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De nouvelles recherches sur la Nécrose Bactérienne

27 décembre 2008

j_1962.jpgLa nécrose bactérienne est une maladie qui concerne préférentiellement trois vignobles en France, les Charentes, le Roussillon et l’Armagnac. Dans le Bordelais, elle n’a été identifiée que dans deux communes des Côtes-de-Blaye sur de l’Ugni blanc et du Colombard, alors que le Merlot et le Cabernet semblent beaucoup plus tolérants. L’implantation trop régionale de cette maladie a pendant longtemps constitué un handicap pour le développement de recherche fondamentale, mais, depuis deux ans maintenant, des travaux scientifiques sur la nécrose bactérienne ont été mis en œuvre par l’INRA d’Angers en partenariat avec la Station Viticole du BNIC et l’équipe du SRPV de Cognac. Il semble aussi qu’une firme phytosanitaire s’intéresse à ce petit marché puisqu’une démarche d’homologation d’une nouvelle spécialité phytosanitaire est à l’étude.

La nécrose bactérienne possède à la fois la capacité de se montrer très discrète pendant quelques années et ensuite de réapparaître dans les parcelles à la faveur de conditions climatiques favorables, d’une réduction de la protection cuprique en début de saison ou de nouvelles contaminations suite à des interventions travaux mécaniques comme les vendanges (avec des vendangeuses travaillant sur des zones différentes et transportant les bactéries contaminatrices). En Charentes, on peut d’ailleurs penser que le fort développement de la récolte mécanique sous la forme de prestations de services (CUMA ou entreprise de travaux agricoles) a contribué à la dispersion de la maladie dans le vignoble. L’Ugni blanc, le Colombard, le Grenache, l’Alicante Bouchet sont des cépages sensibles et les assemblages avec le porte-greffe Fercal amplifient les risques de sensibilité. L’agent responsable de la nécrose bactérienne est une bactérie, la Xyphilus-Ampelinus, qui est présente dans la plupart des plantations sans pour autant que les souches extériorisent des symptômes. Elle se conserve dans les bois de taille en hiver, ce qui justifie leur brûlage dans les parcelles fortement infestées. La réceptivité de la vigne à la nécrose bactérienne se concentre sur deux périodes majeures : l’une, précoce en saison en pré et post-débourrement, et l’autre, en fin de cycle végétatif au moment de la récolte.

La bactérie présente d’une manière très aléatoire sur les souches

Au printemps, la vigne devient fortement réceptive dès le gonflement des bourgeons à partir de la fin mars jusqu’au stade 12 (5 à 6 feuilles étalées et grappes visibles), mais les années de fortes pressions de maladie les ceps sont réceptifs jusqu’au début de la floraison. Dés le réveil de la végétation, les premières pleurs émis par les souches contaminées sont porteurs de bactéries à des concentrations très variables. La bactérie semble présente d’une manière très aléatoire dans les souches contaminées, ce qui rend difficile sa détection. Il faut prélever des fragments de sarments extériorisant des symptômes pour la détecter alors que les pousses concomitantes saines peuvent en être totalement indemnes. La reconnaissance des symptômes en début de cycle végétatif n’est pas non plus toujours facile à réaliser, surtout lorsqu’ils sont encore discrets et légers. La présence de bourgeons ayant un aspect chétif ou se desséchant peut être assimilée à d’autres problèmes parasitaires (maladie des bois) ou un développement physiologique perturbé par une climatologie défavorable. Par ailleurs, un cépage comme le Colombard extériorise des symptômes très discrets en début de végétation, ce qui complique aussi le repérage. Par ailleurs, la présence de bactéries dans une souche ne signifie pas pour autant que ce cep va extérioriser des symptômes. Les mécanismes de l’expression de la maladie après sa détection sont donc méconnus.

L’INRA d’Angers a lancé un programme de recherche fondamentale depuis 2 ans

Le redémarrage depuis deux ans d’un programme de recherche sur la nécrose bactérienne à l’INRA d’Angers a pour objectif de mieux comprendre la dynamique de colonisation d’un plant de vigne par les bactéries, d’étudier la relation entre l’expression des symptômes et la dispersion des bactéries dans les parcelles, et aussi de mettre au point une méthode d’évaluation des produits de traitements en serre. En effet, comme la nécrose bactérienne est une maladie de quarantaine, il n’est pas possible de réaliser des expérimentations au champ. Charles Manceau, l’ingénieur de l’INRA d’Angers qui pilote les recherches sur la nécrose bactérienne, a dû réaliser un travail fondamental sur le plan biologique pour mettre au point des méthodes de détection des bactéries dont « la pousse » lente en laboratoire représente une difficulté supplémentaire. Au sein du laboratoire de Ch. Manceau, un travail de thèse sur la maladie a été également commencé par une étudiante, Sophie Grall. Cette étude, commencée en janvier 2000, a pour objectif de comprendre la répartition des bactéries dans les ceps et d’identifier les facteurs qui interviennent sur sa multiplication. Les premiers résultats de ces travaux ont permis de montrer que la bactérie se développe dans les vaisseaux du bois et progresse vers les troncs des souches en ayant parfois la capacité de se déplacer à contre-courant de la sève.

Des expérimentations menées conjointement avec la Station Viticole du BNIC

L’équipe de l’INRA travaille en collaboration avec la Station Viticole du BNIC. Une première expérimentation a été mise en place à Saint-Preuil sur un foyer récent et peu infesté, pour suivre l’évolution des contaminations et établir une corrélation entre la présence de bactéries dans les souches et l’extériorisation des symptômes. Un deuxième essai a été mis en place sur un foyer historique de nécrose à Sigogne, pour suivre quantitativement les populations de bactéries dans les pleurs entre la mi-mars et la fin avril. L’observation de la dynamique de production de bactéries pendant toute la durée d’émission des pleurs représente une piste de travail fondamentale pour mieux cerner les périodes de risques maximales de contamination et, par voie de conséquence, affiner la conduite de la protection préventive. Claudie Roulland, l’ingénieur qui a en charge le suivi de cette étude à la Station Viticole du BNIC, considère que ces expérimentations, commencées seulement depuis deux ans, ne permettent pas encore de tirer des conclusions fiables.

Le traitement à l’eau chaude détruit la bactérie et un nouveau produits préventif devrait être homologué dans l’année qui vient

L’un des premiers résultats concrets de tous ces travaux concerne le moyen de pouvoir éliminer les bactéries présentes dans les bois destinés au greffage grâce au traitement à l’eau chaude. Le fait de plonger les fagots de sarments pendant 45 minutes dans une eau à 50 °C permet de détruire la bactérie Xyphilus-Ampelinus. Un autre volet du travail de recherche de l’INRA d’Angers a été consacré à la lutte chimique proprement dite, puisqu’une société phytosanitaire s’est intéressée à cette maladie. L’application de traitements cupriques à des concentrations différentes selon les stades végétatifs permet d’assurer une bonne protection préventive.

La société Rohm & As avait mis au point une nouvelle spécialité commerciale (associant du mancozèbe à une dose de cuivre réduite) qui était en cours d’homologation. Le rachat de cette société par le groupe Dow AgroScience n’a pas enterré le dossier du futur « manco-cuivre » qui devrait aboutir dans le courant de l’année. L’intérêt d’associer les deux matières actives est d’obtenir une bonne efficacité avec des concentration réduites des deux substances de base. Ce bonus d’efficacité a été observé sur la nécrose bactérienne mais aussi sur le mildiou et l’excoriose, et à priori cette spécialité aura un spectre d’efficacité sur les trois maladies citées précédemment.

Un essai du SRPV de Cognac qui met en évidence les fortes fluctuations d’expression de symptômes d’une année à l’autre

L’équipe du SRPV de Cognac a réalisé depuis trois ans un essai en grandes parcelles sur trois sites (Lussac, Brie-sur-Archiac et Saint-Sulpice-de-Cognac) pour suivre le comportement de la maladie et tester certaines approches de méthodes d’expérimentations. Les notations ont eu lieu chaque année durant la première quinzaine de juin sur un nombre de souches très important (plus de 1 000 pas site) afin de s’adapter aux fortes variations d’expression de symptômes dans les parcelles.

Au bout de ces trois campagnes d’observations, Patrice Rétaud, le responsable de l’antenne SRPV de Cognac et Bernard Robert, son collègue et également rapporteur national sur la nécrose bactérienne, constatent que le nombre de pieds exprimant des symptômes est à peu près stable mais par contre leur localisation dans la parcelle varie fortement d’une année à l’autre. Certaines souches exprimant des symptômes une année semblent ensuite indemnes l’année suivante et il n’est pas rare de constater qu’au bout de trois ans, plus de 40 % des ceps d’une même parcelle soient porteurs de la maladie. La nécrose bactérienne est donc une maladie dont le niveau de fluctuation des symptômes varie fortement selon les années. Une climatologie humide en avril et en mai semble favoriser les contaminations de proximité, car les pluies et le vent jouent un rôle de vecteur des bactéries en projetant des gouttes de pleurs (de la sève) infectées sur des souches concomitantes et même sur plusieurs dizaines de mètres. La réalisation de prétaillage et de tailles tardives durant des périodes où la vigne « pleure » accentue les risques de dissémination de la maladie.

Bibliographie :

– INRA d’Angers, Charles Manceau.

– SRPV de Cognac, Patrice Rétaud et Bernard Robert.

– Station Viticole du BNIC, Claudie Roulland.

– Société Dow AgroScience, Jean-Pierre Lefèvre.

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