Coopérative UNIRE : Composer avec les espaces contraints

24 mai 2017

Que ce soit les limites du territoire, les limites de la coopérative, les limites imposées par les autres occupants de l’Île…Les agriculteurs rhétais doivent composer en permanence avec les espaces contraints. Un défi renouvelé, source de créativité bien sûr mais aussi de frictions. Entre tensions et esprit mutualiste, la vie telle qu’elle va à UNIRE.

Fin janvier, le ciel était toujours aussi bas sur l’Île de Ré – une constante semble-t-il en cette période de l’année – et la parole des rhétais toujours aussi rugueuse. Les noms d’oiseau ont volé – « On travaille comme des c.. », « ça fait ch… ». La cause de la grogne : entre autres des contingents de pommes de terre (?) qui n’étaient pas ce qu’ils auraient dû être aux yeux de certains adhérents de la « Maraîchère », l’activité d’UNIRE spécialisée dans la pomme de terre primeur AOP. Ce que des adhérents demandent, ce sont « des contingents les mêmes pour tout le monde » ou en tout cas mieux expliqué, avec plus de clarté et de transparence. Par manque de clés pour décrypter, on n’ira pas plus loin dans l’explication. Simplement, outre ce problème de contingents, semble se poser une autre question, celle des limites de l’AOP. A côté de la pomme de terre AOP, est-il opportun de commercialiser le « second tri », celui qui ne correspond pas aux arcanes de l’appellation. Non que la réglementation l’interdise dès lors qu’il n’y a pas confusion des genres mais « c’est compliqué » estiment des producteurs. « Comment expliquer que l’on vende un certain prix une pomme de terre AOP et à un prix nettement plus bas une pomme de terre provenant du même terroir ? Demain vous vendrez l’AOP au prix du déclassé !» Pour d’autres, cela ne tombe pas sous le sens  – «Que faire de ces pommes de terre, comment les valoriser ? Continuer de les envoyer aux aliments du bétail à la méthanisation ? Après tout, c’est un produit de l’Île de Ré. C’est toujours intéressant ! »

 

Rendements au vignoble

 

La « Vigneronne » – l’activité d’UNIRE vouée à la viticulture – a suscité débat elle aussi. En jeu, cette fois, les rendements au vignoble. Le discours de la coopérative est de dire, chiffres à l’appui, « nous avons besoin de production. Augmentez vos rendements !» En Ugni blanc (260 ha sur l’Île), le rendement moyen des coopérateurs  s’est élevé en 2015 à 73,20 hl vol ha (74 hl ha sur 10 ans). Commentaire de Jean-Jacques Enet, président de la coopérative – « Le rendement s’avère trop faible au regard des 126 vol/ha réalisés en 2015 sur le reste de l’aire d’appellation. » A un moindre degré, ce serait un peu la même chose sur certains cépages IGP. « A un certain moment, le gain de qualité ne justifie plus la baisse du rendement. Il faut redynamiser les volumes. » Dans la salle, quelques réactions houleuses se sont manifestées – « Vous nous dites ça mais en même temps la grille de paiement nous pénalise dès que l’on produit un peu plus. » J.J Enet s’est inscrit en faux – « Un certain nombre d’adhérents perçoivent 9 à 10 000 € de l’ha. Si la grille était si pénalisante, ça se saurait ! Reconnaissez que les vignerons d’UNIRE ne sont pas trop mal payés.»

 

Courant février, Jérôme Poulard, le technicien viticole attaché à la structure, a visité les parcelles des adhérents pour échanger avec eux sur les méthodes de  taille, les travaux du sol, la fertilisation…

 

Dans l’Île de Ré, le périmètre de la coopérative fait partie des fondamentaux. S’y lit l’esprit mutualiste insulaire, l’idée « qu’ensemble ça mieux que tout seul, qu’être groupé aide à défendre les prix, réaliser des économies de coûts ». Un axiome que la terre rhétaise a fait sienne depuis des générations. Sauf que des toussotements se font entendre ici et là.

 

Retrait

 

A l’assemblée générale, quelqu’un, faussement naïf, a pris la parole – « personne n’en parle mais il se dit qu’un viticulteur a quitté la coopérative. Est-ce vrai ? » Réponse sans équivoque de Jean-Jacques Enet – « Cela ne fait quand même que deux ans que le sujet est sur la table. Ce n’est pas une nouveauté, quelque chose qui arrive comme ça. Je ne peux pas tout vous dire et cela reste entre nous. Il y a très peu de monde dans la salle (le côté pince-sans-rire du président Enet). Mais nous avons parlementé et le couple a décidé de se retirer. Je ne commenterais pas plus avant l’affaire. » Pour information, le viticulteur en question apportait à la cave la production de 30 ha de vignes, ce qui le classait parmi les structures importantes. Mais son épouse et lui étaient-ils en phase avec l’esprit coopératif ? 

 

Au sujet des pommes de terre, une inquiétude diffuse se fait entendre également – « De plus en plus de pommes de terre se planteraient à côté de la ccop. ? » Dénégation sans ménagement de Jean-Jacques Enet, lui aussi producteur de tubercules. « De toute façon, le manque de disponibilité en terre y mettrait très vite bon ordre. » Reste une entorse notoire, La Rebelle, une pomme de terre produite par Frédéric Héraudeau, à Ars en Ré. Sa structure, l’EARL l’Albatros, a quitté la coopérative. Comme sa pomme de terre est primeur et comme elle pousse sur l’Île de Ré, le glissement sémantique vers l’AOP paraît tentant. Mais en fait, l’agriculteur ne respecte pas le cahier des charges de l’AOP, seul garant de l’appellation. A la marge, un producteur vend à titre personnel à côté de la coopérative et même devant sa boutique l’été, une petite production de « Pomme de terre de France ». Il s’agit de Romain Canteau, producteur important de l’Ile qui, par ailleurs, livre tout son tonnage AOP à la Maraîchère.

 

Pour l’anecdote et alors que 70 % de la production de pomme de terre primeur de l’Île de Ré rejoint la grande distribution, une tonne de vrac a été vendue sur l’Île pour fabriquer la première vodka rhétaise, élaborée à titre expérimental en 2016.

 

Produire propre

 

Produire propre ! Voilà une préoccupation qui s’impose de plus en plus sur Ré. Comme l’a expliqué un peu doctement le député Olivier Falorni « le changement climatique comme le nuage de Tchernobyl ne s’arrête pas au pont. » Si l’on en revient à la pomme de terre, « plus on voudra produire propre, plus il faudra des cycles à rotation longue pour diminuer la pression des nématodes. Donc, plus les besoins de surfaces seront grands. » Et plus il faudra se bagarrer avec les ravageurs. Dans le canton nord, ce sont les Bernaches « qui rasent la moquette », ailleurs les lapins. Jérôme Poulard a lancé plusieurs essais de cultures intermédiaires :  pois chiches, lentilles, sorgho, radis fourrager… Pourra-t-on viser la récolte ? Rien n’est moins sûr.

 

En viticulture, « nous n’avons pas à rougir de nos pratiques» a soutenu le président de la coopérative.  Un groupe de dix exploitants a postulé pour être référencé « fermes DEPHY », avec un objectif d’économie de produits phyto de 20 % d’ici à 2021. Même chose pour les IFT (indices de fréquence de traitement). « Par rapport à la moyenne régionale, nous sommes à – 20 %. » Dans le cadre du Plan Ecophyto II, la coopérative poursuit la mise en œuvre de la confusion sexuelle au vignoble. Une action collective enclenchant une alternative aux pesticides. Sur la commune de Sainte Marie, cinq viticulteurs ont reconverti une partie de leur vignoble en bio.

 

En l’absence de Lionel Quillet, président de la Communauté de communes de l’Île de Ré, Sylvie Dubois, directrice de l’environnement à la CdC a rappelé les enjeux territoriaux. « L’agriculture et l’environnement, ça va ensemble » a-t-elle soutenu. « L’agriculture permet d’éradiquer les « mauvaises friches » qui ferment le paysage et dégradent la qualité du sol ». (applaudissement de la salle). Lancé en 2015, le PLUi (Plan local d’urbanisme, anciennement POS, Plan d’occupation des sols) rentre en 2017 dans sa phase d’élaboration. Sortie attendue du règlement en 2019. Composante du PLUi, le PADD (Projet d’aménagement et de développement durable) a prévu d’étendre de 1 200 ha la zone agricole, en plus des 1 530 ha existant. Objectif ! « Permettre la culture raisonnée, vertueuse, économe en eau et en intrans ainsi qu’agrandir et protéger la zone AOP pomme de terre. »

 

 

 

Les chiffres

 

 

La coopérative UNIRE a bouclé son exercice 2015/2016, arrêté au 31 juillet 2016, sur un chiffre d’affaires de près de 12 millions d’€. Par branche d’activité, « La Vigneronne » réalise un chiffre d’affaires de 8,4 millions d’€, « La Maraîchère » 3,2 millions d’€, la branche Appro. 950 000 €. Si les deux dernières activités finissent à l’équilibre, l’activité viticole a terminé sur un déficit de moins 500 000 €. Légère érosion de – 2 % sur la commercialisation bouteilles et BIB, dont 80 % des ventes se réalisent sur l’Ile. Mais une météo maussade en 2016 n’a pas dopé les sorties. Par ailleurs, la coopérative subit de plein fouet la baisse des ventes en Cognac. Elle ne commercialise plus que des comptes jeunes. Le directeur de la coopérative, Christophe Berthère, a demandé que l’on ne compare les deux exercices 2015/2016 et 2014/2015. « L’exercice précédent ne constituait pas pour nous un exercice de référence. Nous revenons sur quelque chose de plus habituel. » Sur l’exercice 2015/2016, les viticulteurs ont conservé leur niveau de rémunération.

  François Guilbaud, un œnologue rétais passé par l’Ecole de Bordeaux

 

 

 

Deux piliers d’Uniré partent à la retraite en cette année 2017 : Francis Bourriau, François Guilbaud, deux collègues, deux amis. Retour sur le parcours de François Guilbaud

 

Pendant à peu près la même durée – une trentaine d’années – le premier fut le technicien agricole et viticole de la coopérative tandis que le second était son œnologue et maître de chai. Les ont remplacé aujourd’hui Jérôme Poulard, depuis 10 ans déjà à Uniré et Etienne Blanchon qui a signé, en 2016, ses troisièmes vendanges. Un tuilage réussi.

 

En décembre 2016, l’Association des œnologues de Bordeaux a fêté son cinquantième anniversaire. A cette occasion, les portraits de 50 œnologues furent dressés. F. Guilbaud en faisait partie. Retour sur le parcours du maître de chai d’Uniré, qui a œuvré pendant 32 ans à la coopérative.

 

François Guilbaud entame ses études universitaires par un DEUG à Bordeaux, en 1978. Un cours de géologie lui donne l’envie d’en savoir plus : stage en Champagne, inscription  au DNO de Bordeaux, diplôme en 1979. Il se « fait les dents » et les papilles sur les Crémants de Loire. Son mémoire de fin d’étude, il le consacre à la méthode Champenoise. Sa carrière professionnelle débute à la cave coopérative d’Aléria en Corse : bateau, pêche sous-marine et…plasticage de sa voiture. Il revient sur ses terres natales pour étudier la distillation charentaise à Cognac avant d’intégrer la cave coopérative de l’Île de Ré en 1984. Il est, entre autres, le créateur de la réserve de Trousse chemise, méthode traditionnelle issue de Chardonnay insulaires. Aujourd’hui jeune retraité, François Guilbaud envisage de passer « de l’œnologie à l’œnotourisme ». Avec son collègue Francis Bourriau, F. Guilbaud fait peut-être partie des derniers techniciens de la coopérative à avoir pu acquérir leurs résidences principales sur l’Île. Aujourd’hui c’est devenu largement inaccessible.

 

 

 

 

 

 

 

 

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