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Comment Défendre La Réactivité

8 mars 2009

assemblee_generale_de_la_sica.jpgToujours très attendue, l’intervention de Jean-Marc Olivier devant les adhérents des différentes Sica associées de Courvoisier (Baronnies, ACBC, Sica 15) n’a pas, cette année encore, failli à la règle. Clarté et efficacité furent mises au service des convictions de la société jarnacaise : progression raisonnée de la QNV pour accompagner le développement des ventes, refus « d’enterrer » la double fin. Celle-ci est toujours présentée comme une alternative possible à un système INAO.

En guise d’entrée en matière, le maître de chai de la société Courvoisier a rappelé la segmentation actuelle des ventes de Cognac. Entre les VS (56 % des ventes) et les VSOP (35 %), les qualités jeunes représentent aujourd’hui 91 % des expéditions régionales. En parallèle, les qualités supérieures (Napoléon, XO, Extra…) « ne pèsent malheureusement plus que pour 9 % de nos sorties ». Ainsi, si le taux de rotation du stock à 6,8 années paraît équilibré dans l’absolu, confronté à la répartition des ventes, « il n’est pas exactement celui qu’il nous faut ». Car, si pour des qualités vieilles, le taux de rotation frise les 15 années, il est plus proche des 6-7 ans pour les VSOP et des 4-5 ans pour les VS. Dans le même temps, J.-M. Olivier a souligné la croissance des ventes qui, enclenchée en 2000, n’a fait que se confirmer au fil des trois années suivantes. « Avec 3,2 % de progression annuelle, on peut considérer qu’il s’agit d’une tendance parfaitement affirmée. » Face à des besoins évalués à 480 000 hl AP (sorties totales à fin 2003 plus l’évaporation), la distillation de la récolte 2003, estimée à 453 000 hl AP (derniers chiffres du BN) est considérée comme une « bonne nouvelle ». « Au cours de l’hiver, nous nous attendions à moins, autour de 425-430 000 hl AP » a relevé Jean-Marc Olivier. Reste que pour lui, « il est très clair que la distillation de la récolte 2004 doit impérativement couvrir les sorties et l’évaporation, soit 480 000 hl AP. Sans même parler d’une progression future éventuelle des ventes, nous serions à un point de rupture si nous n’allions pas vers ce niveau de remplacement ». Ainsi entre une QNV « à 8 ou à 7,5, il y a une concertation à avoir avec l’ensemble des partenaires ». Revenant sur l’équilibre global du stock qui a ramené « un peu de bonheur économique à la région », le responsable des achats eaux-de-vie de la maison Courvoisier a repris l’idée, également développée par d’autres négociants, d’une modulation de la QNV, à la hausse comme à la baisse, pour tenir compte du développement des ventes. « Nous savons tous que le Cognac subit des cycles et que les arbres ne montent pas au ciel. Le Cognac est sensible à tous les événements. Après l’embellie, il connaîtra des phases de régression. Il ne faudra pas alors hésiter à revenir en arrière. »

Maintenir le débat ouvert

L’an dernier déjà, la société Courvoisier exprimait des réserves sur un système INAO appliqué à la région délimitée en remplacement de la double fin. « Notre discours a créé l’effet de surprise en allant un peu à contre-courant mais il a sans doute permis de maintenir le débat ouvert afin de ne pas considérer comme acquis un système que l’on souhaitait nous imposer un peu à marche forcée. » Rappelant le schéma préconisé par le rapport Zonta – arrêt de la double fin, mise en place d’un vignoble spécialisé Cognac, création d’un vignoble à rendements différenciés pour les vins de table, vin de base mousseux, produits industriels comme les jus de raisin – J.-M. Olivier a fait part de ses doutes quant à l’instauration rapide d’un vignoble à rendements différenciés. « Il n’est pas forcément à la veille d’être créé » a-t-il dit. Les arguments qui lui font tenir de tels propos sont de plusieurs ordres. Il y a d’abord le regard porté par les autres régions sur le projet charentais. « Si, pour l’organisation du marché du Cognac nous sommes libres de nos mouvements, pour l’organisation des autres produits, tout le monde a son mot à dire. » Vient ensuite la rentabilité des vignes à rendements différenciés, une capacité à faire vivre les ha qualifiée de « pas évidente ». Les filières vins de base mousseux, jus de raisins et autres doivent également démontrer leur « pérennité ». « On ne peut pas engager des ha sur des événements conjoncturels. » Est enfin évoquée l’étanchéité des différentes productions entre elles. « Cette étanchéité demande à être prouvée. Il ne serait pas acceptable de créer des vignes “éponges”, réceptacles de tous les excédents. La ficelle serait un peu grosse d’autant qu’elle a déjà été utilisée ailleurs. » En conclusion, J.-M. Olivier insiste sur le côté indissociable des rendements différenciés et du système INAO. « Cela constitue un tout. Un vignoble spécialisé Cognac sans rendements différenciés pour les autres débouchés représenterait une erreur majeure qui aurait pour conséquence une diminution considérable du chiffre d’affaires de l’ensemble des productions. Le débat n’est pas clos. »

Progressant dans sa démonstration, le maître de chai de la société Courvoisier s’est livré à une simulation, celle du chiffre d’affaires dégagé sur un ha dans le cadre de la double fin et celui obtenu dans le cadre de l’INAO. Sur la base d’un rendement moyen de 120 hl vol./ha, d’un degré de 10 % vol., d’un prix de distillation F.B. de 605 €/hl AP, avec des jus de raisin payés 170 € l’hl AP et une distillation de retrait à 40 € l’hl AP, les chiffres retenus par J.-M. Olivier sont les suivants : 5 083 € l’ha (33 500 F) pour le système double fin et 4 435 € (29 000 F) pour le système INAO. « Il s’agit d’un élément de réflexion a-t-il dit mais il me semble que cet écart de 12,8 % a de quoi faire réfléchir, surtout si on corrèle ce chiffre d’affaires avec le coût de production moyen d’un ha de vigne tel qu’établi par les groupes de travail. » A la remarque selon laquelle son calcul n’intéressait que les vignes ayant un débouché Cognac, il a répondu que c’était quand même le vignoble qu’il convenait de regarder de plus près.

« Le montant de la double fin est négociable »

« La Communauté européenne ne nous demande pas d’abandonner le régime de la double fin mais de le gérer de manière cohérente. Le maintien de la double fin est négociable, à condition de pouvoir nous engager à limiter les volumes de la distillation de retrait. » A partir de ce postulat, Jean-Marc Olivier a consacré la dernière partie de son intervention à alimenter sa thèse, en signalant tout d’abord que « beaucoup de choses avaient changé depuis les années 90 ». « Si, à une certaine époque, la région a pu livrer jusqu’à 2 millions d’hl à la D.O., elle en est loin aujourd’hui. » Et le maître de chai de s’employer à le prouver. Pour ce faire, il a repris les volumes de production par grandes masses. En partant de l’hypothèse d’un engagement de 60 000 ha de vignes à destination du Cognac et de 12 000 ha aux vins de table, les volumes à l’intérieur de la QNV s’élèvent à 6,3 millions d’hl, soit 1,1 million d’hl de moins que ne le permettrait la QNV historique de 7,4 millions d’hl (définie entre 1975 et 1979) mais 800 000 hl de plus que le seuil rabaissé à 6 millions d’hl de cette même QNV historique depuis deux ans. « L’augmentation des quantités destinées au Cognac nous place dans une bonne position pour adapter nos volumes aux attentes de la Communauté européenne. » En ce qui concerne les quantités au-dessus de la QNV, avec un rendement agronomique de 120 hl AP, considéré comme une donnée difficilement révisable, l’excédent potentiel atteindrait 2,3 millions d’hl vol. Des quantités beaucoup trop importantes en l’état mais qu’il convient de diminuer des différentes utilisations listées par J.-M. Olivier : prestations viniques pour 300 000 hl, moûts pays tiers pour 330 000 hl, jus de raisin pour 1,250 million d’hl vol., soit un total de 1,8 million d’hl vol. Rapporté aux 2,3 millions d’hl d’excédents potentiels, cela donne un « delta » d’environ 500 000 hl vol. Ce qui incite le responsable des achats de la société Courvoisier à s’interroger : « Ne peut-on pas conserver un peu de distillation article 28 ? Aucune région n’est capable d’ajuster à l’hl près sa production. Pour un vignoble de 74 000 ha, il ne paraît pas aberrant de demander un mécanisme régulateur portant sur 10 % de la QNV. » Compte tenu des différentes échéances qui attendent la Communauté, J.-M. Olivier ne voit pas une révision de l’OCM viti-vinicole intervenir avant 2006-2007. « Nous disposons donc de toute l’année 2004 pour réfléchir, simuler, dialoguer entre nous de manière constructive et faire mûrir le débat. »

Intervenant à son tour, le P-DG de la société Courvoisier, Philippe Treutenaere, a constaté que sa société « n’était plus seule aujourd’hui à penser que le système que l’on voulait nous imposer n’était peut-être pas le bon régime ». « Le Bureau national du Cognac, a-t-il poursuivi, est un outil que beaucoup nous envient. Il gère nos problèmes mieux que ne le fera jamais une organisation centralisée à Paris, sur laquelle nous aurons peu de contrôle et peu d’influence, qui générera davantage de bureaucratie et augmentera les coûts de gestion sans nous faire vendre une bouteille de Cognac de plus. » Il a insisté sur les chiffres « suffisamment éloquents » avancés par J.-M. Olivier et appelé à une gestion souple de la QNV, à la hausse comme à la baisse « pour éviter de reproduire les erreurs du passé ». Quant au maintien de la double fin, il lui semble tout à fait possible, à condition d’avoir une gestion responsable des volumes envoyés à la distillation de retrait. « C’est un challenge à notre portée. Il en vaut la peine, car la double fin semble l’outil le mieux adapté à la défense des intérêts de la viticulture qui produit du Cognac. Il confère une réactivité plus grande à la région. »

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