la banque A Du Crédit

21 mars 2009

François Macé, directeur général du Crédit Agricole Charente Périgord, confirme que la banque verte ne lève pas le pied dans le financement des investissements.

« Le Paysan Vigneron » – En tant que banquier, quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

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François Macé

François Macé – La crise des subprimes a été mal évaluée. En juin 2007, tous les experts s’accordaient sur un chiffrage de 100 milliards de dollars. Ce chiffre est largement dépassé aujourd’hui, ce qui a pour effet de jeter le doute alors que les banques ont maintenant une vision plus précise de leur exposition aux subprimes. Cette crise est très complexe, du fait des phénomènes de titrisation et de sophistication des montages financiers qui ont disséminé dans les actifs des banques des créances dépréciés ou dépréciables. La régulation internationale n’a pas été suffisamment forte sur les activités de marché : les produits à effet de levier, parfois peu corrélés à l’activité économique, se sont répandus dans l’ensemble du système financier.

« L.P.V. » – Par sa filiale Calyon, le groupe Crédit Agricole SA a été rattrapé par la crise financière.

F.M. – La Banque de financement et d’investissement représente moins du quart de l’activité du groupe Crédit Agricole. Le problème de Calyon est connu, circonscrit. Le plan de redressement a été mis en place et la gestion est recentrée sur les métiers d’accompagnement de nos clients. La crise des liquidités, on ne la vit pas de la même façon que ces établissements américains qui étaient totalement dépendants des marchés financiers.

« L.P.V. » – Pourquoi la banque verte s’est-elle, à un moment donné, retrouvée sous le feu des médias ? Fut-elle la seule concernée par les revers du marché financier ?

F.M. – On assiste à la disparition du modèle de banque d’affaires indépendante. Je pense qu’il faut répondre, rassurer et dire que le système bancaire français n’a rien à voir avec le système américain. En France, nous sommes assis sur un principe de banque universelle qui regroupe la banque de détail, la banque de réseau, les services financiers spécialisés, la gestion des valeurs mobilières, etc. Un système qui prend appui sur plusieurs piliers ne repose pas, par définition, uniquement sur la Banque de financement et d’investissement (BFI) tels qu’étaient les mastodontes américains qui se sont effondrés.

« L.P.V. » – Pour le sociétaire lambda, ces problèmes peuvent-ils représenter un danger potentiel ?

F.M. – Les caisses régionales de Crédit Agricole sont des banques de plein exercice, indépendantes les unes des autres. Chacune, à son niveau, prête une grande partie de ce qu’elle a elle-même collecté. A la marge Crédit Agricole SA, détenu à 54,4 % par les caisses régionales, offre les ajustements nécessaires. Avec 720 millions de fonds propres, la caisse régionale Charente-Périgord jouit d’une bonne structure de bilan. Son ratio de solvabilité (tier one) est de 12,8 % alors que la norme s’élève à 8 %. Qui plus est, toutes les caisses régionales se contre-garantissent entre elles et bénéficient du soutien potentiel de Crédit Agricole SA. En 2007, le groupe Crédit Agricole a généré 6 milliards d’euros de bénéfice et 2,5 milliards sur les 9 premiers mois de 2008.

« L.P.V. » – Le Crédit Agricole ne va donc pas arrêter de prêter à ses clients.

F.M. – Non seulement nous n’arrêtons pas de prêter mais sur le marché agricole, nous avons enregistré une hausse de nos crédits de 10 % à fin septembre par rapport à l’an dernier. Nous n’avons aucun blocage pour accompagner nos clients sur leurs projets. Concernant la situation actuelle, je crois qu’il faut être vigilant sur ce qui peut se passer, sans nourrir pour autant d’inquiétude excessive. En tant que banque de terrain, ancrée sur son territoire, nous sommes capables de prendre la juste mesure de notre environnement économique. Nous disposons depuis des années d’outils de suivi très précis de notre clientèle, repères qui nous permettent d’avoir une démarche très professionnelle dans l’analyse transversale de la filière. Pour l’instant, nous n’avons pas constaté de dégradation des trésoreries sur les exploitations viticoles. Il faut effectivement gérer la hausse des impôts et de la MSA mais ce mouvement, nous l’avions largement anticipé.

« L.P.V. » – Aujourd’hui, sur quels critères raisonnez-vous l’octroi d’un prêt ?

F.M. – Aujourd’hui comme hier, nous raisonnons toujours en termes de capacité de remboursement, sans oublier la marge à prévoir pour les prélèvements privés. Cette capacité de remboursement s’apprécie à l’aide d’un faisceau d’indicateurs – historique de l’exploitation, production moyenne sur plusieurs années, prix de vente, prévisionnel … – et repose toujours sur une relation triangulaire entre le client, son banquier et ses conseillers. Nous ne finançons jamais un investissement sur la valeur d’actif mais toujours sur la capacité de remboursement du client et sur la qualité du projet.

« L.P.V. » – Depuis deux ans, la production viticole n’est pas à l’optimum. Quelle interprétation en tirez-vous ?

F.M. – La capacité de production est un élément que nous abordons de manière très fine. Régulièrement nous demandons à des élèves ingénieurs de travailler à fond le sujet. Le renouvellement du vignoble fait partie des axes forts de financement, comme l’aspect transmission sur lequel nous avons construit une expertise reconnue qui porte ses fruits et accompagne nos clients dans leur réflexion. Sur l’année 2008, nous avons réalisé quelques grosses opérations foncières et déjà plusieurs opérations de transmission significatives. Quant aux prêts matériels
AGILOR, ils ont progressé de 30 %.

« L.P.V. » – Et le portage du stock ?

F.M. – Depuis des années, nous développons un système de warrants adossés à des contrats du négoce. A ce titre, nous partageons une approche totalement commune avec nos collègues de Charente-Maritime. Une relation contractuelle permet de sécuriser le revenu de l’exploitation. Si en période de forte demande, une exploitation peut avoir la tentation de fonctionner sans Bonne Fin, dès que la période se durcit, cela devient plus compliqué. A Cognac, le stock a toujours constitué une sorte de trésor de guerre. Mais sa réalisation suppose d’être très précis sur le suivi fiscal et social. Au sein du pôle Cognac, nous disposons d’une équipe apte à accompagner la clientèle dans son approche patrimoniale du stock.

« L.P.V. » – Comment percevez-vous le « risque Cognac » ?

F.M. – Face à une plante pérenne comme la vigne, il convient d’avoir une stratégie moyen terme. Bonnes et moins bonnes années se succèdent, par le simple fait des aléas climatiques. Ce qui se vérifie en agriculture est encore plus impactant en viticulture où la récolte n’est jamais un aboutissement. Il faut encore vinifier, conserver le vin et, dans le cas du Cognac, distiller et faire vieillir. Nous sommes en présence d’une chaine de valeur complète dans le temps. A coup sûr, cette chaine conditionne la stratégie de développement régional.

Le Cognac Et La Crise Vus Par François Macé

« Je crois qu’il est un peu tôt pour juger de l’impact de la crise. Sur le marché du Cognac, je remarque que si les quantités commercialisées en 2008 ont sensiblement diminué par rapport à 2007, en terme de chiffre d’affaires, ce n’est pas tout à fait le cas. La baisse est bien moindre. Le niveau de stock, de plus en plus conséquent, peut aussi indiquer que les maisons de négoce préservent leur activité pour l’avenir. A travers cela, s’exprime une certaine vision du marché du Cognac en Europe, Asie, Russie, Etats-Unis. Les négociants sont sans doute ceux qui possèdent la meilleure perception du commerce et, à les écouter, ils ne semblent pas terriblement inquiets. En ce qui concerne la viticulture, les achats en volumes restent assez importants. L’inquiétude de la viticulture me paraît moins liée à un problème d’écoulement qu’à une augmentation des coûts de production, consécutive à la hausse des intrants associée, en 2008, à une pression maladie élevée. Cependant, depuis trois ans, nous ressentons une volonté d’investir, aussi bien de la part des producteurs que des activités connexes, tonnellerie, etc. En 1998-2000 déjà, un rattrapage d’investissement s’était manifesté mais de nature différente me semble-t-il. Aujourd’hui les entreprises réalisent une mise à niveau raisonnée de leurs équipements. De même, les professionnels ont su tirer les enseignements des années 90. Le portage du stock se réalise de manière optimisée et beaucoup plus prudente. D’ailleurs, il se fait en concertation avec les banques. Je note également bien plus de stocks adossés au négoce. Il n’y a plus de ligne de financement « en blanc ». En terme d’accès au crédit, il n’existe aucune restriction. Une banque universelle comme la nôtre prête ce qu’elle collecte. La baisse des liquidités financière sur le marché global ne l’affecte donc pas, sauf par le prisme des intérêts bancaires, un peu plus élevés. Sur le renouvellement du vignoble, la transmission et la reprise d’exploitation, il y a une vraie problématique à gérer et nous nous inscrivons dans cette politique. Nous finançons les projets, à partir du moment où ce sont de bons projets. La filière du Cognac au sens large – viticulture, négoce, industries annexes – constitue un véritable pilier de l’économie du Poitou-Charentes. Certes elle connaît des crises, des situations plus délicates que d’autres. Mais depuis 2002-2003, elle a démontré une certaine robustesse et une capacité de résistance qui font d’elle l’un des moteurs de l’économie régionale. »

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