CRINAO, le socle régional INAO

14 avril 2017

L’installation du nouveau Comité régional INAO (CRINAO) du Bassin Charentes-Cognac a eu lieu le 6 mars dernier, pour une durée de cinq années. Pour la première fois, une personne issue du monde du négoce est nommée à la présidence d’un CRINAO : Florent Morillon (société Hennessy). Ceci dit et conformément aux règles de l’INAO, celui-ci est nommé « intuitu personae », pour ses qualités propres. Le rôle d’un président de CRINAO – « Travailler pour l’intérêt général, en toute indépendance ». Interview de Florent Morillon, président du CRINAO Charentes-Cognac.

Le renouvellement des Comités régionaux INAO intervient tous les cinq ans. Comment cela se passe-t-il ?

Notre Comité régional compte vingt personnes, dix de la production et dix du négoce. Ses membres sont nommés par le Ministre de l’agriculture, sur proposition de la profession.  Les noms ne sortent pas de nulle part. Au préalable il y a eu un consensus entre les ODG et les interprofessions, en l’occurrence celles du Pineau des Charentes et du Cognac. Pour information, les vins IGP comme le Vin de pays charentais, pourtant vin sous signe de qualité, ne rentrent pas dans le périmètre des Comités régionaux. Même chose pour les autres appellations du territoire, ici les pommes de terre de l’Île de Ré, le beurre AOP Charentes-Poitou…Le système des Comités régionaux ne concerne que le secteur viticole.

Pour revenir plus précisément à la question, une liste de noms émanant de la profession est transmise à la Direction régionale de l’agriculture qui, elle-même, la soumet au Ministère de l’agriculture. Les membres sont nommés « intuiti personae », pour leurs « qualités propres » selon la traduction habituelle. Cela signifie qu’ils travaillent dans l’intérêt général et en totale indépendance.

Y a-t-il un vote pour désigner le président ?

Non. Lui aussi est nommé par le Ministre. Cela dit, ce n’est pas là non plus exactement le fruit du hasard. Un échange a bien eu lieu sur son nom entre viticulture et négoce.

Vous êtes le premier président d’un CRINAO a être issu des rangs du négoce.

Je pourrais vous répondre que la maison pour qui je travaille – la maison Hennessy – est transparente au niveau du CRINAO. Et ce serai pas faux. Je ne siège pas au Comité régional au titre de ma maison mais en tant que Florent Morillon personne physique. Reste que cela montre aussi l’implication d’Hennessy au sein de l’appellation Cognac. En janvier 2016, au moment des vœux à la viticulture, Bernard Peillon, Pdg de la société, avait insisté sur l’idée de défense de l’appellation. C’est vraiment dans cet esprit-là que je situe mon mandat à la tête du CRINAO.

En 2006, la réforme des signes officiels de qualité a créé une strate supplémentaire, l’ODG, Organisme de défense et de gestion de l’appellation. Cela at-il changé quelque chose pour es CRINAO ?

Le CRINAO reste bien le socle régional de l’INAO. Mais il n’existe pas tout seul. Il existe en interaction avec les autres composantes régionales : ODG, interprofessions, Conseil de bassin…Je dirai qu’une des missions essentielles du CRINAO est d’être un lieu de concertation mais aussi de cohésion régionale. Nous ici, en Charentes, n’avons que peu d’appellations dans notre périmètre, le Cognac, le Pineau des Charentes. Mais imaginez une région comme Bordeaux. Il faut bien un endroit où coordonner les positions, se mettre d’accord sur la ligne à tenir face aux sujets transversaux. C’est le rôle du CRINAO.  Il sert aussi de « gardien du temple », garant de l’historique de l’appellation, ce que l’on appelle aujourd’hui son « ADN ». Au sein des ODG, que se passe-t-il ? Les professionnels se mettent d’accord sur les orientations à tenir. Puis ces orientations remontent ensuite au CRINAO. Celui-ci émet un avis qui transitera au niveau national. Ce croisement de points de vue est très intéressant.  Il préserve à la fois les fondamentaux de l’appellation mais aussi permet de se dire que les cahiers des charges ne sont pas gravés dans le marbre, qu’il faut s’inscrire dans l’avenir. C’est ce point d’équilibre qu’il faut en permanence rechercher. Face à des sujets plus généraux, qui intéressent toute une catégorie – je pense par exemple au projet d’Indication géographique « Brandy de France » – le CRINAO va pouvoir apporter sa contribution. Certes, le sujet est discuté en Commission nationale INAO « Boissons spiritueuses », une commission composée de huit membres dont  trois charentais.  Sur un tel sujet, qui intéresse à différents niveaux les opérateurs régionaux, ce que nous allons porter, Christophe Véral, Eric Bilhouet et moi, ce ne sont pas nos propres avis mais l’avis du CRINAO Charentes-Cognac. D’un point de vue moins formel, le Comité régional peut aussi faire passer des messages à l’échelon national, comme ce fut le cas récemment sur les transferts de replantation.

Peut-on dire que le CRINAO joue un rôle de chef de file en matière d’appellations ?

Je n’irai pas jusque-là. Cela me paraît très important que les rôles de chacun soient bien respectés, à chaque étape. L’idée n’est pas d’agir à tort et à travers ni de court-circuiter les autres intervenants. C’est un point auquel je veillerai.

Le rendement Cognac par exemple, comment se décide-t-il ?

Il se discute au sein de l’ODG Cognac puis est validé par le CRINAO début septembre avant d’être transmis au Comité national vins et eaux-de-vie de l’INAO.

Et la décision sur les contingents de plantations nouvelles ?

Si l’on se réfère au calendrier de l’an dernier, les discussions entre les deux familles vont commencer probablement en juillet, pour un retour vers les ODG en septembre. Dans la foulée, seront saisis le CRINAO, la Fédération des interprofessions, le Préfet. En octobre, la demande de contingents de plantations nouvelles fera l’objet d’une présentation en Comité de bassin avant d’être remontée fin octobre au niveau national (Comité national INAO, Comité spécialisé Vins et Eaux-de-vie de FranceAgriMer), afin que chacun puisse se prononcer en novembre et que, fin décembre, tous les contingents soient arrêtés et qu’ils paraissent fin janvier au Journal Officiel.

Globalement, de quoi s’occupe le CRINAO ?

Il peut s’autosaisir de l’ensemble des sujets intéressants les appellations de son périmètre. En fait, son champ d’action est très large, avec les limites que j’ai posées plus haut : ne pas court-circuiter les autres acteurs. Tout dépend de ce que l’on veut en faire. Il est vraiment possible de le faire vivre.

De quoi se composa l’ordre du jour du dernier CRINAO ?

Il s’agissait d’un comité un peu spécial puisque c’était le comité d’installation. J’y ai présenté en quelques phrases les principes qui me tenaient à cœur au sujet du CRINAO puis l’ordre du jour s’est déroulé normalement : état des lieux du Cahier des charges Pineau, état des lieux du Cahier des charges Cognac, réflexion sur les pieds morts et manquants, le contingent de plantations nouvelles, l’introduction d’un critère plancher pour les plantations 2017. Le prochain CRINAO aura lieu en septembre prochain et sera principalement consacré au rendement.

Le CRINAO se réunit combien de fois dans l’année ?

Au minimum deux fois mais, ai-je envie de dire, « autant de fois que de besoin ». L’objectif n’est pas de faire de la « réunion pour la réunion ». Cependant, dans l’avenir, peut-être le CRINAO sera-t-il amené à se réunir plus souvent. Très vite, un gros chantier attend la région : le retour des observations de Bruxelles sur la « fiche technique » Cognac, autre nom pour désigner le Cahier des charges Cognac. Ensuite nous disposerons d’un délai de quatre mois pour répondre à ces observations. Autant dire que le CRINAO va être très sollicité dans les prochains mois.

 

 

 Bio en bref

 

Pour Florent Morillon, son début de carrière rime avec ONIVINS Paris, pendant cinq ans, de 1990 à 1995, puis il fait une incursion à Bruxelles, à la Commission européenne, de 1995 à 1998. Originaire de Charente, il revient en région, sur le site de la SAV (Société des alcools viticoles) de Libourne précisément. Il y reste deux ans (1 998/2 000) avant de devenir gestionnaire d’un stock d’intervention (toujours dans les alcools industriels) en Mayenne, de 2 000 à 2 005. Mais l’appel des origines est le plus fort. Il revient  en Charente, à la DDA, où il s’occupe à la fois de la PAC et du bassin viticole, en relation avec Danièle Le Gall, référente pour le secteur. Une opportunité s’ouvre : la direction de la Chambre d’agriculture 16, dans laquelle il s’investit de 2 007 à 2 011. C’est après cette expérience formatrice qu’il intègre la société Hennessy, alors que sont mises en place les différentes directions Eaux-de-vie. Il devient directeur amont de la maison de Cognac, poste qu’il occupe toujours aujourd’hui.

 

 

  Les membres du Comité national Vins, boissons alcoolisées, eaux-de-vie de l’INAO *

 

Secteur de la production

 

Bernard Angelras (Nîmes, Gard), Jérôme Bauer (Herrlisheim, Haut-Rhin), Philippe Biau (Monfaucon, Dordogne), Eric Billhouet (Segonzac, Charente), Hubert de Boüard de Laforest (Saint Emilion, Gironde), Philippe Brisebarre (Vouvray, Indre et Loire), Daniel Bulliat (Beaujeu, Rhône), Nathalie Caumette (Autignac, Hérault), Jean-Benoît Cavalier (Vacquières, Hérault), Emmanuel Cazes (Perpignan, Pyrénées-Orientales), Philippe Coste (Peyriac-Minervois, Aude), Jean-Paul Durup (Irancy, Yonne), Vincent Fabre (Cissac-Médoc, Gironde), Bernard Farges, (Mauriac, Gironde), Damien Gachot (Corgoloin, Côte d’or), Stéphane Héraud (Marcillac, Gironde), Corinne Lacoste-Bayens (Hontax, Landes), Laurent Menestreau (Pouançay, Vienne), Eric Pastorino (Gonfaron, Var), Didier Pauriol (Lambesc, Bouches du Rhône), Philippe Pellaton (Laudun-l’Ardoise, Gard), Alain Rotier (Cadalen, Tarn), Maxime Toubart (Breuil, Marne), Christophe Véral (Sainte-Sévère, Charente), Gérard Vinet (La Haye-Fouassière, Loire-Atlantique).

 

Secteur du négoce

 

Jean-Philippe Archambaud (Nuits-Saint-Georges, Côte d’or), Jean-Marie Barillère (Reims, Marne), Benoît Calvet (Lège-Cap-Ferret, Gironde), Michel Chapoutier (Saint-Barthélémy de Vals, Drôme), Franck Crouzet (Saint-Loubès, Gironde), Etienne-Arnaud Dopff (Ingersheim, Haut-Rhin), Erwan Faiveley (Nuits-Saint-Georges, Côte-d’Or), François-Régis de Fougeroux (Saumur, Maine et Loire), Bernard Jacob (Varrains, Maine et Loire), Florent Morillon (Chassors, Charente), Etienne Maffre (Cabrières-d’Avignon, Vaucluse), Bruno Peyre (Octon, Hérault), Jean-Louis Piton (Apt, Vaucluse), Yann Schyler (Bordeaux, Gironde), Arnaud Van der Voorde (Hermival-les-Vaux, Calvados).

 

* Arrêté du 21 février 2017 nommant les membres du Comité national Vins et eaux-de-vie de l’INAO

 

Les membres du CRINAO Charentes-Cognac *

 

Secteur de la production

 

Jean-Christophe Baraud (Montendre 17) ; Nicolas Baudry (Clion sur Seugne 17), Eric Billhouet (Segonzac 16), François Bodin (Nercillac 16), Pascale Croc (Thézac 17), Guillaume Duluc (Touzac 16), Philippe Guérin (Chenac Saint Seurin d’Uzet 17), Jean-Luc Lassoudière (Saint Fraigne 16), Stéphane Roy (Birac 16), Christophe Véral (Sainte Sévère 16)

Secteur du négoce

Lætitia Adol (Boutiers Saint Trojan 16), Aude Drounau (Louzac Saint André 16), Patricia Gaborieau (Jarnac 16), Jean,-Marc Girardeau (Cherves-Richemont 16), Jean-Christian Lamborelle (Javrezac 16), Florent Morillon (Chassors 16), Patrice Pinet (Sigogne 16), Patrick Raguenaud (Chaniers 17), Jérôme Royer (Jarnnac 16)

 

* Arrêté du 1er février portant nomination des membres du Comité régional vins, eaux-de -vie de la région Charentes-Cognac.

 

 

 

   INAO : Du régional au national

 

 

Organisé sous forme pyramidale, l’INAO (Institut national des appellations d’origine) déroule les mandats du régional au national Au titre du bassin Charentes-Cognac, trois Charentais siègent au Comité national vins et eaux-de-vie de l’INAO.

 

 

 

Eric Billhouet, Florent Morillon,  Christophe Véral…Ce sont les trois Charentais qui, pour cette nouvelle mandature de 5 ans  qui vient de de s’ouvrir en février 2017, siègent au  Comité national vins et eaux-de-vie de l’INAO. Présidé par Christian Paly, vigneron dans la  vallée du Rhône, le Comité national  INAO examine toutes les thématiques touchant  la filière viticole, tant économiques que techniques : suivi des marchés, contingents de plantation, maladies du bois…Son périmètre ? Les vins IGP et les Boissons spiritueuses à Indication géographique (dont le Cognac), au nombre de 53.

Si le Comité national  se réunit trois ou quatre fois dans l’année, la Commission permanente – l’instance exécutive de l’INAO  – se réunit tous les mois.  Y participent de droit tous les présidents de CRINAO (et donc Florent Morillon), soit  treize personnes ainsi que plusieurs représentants de l’Etat. En tout, une vingtaine de personnes.   Parallèlement existent des Commissions par secteurs, comme la Commission Boissons spiritueuses. Composée de  huit professionnels, la Commission Boissons spiritueuses compte trois Charentais dans ces rangs (les mêmes que plus haut), ainsi que des représentants de l’Armagnac, du Rhum, du Calvados, des eaux-de-vie de fruits. C’est Florent Morillon qui en assure la présidence. Marc d’Alsace, Marc de Bourgogne, Génépi des Alpes, Pineau des Charentes, Mirabelle d’Alsace, Fine de Bordeaux…toutes ces boissons spiritueuses ont actuellement un dossier en cours à l’INAO. En lien avec les services, la Commission assure tout un  travail de préparation en vue du Comité national. Parmi leurs attributions spécifiques, les présidents de CRINAO participent aux Commissions d’enquête INAO, des commissions qui se déplacent sur le terrain pour appréhender la réalité d’une demande, d’une modification de Cahier des charges…                                 

 

 

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