Désherbage chimique : L’avÈnement des stratégies de lutte raisonnées

12 mars 2009

photo_45.jpgLes pratiques de désherbage chimique en viticulture sont sans aucun doute en train d’évoluer suite à l’arrêt de la commercialisation de plusieurs matières actives de prélevée. Désormais, l’utilisation des herbicides et probablement aussi les démarches d’entretien des sols vont évoluer vers des pratiques plus raisonnées et sûrement aussi moins confortables au niveau de l’organisation du travail. Sur le plan technique, le fait de tenir compte de l’état de développement de la flore et de mieux respecter les contraintes environnementales sont des éléments majeurs qui vont devenir déterminants pour construire les nouvelles stratégies de lutte contre les mauvaises herbes. Le principe et le bien-fondé du désherbage chimique ne sont nullement remis en cause par ces évolutions, mais désormais il sera abordé dans une optique « progressiste » et beaucoup plus cohérente.

photo_45_1.jpgL’introduction du désherbage chimique, il y a plus de 25 ans, a été une évolution très importante car cela a permis de libérer les viticulteurs des travaux d’entretien du sol fastidieux tout au long de l’année. Le désherbage chimique a connu un fort développement dans le courant des décennies 70 et 80, et le fait de pouvoir accéder dans les parcelles sans se soucier des contraintes de portance du sol en début de cycle végétatif a constitué un progrès technique important. Le désherbage en plein ou d’un rang sur deux (en alternance tous les ans) a facilité le développement de la mécanisation et des économies substantielles de charges de production ont pu être ainsi réalisées. Les pratiques de désherbage ont évolué à partir du début des années 90 avec l’introduction de l’enherbement des interlignes (pour maîtriser la vigueur) et actuellement les applications d’herbicides sont en général concentrées sous les ceps. Après pratiquement deux décennies d’utilisation répétées des mêmes matières actives de prélevée, des phénomènes d’inversion de flore et l’apparition d’adventices résistantes aux triazines ont conduit à véritablement raisonner les applications d’herbicides.

Les programmes d’herbicides « systématiques » : des interventions peu coûteuses et confortables

Les vignobles de la façade atlantique sont naturellement propices au développement d’une flore d’adventices abondante et variée. Le niveau des pluviométries proche de 800 mm par an et surtout leur répartition durant la fin de l’hiver, le printemps et le début de l’été, stimulent le développement des herbes pendant des périodes où de nombreux autres travaux mobilisent les énergies. La forte adhésion des viticulteurs aux pratiques de désherbage chimique a été aussi liée au coût abordable des spécialités commerciales les plus utilisées et à la simplicité de mise en œuvre des programmes de désherbage. Au départ, il suffisait de réaliser des programmes de traitements herbicides dits « systématiques » en ne pratiquant que deux applications, la première entre la mi-mars et la mi-avril (avec des spécialités de prélevée associées à des produits foliaires de post-levée) et une seconde en juin-juillet pour contrôler les vivaces et les herbes résistantes. Jusqu’à ces toutes dernières années, la compétitivité économique et le confort d’organisation de ces stratégies de traitements systématiques n’avaient pas incité les viticulteurs et les techniciens à s’engager dans des démarches de désherbage chimique plus raisonnées par rapport au développement de la flore. Par ailleurs, la forte diminution du coût des spécialités à base de glyphosate depuis dix ans a aussi permis de disposer d’un recours efficace en cas d’échec des stratégies traditionnelles. Les techniciens ont judicieusement exploité la baisse des prix des produits à base de glyphosate ou de sulfosate pour proposer de nouvelles stratégies désherbage chimique reposant essentiellement sur des applications de ces herbicides foliaires selon l’état de développement des herbes. Ces stratégies dites d’ENM (d’enherbement maîtrisé) ne visent pas à maintenir le sol parfaitement propre mais à contrôler le développement des adventices en appliquant les herbicides foliaires au moment où le couvert végétal atteint un stade de nuisance avéré. Cette nouvelle approche de désherbage n’a pas toujours reçu un accueil large auprès des viticulteurs habitués à privilégier une gestion des désherbages avec une recherche du 100 % d’efficacité (des sols parfaitement
propres).

De nouvelles contraintes qui modifient la gestion des désherbages chimiqueS

Les récentes évolutions environnementales et réglementaires vont entraîner une remise en cause des pratiques de désherbage et peut-être aussi de la gestion globale de l’entretien des sols. Les gammes d’herbicides de prélevée se sont considérablement « contractées » et toutes les spécialités commerciales à base de triazines et de diuron vont, à court et moyen terme, être retirées de la vente. Le désherbage chimique va rentrer dans une phase plus raisonnée, plus respectueuse des contraintes environnementales mais aussi plus contraignante en terme de temps de travaux (et peut-être plus coûteuse). Il ne faut pas imaginer pour autant que l’on assiste à un retour des techniques de travail du sol traditionnelles, car le contexte économique difficile dans la plupart des exploitations ne le permet pas. Par ailleurs, l’emploi de nouveaux équipements de pulvérisation permet d’envisager une gestion des calendriers de désherbage différente et surtout plus adaptée à l’évolution de la flore d’adventices. Des systèmes de pulvérisation centrifuge permettent de réduire les doses d’herbicides utilisées au point que le coût hectare du passage des équipements devient supérieur à celui des intrants. Plus récemment est apparu une nouvelle génération de modules de pulvérisation équipés de capteurs spécifiques détectant la chlorophylle et qui déclenchent la pulvérisation seulement en présence d’herbes et l’arrêtent en présence du sol nu. Des réglages permettent le déclenchement de la pulvérisation en tenant compte de l’état de développement des adventices (la hauteur des herbes) et cela permet véritablement de localiser les apports d’herbicides. Enfin, la mise au point récente de plusieurs équipements de désherbage thermique semble aussi intéresser certains viticulteurs à la recherche d’alternatives au seul désherbage chimique. Au départ, ce sont principalement les exploitations conduites en agriculture biologique qui se sont intéressées à cette technique pour maîtriser la pousse rapide des herbes au printemps. Actuellement, il semble que le désherbage thermique capte un public beaucoup plus large et notamment des viticulteurs soucieux de gérer l’entretien des sols en alternant sur une même année des pratiques de désherbage chimique, de désherbage thermique et éventuellement un travail du sol superficiel avec des outils interceps performants.

Désherber en ayant la pleine connaissance de la flore à détruire et des caractéristiques des produits

photo_452.jpgLe retrait du marché des herbicides de prélevée à base de triazines et de diuron ne remet pas en cause le bien-fondé du désherbage chimique dans les vignes, mais elle va obliger les viticulteurs à gérer les applications d’herbicides différemment. L’enjeu du désherbage repose désormais sur un triple objectif, savoir positionner les traitements en tenant compte de la nuisance des adventices, alterner les matières actives d’herbicides pour en préserver l’efficacité dans le temps (au fil des années) et maintenir la compétitivité économique de cette technique d’entretien des sols. Des essais de la Chambre d’agriculture de la Charente ont montré que la répétitivité des mêmes programmes d’application d’herbicides (une première application d’herbicides résiduaires et foliaires au moment du débourrement et une seconde intervention courant juillet avec des spécialités uniquement foliaires) conduisait au bout de 3 à 5 ans à l’apparition d’herbes résistantes de plus en plus difficiles à détruire. Le phénomène d’inversion de flore s’amplifie proportionnellement avec la répétitivité des programmes, et naturellement la présence de quelques mauvaises herbes une année constitue un risque pour l’avenir surtout si on laisse monter ces plantes à graines. Par exemple, une seule amarante qui monte à graines peut donner l’année suivante plus de 600 nouveaux pieds. C’est d’ailleurs pour cette raison que la présence de quelques mauvaises herbes la première année de leur pousse ne constitue pas un risque en terme de concurrence pour la vigne (surtout en période estivale), mais un « pied de cuve » en matière de potentiel d’infestation qui, faute de maîtrise, peut devenir un véritable danger au bout de 2 à 3 ans (en ayant colonisé des surfaces importantes). Le positionnement judicieux des herbicides doit à la fois permettre d’éviter les phénomènes de concurrence des herbes vis-à-vis de la vigne, de limiter la pousse d’herbes dites résistantes et d’anticiper les évolutions de flore. La réduction des gammes d’herbicides a concerné des matières actives qui avaient un spectre large et donc, dans l’avenir, la gestion des produits racinaires encore autorisés devra être abordée différemment.

Avoir une gestion pluriannuelle des programmes de traitements

Jusqu’à présent, l’application des produits racinaires avait lieu en général à l’approche du débourrement pour maintenir une bonne rémanence jusqu’au début de l’été. Désormais, il conviendra d’une part de tenir compte des caractéristiques de chaque matière active pour optimiser leur application et, d’autre part, d’envisager des programmes de lutte pluriannuels pour s’adapter à la flore et tirer le meilleur profit de produits au spectre d’activité de plus en plus spécifique. Dans un avenir proche, les calendriers de traitement seront gérés d’une manière évolutive vis-à-vis du développement des herbes et des conditions d’utilisation des produits. Il ne semble pas illusoire de réaliser les premières applications de printemps uniquement avec des herbicides foliaires pour ensuite décaler dans la saison les apports de produits racinaires afin d’en diminuer la dose, de préserver leur rémanence et de les rendre compétitifs sur le plan économique. Divers essais de la Chambre d’agriculture de la Charente montrent par exemple que le Pledge (la flumioxazine), un herbicide de prélevée coûteux et préconisé habituellement en plein à la dose de 1,2 kg au mois de mars (coût/ha indicatif de 165 € ht/ha), peut être positionné durant la première quinzaine de juin à une dose réduite de 0,4 kg/ha (en utilisant des rampes équipées de caches protecteurs efficaces pour éviter les phénomènes de dérive, ce qui permet d’obtenir une bonne rémanence jusqu’à la récolte. Son coût est alors divisé par trois pour un désherbage en plein (seulement 55 € ht/ha) et pour des applications sous le rang, il devient alors encore plus compétitif. Au niveau des produits foliaires, les doses des apports doivent être modulées selon la nature de la flore et surtout le stade de développement des adventices.

Une application des herbicides évolutive et corrélée à la nature de la flore

La restriction des gammes d’herbicides va avoir comme effet bénéfique de faire évoluer les pratiques vers des stratégies plus raisonnées et plus respectueuses des contraintes environnementales. Le désherbage chimique de la vigne repose désormais sur des impératifs techniques beaucoup plus cohérents et en quelque sorte « progressistes ». La connaissance de la flore présente dans les parcelles (selon la nature des sols), celle risquant de se développer (sous l’effet de la climatologie et de la sélectivité des produits), l’appréciation juste des spectres d’activité des matières actives, la parfaite connaissance des contraintes d’application des spécialités commerciales et aussi le souci de préserver dans le temps l’efficacité des herbicides constituent des notions essentielles pour construire des programmes de désherbage à la fois efficaces et d’un coût accessible. La recherche de sols complètement propres tout au long de l’année est sans aucun doute un objectif dépassé car, techniquement, la présence d’un couvert végétal maîtrisé à l’approche des vendanges et durant l’hiver présente de nombreux intérêts qualitatifs et agronomiques. La prise en compte de tous ces éléments plaide en faveur d’une gestion des pratiques de désherbage évolutives et corrélées au développement de la flore. Les techniciens travaillent depuis plusieurs années ces types de stratégies et leur conclusion en démontre la validité technique et économique. Il est possible de construire des programmes de lutte raisonnée sans pour autant avoir des coûts prohibitifs.

L’alternance des stratégies et des matières actives : deux éléments essentiels

photo_453.jpgLes services de la Chambre d’agriculture de la Charente ont mis en place des plates-formes de désherbage chimique depuis plusieurs années sur lesquelles des programmes ont été construits sans aucun herbicide de prélevée de la famille des triazines. M. Yoann Lefèvre, le jeune technicien qui a en charge le suivi de ce dossier, considère d’une part que la recherche du 100 % d’efficacité est une notion dépassée et, d’autre part, que l’alternance des stratégies et des matières actives est la voie d’avenir. En effet, l’historique du parcellaire notamment au travers de la nature des sols et des programmes de désherbage antérieurs provoque une sélection du type de flore qui doit être contrôlée en alternant les stratégies de lutte dans le temps et probablement en se projetant sur des raisonnements pluriannuels. La notion d’alternance des stratégies de traitements est une approche un peu nouvelle qui permet sur plusieurs années d’alterner successivement des programmes construits autour de matières actives de prélevée (au débourrement ou plus tard en saison) et ensuite des approches essentiellement foliaires de type ENM. Il semble que, contrairement à certaines idées reçues, une synergie d’efficacité positive apparaisse entre ces deux types de stratégies pour contrôler l’évolution des flores résistantes Par ailleurs, l’époque des programmes de désherbage unique au sein d’une exploitation d’une certaine surface est un concept dépassé du fait de la nécessité de gérer les programmes selon l’évolution de la flore. Contrairement à certaines idées reçues, la mise en œuvre de ces stratégies est compétitive sur le plan économique dans la mesure où, à certaines époques de l’année, les viticulteurs acceptent d’une part de voir leur sol colonisé par une flore d’adventices non concurrentielle pour la vigne et, d’autre part, de gérer la réalisation des travaux avec plus de réactivité. La Chambre d’agriculture dispose actuellement de suffisamment de recul pour proposer des solutions techniques sur des sols aussi différents que les terres de champagnes et les groies. A titre d’exemple, nous publions une stratégie de désherbage raisonnée sur 5 ans qui permet de contrôler les coûts et la flore.

photo_454.jpgL’application d’herbicides est généralement réalisée avec des rampes peu coûteuses équipées de buses à fentes ou de buses miroir performantes. Il existe une gamme de jets qui permet de moduler facilement les volumes de bouillie épandus. La généralisation des traitements en pleine végétation a été optimisée par l’utilisation de rampes équipées de caches ou de cônes protecteurs qui réduisent l’incidence du vent sur le flux de pulvérisation.

La rampe de pulvérisation centrifuge ouvre des possibilités en matière de réduction des doses d’herbicides

photo_455.jpgIl y a quelques années, l’apparition de la rampe UNDAVINA équipée d‘un système de pulvérisation centrifuge (CDA) a permis d’aborder l’application des herbicides à des volumes de 15 à 30 l de bouillie par hectare en plein. Cela a constitué une innovation dans le principe même de l’application des produits et également dans l’approche des stratégies de lutte. Cette technologie est largement utilisée en Australie sur diverses cultures et en vigne elle a été développée au départ pour la mise en œuvre des stratégies ENM. La société CDNM Import de Ludon-Médoc en Gironde est l’importateur exclusif de ce matériel en France et en Europe. Le système de pulvérisation centrifuge (dont le fonctionnement électrique facilite les réglages) crée une micronisation extrême des gouttelettes (d’une taille comprise entre 60 et 80 microns) qui sont littéralement éjectées dans un nuage homogène et totalement confiné à l’intérieur d’un dôme. Ce principe permet de multiplier le nombre d’impacts de pulvérisation sur la végétation à traiter et donc d’augmenter fortement la surface couverte. La capacité de pénétration du flux de pulvérisation est optimale avec des niveaux de bouillie appliqués de seulement 15 à 30 l/ha et à une pression de liquide basse de 0,6 à 0,7 l/ha. Avec des volumes de bouillie supérieurs et des pressions plus élevées, le spectre de gouttelettes de pulvérisation devient beaucoup plus irrégulier et moins performant. Les gouttelettes de liquides sont littéralement fragmentées par la rotation du cône de pulvérisation qui tourne à 6 000 tours/mn. Le désherbage en plein d’un hectare de vigne à 3 m peut être réalisé avec seulement 20 à 25 l de bouillie. L’utilisation de la rampe pour un désherbage sous le rang nécessitera moins de 10 l de bouillie/ha. L’étanchéité du dôme de pulvérisation complètement fermé lui permet d’être quasiment insensible aux effets de dérives et les traitements peuvent être réalisés en présence de vent sans aucun risque. Un système de régulation de débit est monté sur chaque tête centrifuge afin de pouvoir contrôler en permanence les débits réellement appliqués et le bon déroulement de la pulvérisation. Le matériel fonctionne grâce à une petite pompe électrique de 12 volts montée à la sortie du bidon de 60 l. Les têtes de pulvérisation tournent sur elles-mêmes et au contact des ceps de vignes, et un système d’effacement complémentaire permet aux dômes de contourner les vieilles souches ou les ceps tordus. Les modules de désherbage se montent indifféremment à l’avant, à l’arrière ou entre les roues des tracteurs interlignes et le matériel s’utilise normalement entre 6 et 8 km/h si l’état de la surface du sol le permet. L’encombrement réduit du bidon et de tout l’équipement permet d’envisager la réalisation du désherbage simultanément à d’autres travaux comme les broyages d’herbes, le travail du sol de l’interligne des rangs ou les rognages. Le principe de la rampe UNDAVINA a été conçu au départ pour l’utilisation des herbicides foliaires du type glyphosate, sulfosate et aminotriazole pour maîtriser des couverts végétaux ne dépassant pas 15 à 20 cm de hauteur. Au vu des essais et des cinq années d’utilisation, les responsables de l’entreprise estiment que les têtes de désherbage UNDAVINA permettent d’obtenir une bonne efficacité pour un désherbage de type ENM en plein avec des doses de produits diminuées de moitié par rapport à l’utilisation de rampes traditionnelles (seulement 3 à 4 l/ha de glyphosate ou de sulfosate et 5 l/ha d’aminotriazole avec des volumes de bouillie épandus en plein de l’ordre de 25 l/ha). Dans certaines régions viticoles, des pulvérisations d’herbicides de contact à base de paraquat (le Gramoxone) ou de glyphosinate (le Basta) ont été réalisées avec succès avec des apports de seulement 3 l/ha de produits commerciaux (pour un désherbage en plein). Plus récemment, des essais d’application d’herbicides de prélevée ont été réalisés avec des produits comme le Pledge et le Devrinol, et les premières conclusions semblent encourageantes en terme de réduction de dose et d’efficacité (pour des applications de pré-débourrrement ou de fin mai début juin avec le Pledge). M. Claude Vernet, de l’ITV, qui a réalisé des expérimentations de la rampe UNDAVINA pendant plusieurs années, confirme la qualité et l’homogénéité de la pulvérisation de ce système centrifuge. Le flux de bouillie est effectivement concentré par le dôme sur la végétation à traiter. Dans les essais de l’ITV, l’efficacité et la bonne rémanence du désherbage en plein avec des volumes de bouillies de 20 l/ha et des doses normales de produits ont été régulièrement confirmées. Actuellement, le constructeur annonce avoir vendu en France plus de 800 équipements UNDAVINA au cours des cinq dernières années, avec un intérêt plus marqué dans les vignobles du Bordelais et dans le Midi de la France. Le prix d’achat des équipements UNDAVINA relativement élevé (3 125 € ht pour un module 2 têtes, un bidon de 60 l, le système de régulation, le boîtier de commande et le tout non monté sur le tracteur) par rapport aux rampes de désherbage classiques avait jusqu’à présent limité l’extension de cette technique dans des vignobles comme les Charentes. La remise en cause des programmes de désherbages systématiques à faible coût risque dans les années à venir de plaider en faveur de cet équipement de désherbage plus raisonné.

Un détecteur optique qui déclenche la pulvérisation seulement après avoir repéré la présence d’herbes

photo_456.jpgLa deuxième évolution technologique importante en matière d’application d’herbicides vient de Suisse où la société Avidor distribue en Europe une tête de traitement à détection sélective fabriquée aux États- Unis. Toute l’innovation de ce procédé réside dans le fonctionnement de la buse de pulvérisation qui est gérée automatiquement par un détecteur optique de végétation. L’émission de rayon infrarouge détecte la présence de chlorophylle (les organes végétaux absorbent la lumière naturellement pour la photosynthèse) et déclenche immédiatement la pulvérisation avec un temps de réaction instantanée. Le procédé offre l’avantage de pouvoir exclusivement limiter les apports d’herbicides sur les herbes et d’éviter de pulvériser du produit sur les fractions de sols propres. L’autre particularité de l’équipement est de pouvoir régler la cellule de détection pour déclencher la pulvérisation sur des herbes de différentes hauteurs. Il est possible par exemple de ne traiter que les herbes faisant plus de 15 cm de hauteur. Le sélecteur analyse la surface du sol grâce à ses deux capteurs optiques et infrarouges, mais c’est l’utilisateur qui fixe les caractéristiques du déclenchement de la pulvérisation. L’intérêt de ce matériel réside dans la capacité à pouvoir cibler les applications d’herbicides à l’intérieur d’une même parcelle uniquement sur les zones colonisées par l’herbe et en limitant éventuellement le traitement aux herbes les plus développées. Ce matériel apporte un nouveau degré de précision à la conduite, et le raisonnement du désherbage et l’application des herbicides foliaires pourront être gérés d’une manière encore plus ciblée en réalisant des économies de produits sans sous-doser. Le fait de pouvoir réaliser véritablement un désherbage beaucoup plus sélectif à l’intérieur d’une même parcelle va sûrement permettre de pousser plus loin le raisonnement des stratégies de type ENM. En Suisse, le matériel est utilisé depuis plusieurs années dans le vignoble et aussi auprès des services d’entretien des chemins de fer, des routes et des aéroports. Les premiers essais ont eu lieu en France l’été dernier et des expérimentations officielles seront réalisées cette année avec l’ITV. L’appareil peut-être monté sur toutes les cuves et les pompes de pulvérisateurs existantes. L’ensemble capteur et buse de pulvérisation qui est protégée par une coque en PVC rigide se monte sur des bras articulés d’une rampe de désherbage classique. Les têtes de désherbage peuvent être protégées par des dômes, ce qui rend la pulvérisation beaucoup moins sensible aux effets du vent. Le constructeur commercialise un petit réservoir et une pompe électrique pour adapter le matériel à l’avant ou entre les roues des tracteurs afin de permettre de réaliser le désherbage en même temps que d’autres travaux. Il semble que le constructeur américain soit en train de développer une nouvelle génération de pulvérisateurs viticoles dont le fonctionnement utiliserait ces nouveaux capteurs de végétation.

un intérÊt plus marqué pour le désherbage thermique

Le désherbage thermique est aussi une des techniques d’entretien des sols alternative au désherbage chimique. Le principe, bien que paraissant intéressant, n’avait pas réellement trouvé un écho favorable auprès des viticulteurs jusqu’à ces dernières années du fait de la conception des équipements peu adaptés à des utilisations intensives. Seules des exploitations conduites en aérobiologie et de petites unités viticoles se sont intéressées dans un premier temps à cette pratique d’entretien de sols. La réalisation d’un désherbage thermique s’apparente en terme d’efficacité sur les herbes à une application d’herbicide de contact (glyphosinate ou paraquat). L’élévation de température doit atteindre 80 °C pour assurer la destruction des protéines végétales. L’impact de la chaleur détruit seulement les parties foliaires et pas le système racinaire des herbes. La rémanence dans le temps d’un désherbage thermique est directement liée à la capacité de repousse des plantes, et généralement sous nos climats 3 à 5 applications sont nécessaires pour contrôler la flore du mois de fin février à la fin octobre. Les interventions s’avèrent d’autant plus efficaces et moins coûteuses quand elles sont réalisées sur des herbes en début de développement. Par exemple, il ne faut pas attendre que le couvert végétal atteigne 15 cm de hauteur pour intervenir car la destruction d’une telle flore nécessite beaucoup plus d’énergie et de temps (une vitesse d’avancement réduite lors de l’opération). Actuellement, les principaux équipements commercialisés permettent de travailler à une vitesse d’avancement de 2,5 à 3 km/h sur une végétation ne dépassant pas 10 cm de hauteur et en conditions sèches. Beaucoup de viticulteurs intéressés par cette technique considèrent que ces niveaux de vitesses d’avancement représentent un handicap en matière de productivité du travail, d’autant qu’il n’est pas possible de réaliser ce travail simultanément à d’autres interventions. Ces dernières années, des partenariats se sont créés entre les principaux fournisseurs de gaz et des constructeurs de brûleurs et de rampes de désherbage qui ont mis en commun leur savoir-faire pour concevoir des outils de désherbage thermique plus adaptés à des utilisations intenses tout au long de la saison. En effet, au départ la réalisation de désherbage thermique a provoqué la formation au-dessus des brûleurs des dégagements d’air chaud qui occasionnaient des phénomènes de grillure au niveau de la végétation (sur les feuilles et les grappes). Les constructeurs ont remédié à ce problème en montant des déflecteurs qui éloignent les dégagements d’air chaud de l’axe central des rangs. Il existe sur le marché deux types de brûleurs, alimentés en phase liquide ou en phase gazeuse.

photo_456_1.jpgphoto_457.jpgLa société Primagaz a travaillé avec les établissements Souslikoff à la mise au point d’un équipement fonctionnant au gaz liquide. L’appareil est proposé dans une version sur trois points avec deux modules de traitements interceps et une réserve de gaz de 62 kg ou de 300 kg. La largeur désherbée sur chaque côté de rang est d’environ 30 cm et dans des vignes à 2,50 m d’écartement, la consommation de gaz est d’environ 40 kg/ha (sur une végétation de moins de 10 cm de hauteur). La société Souslikoff a monté des équipements sur des tracteurs enjambeurs qui permettent de traiter en plein deux rangs complets. La société Butagaz a développé un partenariat avec les constructeurs 2 Elbam (pour les brûleurs) et Delorier au niveau de la conception des rampes. Cela a débouché sur la commercialisation d’un appareil fonctionnant en phase gazeuse, ce qui sur le plan de la sécurité est plus simple à mettre en œuvre. L’équipement complet pour des tracteurs interlignes est constitué d’une rampe de traitement deux demi-rangs montée sur des bras articulés (se positionnant entre les roues ou à l’avant) et une citerne de 500 l sur trois points. Les niveaux de consommation de gaz sont sensiblement équivalents aux autres matériels. La société Delorier a aussi monté un équipement de désherbage thermique de deux rangs complets sur un châssis de MAV qui va être utilisé en tant qu’outil d’entretien de l’interceps prioritaire sur une exploitation d’une vingtaine d’hectares en Charente. Ce site va être en quelque sorte une plate-forme d’expérimentation en grandeur nature de cette nouvelle approche d’entretien des sols.

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