Courvoisier : « Jean-Marc Olivier, Un Grand Professionnel »

5 août 2009

Surprise dans le petit monde du Cognac. Fin juin, Jean-Marc Olivier, P-DG de Courvoisier, a annoncé qu’il quitterait ses fonctions opérationnelles le 31 juillet prochain. Patrice Pinet, directeur des achats d’eaux-de-vie depuis 5 ans, dans la maison depuis 20 ans, le remplace à la direction. C’est au nom du « renouvellement des générations » que cette transition s’opère. Les témoins de la vie professionnelle de Jean-Marc Olivier évoquent son engagement total.

olivier.jpgLa question brûle les lèvres : pourquoi ? Car le dynamisme incarné par J.-M. Olivier ne laisse pas prise au temps. Réponse de l’intéressé : « Mon départ n’a aucune cause conflictuelle. Comme dans tous les groupes, un plan de succession a été mis en place chez Courvoisier, afin de préparer les années futures. Des cadres ayant atteint un certain âge sont partis et dans le même temps nous avons recruté des opérateurs, techniciens, jeunes ingénieurs de façon à reconfigurer la société par rapport à l’organisation de notre nouvel actionnaire, Beam Global Spirits & Wine. Personnellement, j’ai eu la mauvaise idée d’atteindre 60 ans et comme il n’y a aucune raison de ne pas s’appliquer à soi-même ce que l’on applique aux autres, je m’apprête à quitter mes fonctions. »

C’est avec une satisfaction non feinte que Jean-Marc Olivier parle de continuité. « Il n’y aura pas de rupture brutale, ni dans la politique contractuelle, ni dans les types d’approvisionnement ni dans les relations avec les viticulteurs. Patrice Pinet, qui me remplace, est plus jeune que moi mais il connaît parfaitement la maison, qu’il a intégrée voilà vingt ans. Quand je suis devenu président il y a cinq ans, il m’a remplacé au service des achats d’eaux-de-vie. Je ne voudrais pas paraître pompeux mais je sais qu’il gardera les mêmes valeurs et la même politique. »

J.-M. Olivier quitte ses fonctions mais n’abandonne pas complètement la société Courvoisier. A titre de consultant indépendant, il va mener certaines opérations marketing et de communication, dont des projets à l’export. « Ma connaissance de la marque et de son héritage qualitatif pourront sans doute être utile. » Le – toujours – P-DG de Courvoisier évoque la fantastique expérience qui fut la sienne durant ces trente années. « J’ai commencé à travailler pour la viticulture puis je suis passé au négoce. Si je reste profondément lié au mode viticole, j’ai progressé dans la connaissance des marchés, découvert la promotion de la marque. Mon parcours m’a permis d’aller « au bout », même si, à l’évidence, l’on n’arrive jamais au bout de quelque chose. Au fil de ces années, j’ai acquis une passion pour le Cognac et vécu une expérience humaine inoubliable. Dans mes différentes sphères d’intervention, j’ai toujours beaucoup apprécié les personnes avec qui j’ai travaillé. A l’interprofession, même si cela n’était pas tout le temps facile, j’ai trouvé beaucoup d’intelligence, de compréhension, de respect mutuel. Je ne garde que d’excellents souvenirs de mon parcours professionnel à Cognac. »

C’est vrai que, de l’avis unanime, Jean-Marc Olivier a eu un parcours exemplaire. Comment en arrive-t-on là ? Le président de Courvoisier livre quelques clés. « C’est forcément la résultante de plusieurs facteurs : l’énergie que l’on déploie, le travail que l’on y met et la chance que l’on vous donne. C’est aussi aller au bout de votre motivation et montrer que vous êtes dignes des responsabilités que l’on vous confie. »

Parisien d’origine, Jean-Marc Olivier entreprend des études agricole et viticole puis commence à travailler dans le Midi, dans l’Aude. Il arrive en Charentes fin 1978/début 1979. La Chambre d’agriculture le recrute pour épauler puis remplacer Georges Flusin, directeur des GDA de Cognac, qui s’apprête à partir en retraite. A l’époque René Mouche présidait les GDA de Cognac. Il se souvient. « Jean-Marc Olivier avait des capacités de travail énormes, il brassait un boulot formidable. Il était très franc, très direct, très ouvert. Je me suis dit que ce serait une excellente recrue. » Même perception de personnes qui l’ont côtoyé à l’époque. « Il débordait d’activité, faisait preuve d’un esprit innovant. Simple dans ses relations, il avait cette capacité à s’adapter au public en face de lui. » Devenant à son tour président des GDA, Jacques Painturaud travaillera un temps avec J.-M. Olivier. « D’abord il était barbu, évoque-t-il en souriant. C’était un garçon qui prenait des décisions rapidement et avait un jugement sûr. » Un épisode frappe le viticulteur. Au début des années 80, une gelée noire déboule en pleine vendange. « Alors que d’autres tergiversaient, Jean-Marc a tout de suite pris la décision d’écarter les raisins gelés pour préserver la qualité. C’est lui qui avait raison. Nous avons envoyé des circulaires tous azimuts. A l’époque, les GDA rassemblaient un grand nombre de viticulteurs, plus de 800. Les salles de réunion n’étaient jamais assez grandes. Les gens avaient soif d’information et de formation. Comme technicien, Jean-Marc avait une longueur d’avance. »

Sans doute est-ce pour cette raison que la maison Courvoisier le repère et l’invite à rejoindre ses rangs. Il y entre en 1983, pour assister Daniel Dumont, directeur technique. Jim Ford, alors P-DG de la société, lui confie la tâche de rééquilibrer les stocks. Jean-Marc Olivier se lance à fond dans l’entreprise. Un collègue de l’époque témoigne : « Jean-Marc a mis en valeur toutes ses qualités. Il s’est employé sans compter. » La Sica des Baronnies voit le jour le 13 décembre 1985, bientôt rejointe par un millier de livreurs. Elle sera la figure de proue de la politique contractuelle de Courvoisier, à côté de la coopérative ACBC et de la Sica 15. Jean-Marc Olivier joue les défricheurs en proposant une méthode de calcul du prix de rachat des eaux-de-vie rassises fondée sur le prix de revient, avec, en prime, une bonne maîtrise des frais de stockage et une grande souplesse au niveau des acomptes. Sa vision, novatrice, fera école. Il saura la faire vivre en l’adaptant à la conjoncture : intégration de marge de vieillissement, de marge complémentaire. Les viticulteurs reconnaissent à la Sica des Baronnies clarté et transparence des prix. « C’est carré. » Des responsables viticoles voient dans Jean-Marc Olivier un interlocuteur privilégié, un « passeur ». « A l’écoute de nos problèmes, il savait transmettre les messages. Nous n’hésitions pas à prendre rendez-vous avec lui. » Pendant ce temps, la société Courvoisier connaît des changements. La société Hiram Walker, propriétaire de Courvoisier depuis vingt ans et qui avait beaucoup investi dans son développement – structuration du stock, création de chais, achat de barriques… – cède son activité Cognac au groupe Allied-Domecq. Philippe Treuteneare prend les rênes de « la marque de Napoléon ». J.-M. Olivier et lui formeront un tandem efficace. Au début des années 2000, ils portent le même regard sur l’évolution de la réglementation viticole charentaise. La disparition programmée de la QNV Cognac ne les fait pas sauter de joie. Ils sont partisans d’un régime simple qui, surtout, ménage de la flexibilité. » En cela le régime de la QNV charentaise leur va bien. Ils mettent en garde : « Ne jetons pas la Double Fin aux orties. » P-DG de Courvoisier, Jean-Marc Olivier se ralliera à l’affectation, par real politique et au nom de la défense de l’appellation. Mais il prévient : « Pour le revenu des viticulteurs, ce n’est pas l’INAO qui fera la différence. » Un système flexible, géré par l’interprofession lui semblera toujours prévaloir sur le reste. Sa ligne de pensée : N ne pas retirer au Cognac et à ceux qui en vivent leurs marges de manœuvres. »

Parlant grandes manœuvres, Courvoisier n’en a pas terminé avec les siennes. En 2005, après l’éclatement du groupe Allied-Domecq et son rachat par Pernod-Ricard, la maison des quais de Jarnac est rachetée par le conglomérat américain Fortune Brands et sa branche vins et spiritueux, Beam Global Spirits & Wine. Jean-Marc Olivier accède à la plus haute fonction au sein de la société. Comme toujours, il se révélera l’homme de la situation. Il se propulse sur les marchés, maîtrise très vite les codes de la communication et du marketing, qu’il avait d’ailleurs déjà largement investis en tant que maître de chai. En 2000, lors du festival Blues Passions, souvenir d’un Jean-Marc Olivier omniprésent qui ne laisse rien au hasard, veille à l’angle de la photo qui immortalisera un Ray Charles invité par la maison de négoce. On comprend mieux pourquoi la formidable ascension de Jean-Marc Olivier ne doit rien au hasard mais tout à sa pugnacité hors du commun. Cependant le volontarisme ne fait pas tout. Il doit être corroboré par des qualités personnelles.

Dans le monde du négoce, ses pairs évoquent quelqu’un « qui savait où était l’essentiel, les vrais enjeux. Il savait aussi tenir compte des points de vue différents des siens, en se montrant capable de les intégrer à un projet. Il respectait les hommes et les femmes qui travaillaient dans cette région. » Ces atouts lui permettront d’être, il y a un an et demi, la cheville ouvrière du rapprochement du Syndicat des exportateurs et de l’Union syndicale pour créer le Syndicat des maisons de Cognac (SMC), dont il sera le premier président. « Ce fut un travail d’équipe commente J.-M. Olivier. Les gens ont compris qu’il y avait plus de raisons de s’unir que de se désunir. » Jean-Pierre Lacarrière, président de l’interprofession jusqu’en octobre 2008, se dit désolé du départ de Jean-Marc Olivier. « Il connaissait très bien la région. Nous entretenions d’excellents rapports. Dans sa défense du Cognac, il savait à la fois être strict sur les processus et sur la manière de préserver l’indication géographique et se montrer très pragmatique et proche de la réalité. C’était un excellent professionnel et un très bon collègue. C’est toujours avec tristesse que l’on voit partir ces personnes. » Un chef de maison, depuis longtemps à la retraite, aura peut-être les paroles les plus définitives pour dépeindre la « patte » de J.-M. Olivier. « C’est quelqu’un qui est toujours très sûr dans son raisonnement. Avec lui, c’est toujours du très simple et du très sûr. C’est pour cela qu’il fait partie des personnes de grande qualité. » Un ouvrage sur le Cognac se clôt par cette citation : « Le Cognac est le fruit de l’intuition et de l’intelligence d’hommes entreprenants. »

Sans nul doute, Jean-Marc Olivier fait partie de cette lignée. Des hommes de la même trempe traversent cette région mais leur passage plus ou moins météorique, déterminé par la politique des groupes, ne permet pas toujours d’en prendre la pleine mesure. L’exemplarité du parcours de Jean-Marc Olivier aura été de s’inscrire dans un territoire et « pousser les murs de la maison », pour grandir avec elle.

Le 7 juillet dernier, le SMC (Syndicat des maisons de Cognac) a élu un nouveau président, Jean-Marc Morel, directeur général adjoint de Martell. A l’assemblée plénière du BNIC qui se tenait le lendemain, J.-M. Olivier a remis sa démission. Son successeur, Patrice Pinet, le remplace dans ses mandats à l’assemblée plénière et au comité permanent.

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