartement, il faudrait environ 2 h 30 pour traiter un hectare. Ce temps de travail est à la fois nettement plus important que celui d’un désherbage chimique et pas  très supérieur à une première intervention de travail du sol mécanique. La notion de débit de chantier  interfère directement sur le coût d’utilisation final. Le constructeur communique peu sur le prix de vente du matériel mais celui-ci semble tout de même être assez élevé. ( 36 000 € ht pour un modèle traîné de 2000 l).  La logistique pour mettre à disposition des volumes d’eau important est aussi une préoccupation. En effet, l’emploi de 1 500 l/ha pour traiter un hectare de vignes à 3 m d’écartement nécessite d’une part, de disposer de réserves en eau suffisantes et d’autre part, d’avoir des moyens logistiques de transport et de chargement rapide. En été l’utilisation de 450 hl d’eau pour traiter 30 ha de vignes peut poser des problèmes. Les équipes du constructeur semblent vouloir prendre en considération les attentes de débit de chantier. Ils mène actuellement une réflexion sur la conception d’un modèle à deux têtes de pulvérisation qui permettait de traiter deux côtés de rangs par passage. Ce serait une évolution intéressante pour améliorer le débit de chantier et rendre  

 

La chambre d’agriculture de Charente Martime souhaite mettre en place des essais dès cette année

 

        La technologie d’entretien du cavaillon Grass-Killer est dans une phase de développement et pour l’instant, il est bien difficile d’avoir une idée juste de son intérêt réel dans le contexte du vignoble Charentais. La mise en place d’essais serait en mesure d’apporter des éléments de réponse pertinents pour apprécier les avantages et les inconvénients de cette nouvelle approche de l’entretien des sols. Les techniciens viticoles de la chambre d’agriculture de Charente Maritime souhaitent tester l’équipement en comparaison avec des itinéraires culturaux classiques pour répondre à certaines questions essentielles. Bien que le principe de pulvérisation d’eau à hautes pressions paraisse séduisant, le matériel dans sa configuration actuelle suscite de véritables interrogations : Quand et comment faut-il positionner les traitements pour les rendre pleinement efficaces ? Quelles est la tenue dans le temps du traitement ? …. .

 

Accroître le débit d chantier et avoir un prix de vente réaliste

 

        Il semble que la conception actuelle du Grass-Killer ne corresponde aux pas attentes de débit de chantier des viticulteurs. Les deux concessionnaires de l’équipement en Charentes, les Ets Ardouin à Réaux et la Motoculture Cognaçaise ont perçu à la fois l’intérêt, les interrogations et les remarques des utilisateurs potentiels de cette nouvelle technologie. Leurs souhaits sont de sensibiliser les équipes du constructeur aux spécificités de productivité des travaux du vignoble Charentais : 2 h 30 de traitements dans une vigne à 3 m ne sont pas adaptés aux réalités de propriétés de 30, 50, 80 ha, … . Le Grass-Killer ne pourra conquérir un public large dans la région de Cognac et ailleurs que lorsque l’appareil permettra de traiter deux demi-rangs par passage. Ensuite, le prix d’achat du matériel sera aussi un élément déterminant pour son développement.  Les premiers éléments tarifaires très élevés ( autour de 44 000 € pour un modèle 2000 l) risquent également d’être dissuasifs. Les équipes du constructeur semblent avoir été réceptives à ces arguments et les deux concessionnaires assurent qu’à l’automne prochain, un appareil deux demi-rangs plus compétitif sera présenté. On peut également souhaiter que d’autres entreprises s’intéressent à cette technologie de pulvérisation à hautes pressions afin de faire évoluer cette nouvelle technique d’entretien des sols.

                                       

 

 

 Créer un effet «Karcher » pour détruite la végétation et les racines

 

 La société Caffinni qui s’est fait un nom dans la fabrication d’équipements de pulvérisation investit désormais beaucoup dans la conception de nouveaux produits conciliant la recherche maximum d’efficacité et le respect de l’écologie. Elvio Arrigucci, le responsable commercial de Caffini pour le marché Français considère que le désherbeur Grass-killer est un équipement totalement en phase avec les attentes environnementales actuelles. C’est l’aboutissement d’une réflexion technologique innovante et cet équipement est protégé par plusieurs brevets Européens.

 

Prévoir la Place pour une Photo de M E Arrigucci

 

– Revue Le Paysan Vigneron : – Quels sont les éléments qui ont incité le bureau d’études de la société Caffini à s’intéresser à la conception de l’équipement Grass-Killer ?

– Elvio Arrigucci : – En Italie, les arboriculteurs et les viticulteurs sont devenus en moins de 10 ans sensibles aux problématiques de respect de l’environnement et de santé. En tant que fabricant de pulvérisateurs, la société a perçu cette évolution et essaie d’y répondre en misant sur l’innovation. L’application des produits phytosanitaires doit être abordée désormais avec plus de conscience écologique. On assiste aussi à un fort développement de la viticulture bio qui ne peut pas utiliser d’herbicides. Des clients dans les zones de vignobles nous demandaient souvent de leur proposer des systèmes de désherbage non mécanique n’utilisant pas d’intrants phytosanitaires. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire en développant un concept de pulvérisation innovant. Utiliser l’eau est au cœur de notre métier et on a voulu aller plus loin. Pourquoi ne pas détruire de l’herbe en créant un effet de « Karcher ». Le bureau d’études s’est mis sur ce dossier pendant trois ans et cela a débouché sur le Grass-Killer.

 

– R.L.P. : – Êtes-vous surpris par l’intérêt que suscite le Grass-Killer ?

– E Arrigucci : – Les ingénieurs de la société Caffini ont développé un premier prototype de désherbeur Grass-Killer en 2013 qui a été mis à disposition pendant deux ans d’un domaine viticole proche de Vérone. Ils voulaient tester la fonctionnalité et les performances en conditions réelles. Après une phase de mise au point, les remarques de ce premier utilisateur se sont révélées très encourageantes et la fonctionnalité du matériel a été validée. Le fait que le système racinaire des herbes soit détruit sur une profondeur de 4 à 6 cm confére au traitement une bonne tenue dans le temps. À partir de l’été 2015, les premières démonstrations du Grass-Killer dans les vignobles du nord de l’Italie ont suscité beaucoup d’intérêt. Les résultats obtenus sur le domaine viticole de la région Vérone avec deux applications par an (une mi-mars et l’autre en cours d’été) ont été confirmés par de nouveaux essais en 2015 et 2016 effectués par un organisme indépendant, le CNR (Conseil National des Recherches). En France, depuis la présentation du matériel l’hiver dernier, nous percevons un intérêt très fort qui dépasse nos espérances. De nombreux organismes techniques de toutes les régions viticoles veulent tester le Grass-Killer et cette forte demande nous a dans un premier temps un peu dépassé. On est entrain de mettre en place des moyens pour répondre aux divers projets d’expérimentation et aux demandes de démonstrations.

 

– R.L.P. : – Ne considérez-vous pas que le prix de vente élevé du Grass-Killer peut-être un frein à son développement commercial ?

– E Arrigucci : – Nous sommes pleinement conscients que des investissements de 40 000 à 45 000 € dans un équipement de désherbage écologique représentent des sommes importantes. Pourtant, de tels prix de ventes ne sont pas le fruit d’une volonté de recherche de profits maximum pour valoriser une innovation. Le Grass-killer est un équipement complexe à fabriquer. Les coûts de la pompe Hautes Pressions et de la cellule de traitement représentent les ¾ du prix de revient de l’appareil. Le fait de travailler à des pressions de 1 000 bars sur la végétation est indispensable pour obtenir une bonne efficacité sur la végétation. À 500 bars, les résultats deviennent aléatoires. Le transfert de volumes d’eau pulsés avec autant de puissance doit s’effectuer avec des composants de grandes qualités. Les aspects de sécurité sont essentiels. Notre souhait n’est pas de faire du Grass-Killer, « la Ferrari » du travail du sol. Par contre, si la demande de cet équipement continue d’augmenter, nous allons pouvoir aborder sa fabrication avec des méthodes plus industrielles qui permettront de rationaliser toute la fabrication et son prix de vente.

 

– R.L.P. : – Est-il possible d’envisager que le Grass-Killer puisse traiter deux ½ rangs à la fois ?

– E Arrigucci : – L’une des seules critiques de l’appareil concerne la vitesse d’avancement qui ne dépasse 2, 2,5 km/h, voire 3 km/h maximum. Or, l’eau « sur-pressée » doit avoir le temps de pénétrer dans le sol pour détruire les racines. Si le matériel est utilisé trop rapidement, seul la partie foliaire des herbes sera détruite et leur capacité de repousse sera beaucoup plus rapide. Nous sommes pleinement conscients de la nécessité d’améliorer le débit de chantier de cet équipement. Le bureau d’études travaille déjà à la conception d’une nouvelle pompe qui permettrait d’alimenter deux têtes de pulvérisations. Nous pensons présenter un nouveau modèle de Grass-Killer traitant deux demi-rangs dès l’automne prochain.

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