Prime à la commercialisation et à la qualité

6 mars 2009

tribune_liboreau.jpgAlors que la cave a recruté un nouveau directeur au profil commercial affirmé, elle mise sur la qualité en sortant une gamme « Intense ». La démarche « Sauvignon terroir » confirme cette volonté de tirer la production vers le haut. Avec, toujours en ligne de mire, la recherche de la marge, rémunération des adhérents oblige. La coopérative a tenu son assemblée générale à Siecq le 28 janvier dernier.

Il parle parfaitement quatre langues, le français, l’anglais, l’allemand et le hollandais, sa langue maternelle. Henk Alferinck a rejoint la cave du Liboreau en avril 2003, après le licenciement de Michel Not pour motif économique (voir interview de H. Alferinck pages 32-33). Le recrutement du nouveau directeur n’est pas le fait du hasard. La coopérative recherchait un cadre à vocation commercial, afin de développer ses ventes et, quelque part, « faire de la marge ». Si la concrétisation de cette aspiration demandera forcément du temps, l’expert-comptable de la cave, M. Apparailly, a exprimé un sentiment général en disant que « cette année redonnait espoir. Votre coopérative est en train de fonder quelque chose ». En terme de vins de pays, le Liboreau écoule déjà 50 % de ses volumes à l’export, ce qui constitue sans doute une exception dans la région. Pour accroître encore ce commerce à l’international et notamment la part des produits embouteillés, Henk Alferinck a prévu un programme de prospection qui va le conduire très prochainement à Düsseldorf, au salon ProWein, en Belgique… En collaboration avec la Chambre de commerce d’Angoulême, seront également organisées des missions à l’étranger. Cible prioritaire, les pays de l’Est mais pas uniquement. « En tant que vendeur, relève H. Alferinck, je marque facilement des points dès que je peux faire déguster nos produits. La structure présente de gros atouts et je suis très fier de pouvoir montrer notre outil de production. Je suis très conscient que quelque part, à ma place, je suis responsable de la rémunération des adhérents. »

L’incendie de 1994 a généré de gros investissements, qui pénalisent d’entrée le compte de résultat annuel. « Il faut savoir que quoi que l’on fasse, l’exercice débute chaque année avec un handicap de 50 000 € au bilan » résume J.-Y. Marilheau, le président de la coopérative. Dans ces conditions, le sérieux dans la gestion et la recherche de débouchés rémunérateurs font partie des incontournables. La coopérative continue de se désendetter même si, le temps passant, elle doit se préparer à plus de dépenses d’entretien. L’union commerciale avec la cave de Saint-Sornin se poursuit. Baptisée Union Sornin-liboreau, elle ne concerne que la commercialisation des vins de pays. Le président du Liboreau a signalé que le chiffre d’affaires était à la hausse, les niveaux de prix légèrement supérieurs à l’an passé et les charges légèrement inférieures. « On est sur la bonne voie ! » Quant à la mise sur le marché de nouveaux produits, depuis trois ans, la cave du Liboreau a travaillé à l’élaboration d’une gamme « Intense » constituée d’un Chardonnay vieilli en fûts de chêne et d’un Sauvignon de terroir. Avec ces deux bouteilles, elle compte bien se démarquer et constituer une référence, comme il en existe peut-être davantage dans le domaine des vins charentais rouges. Destinées davantage au marché de la restauration régionale – créneau sur lequel la cave était jusqu’alors très peu présente – les bouteilles « Intense » commencent à bien « accrocher ». Elles sont vendues environ 4,5 € prix public, soit une trentaine de F. La forme de la bouteille, haute et contemporaine, joue les effets de transparence et de dégradé de teintes. Et pour mettre tous les atouts de son côté, la cave propose en prime des chevalets de table à ses couleurs.

Le handicap de deux faibles récoltes

Dans son rapport, le président Marilheau a souligné le handicap que constituaient les deux faibles récoltes 2002 et 2003. Sur les vins de cépages, les rendements moyens enregistrés par la coopérative en 2002 ont plafonné à 60 hl/ha pour le Colombard, 50 hl/ha pour les rouges, 40 hl/ha pour les Sauvignon et 35 hl/ha pour les Chardonnay. Conséquence de la sécheresse, les choses ne se sont pas arrangées en 2003. « Certes, le vignoble est jeune mais cela n’explique pas tout. A de tels niveaux de rendement, personne ne gagne sa vie, ni les adhérents, ni la coopérative qui manque de produits. » J.-Y. Marilheau poursuit : « Les prix de marché ne peuvent pas subitement doubler, sous prétexte que nous avons une demi-récolte. » Dans ces conditions, faut-il tailler plus long ? J.-Y.
Marilheau met en garde les adhérents : « Chacun est responsable de ses choix sur son exploitation mais attention à ne pas tomber dans l’excès inverse, si toutefois la nature voulait se montrer généreuse en 2004. » Pour lui, une fourchette de 70-75 hl/ha est à même de ménager qualité et quantité, en débouchant sur une rentabilité de l’exploitation.

Sans doute pour tenir compte de ces éléments et un peu « sous la pression des événements », la grille de paiement s’est « adoucie » en matière de rendements. Alors qu’elle avait été conçue pour être très dissuasive à l’égard des forts rendements, aujourd’hui le sommet de la courbe est atteint entre 65 et 75 hl/ha. Au-delà, la rémunération chute. Cette évolution tient également au fait que la cave vend plus de vrac et de bouteilles moyennement valorisées que de produits haut de gamme. Le raisonnement serait sans doute différent dans le cas inverse. Outre le rendement, la grille de paiement applicable aux vins de pays comporte quatre autres critères, l’état général d’avant vendanges (cette année cantonné aux seules parcelles de Sauvignon et de Chardonnay), le botrytis, l’âge et le degré. L’état général vise la qualité du feuillage, l’état du raisin, la hauteur de palissage, le pourcentage de manquants, l’état sous le rang ; en bref, il s’agit d’une photographie de la vigne. Si ce nouveau critère a été introduit en 2003, un autre va disparaître en 2004, celui concernant l’âge de la vigne. « Nous tenons à rester sur une grille relativement simple et l’âge de la vigne ne nous paraît plus un critère pertinent, étant donné que toutes les vignes ont vieilli. De plus, dans la pratique, c’est infernal à gérer, avec le phénomène des fonds de remorques correspondant à quelques rangs plus âgés que d’autres. »

Sur la récolte 2003, le président Marilheau a annoncé un niveau de rémunération globalement en hausse par rapport à 2002. Depuis l’an dernier, ces prix s’entendent nets de tous frais, vinification et autres. Ainsi, s’ils peuvent paraître encore en dessous de certains cours, « la différence est moins importante qu’il n’y paraît ». « Il y a encore du chemin à faire mais c’est mieux que par le passé et j’espère que les prix vont continuer à remonter » a indiqué J.-Y. Marilheau. Pour l’heure, le conseil d’administration croise les doigts et émet un vœu, celui de « pouvoir tenir ses engagements jusqu’à la fin », c’est-à-dire au terme du versement des acomptes. Cette année, la coopérative « attaque » fin février le paiement des moûts et vins de la récolte 2003. Le versement des acomptes s’étalera sur dix mois et représentera 80 % du prix. Les 20 % restants seront versés sur les deux mois restants, décembre et janvier. Pourquoi privilégier la méthode du fractionnement ? D’abord parce que c’est la pratique en matière de coopération et sans doute aussi par prudence. « Les 80 % sont acquis et nous ferons tout pour vous assurer le solde mais, au vu des résultats de l’exercice clos au 31 juillet 2004, nous jugerons si nous pouvons vous verser plus ou moins de ces 20 %. » Les jus de raisins, quant à eux, feront l’objet d’un paiement anticipé sur les six premiers mois de l’année, en trois fois, fin février, fin avril et fin juin.

Une hausse générale des niveaux de rémunération

salle_liboreau.jpgEn ce qui concerne les niveaux de rémunération, le conseil d’administration de la cave a proposé que les prix des vins de distillation passent de 2,50 € à 3 € le °hl, soit une augmentation de 25 %. Un niveau de prix encore faible mais que le conseil d’administration a tendance à globaliser avec les prix des moûts Pineau, dans la mesure où, à la coopérative, le Cognac est affecté pour les 4/5 au mutage. Les moûts Pineau sont payés bien plus chers. A 2,75 € le °hl, le prix des vins de table a été calculé pour qu’à 105 hl vol., il procure une rémunération identique à celle du débouché Cognac. L’augmentation la plus sensible se retrouve au niveau des jus de raisin dont le prix grimpe de 1,30 € hl à 1,80 le € °hl. Cela s’explique par la petite récolte 2003 mais aussi par le fait que « la coopérative livre des produits impeccables » et que l’acheteur a récompensé cette qualité. Payé 65 € l’hl vol. contre 85 € la récolte précédente, le moût pour Pineau rosé semble avoir beaucoup baissé mais la cave souligne l’effet de la QNV à 6 de pur, qui avait provoqué une remontée artificielle des prix. Avec une QNV Cognac de 7, il faut moins d’hectares Cognac pour muter les moûts et les producteurs se retrouvent donc moins pénalisés. Le moût de Pineau blanc ressort à 57 € l’hl vol., quel que soit le degré. Un prix unique se substitue aux deux niveaux de prix d’autrefois, qui jouaient en fonction des degrés : de 10 à 10,9° et 11° et +. Ce prix à double détente posait des problèmes de tenue informatique et, qui plus est, ne correspondait pas vraiment à l’attente de la coopérative, qui ne recherche pas particulièrement des moûts Pineau à forts degrés. Statu quo pour le vin de pays Ugni blanc dont la proposition de rémunération reste fixée à 38 € l’hl vol. (à 10 % vol.), sans augmenter mais sans baisser non plus. « Nous avons besoin de ces vins pour élaborer notre Pineau des Charentes » explique le conseil d’administration. Même constat pour le Colombard et le Sémillon qui enregistrent, eux, une petite hausse, passant de 42 € à 45 € l’hl vol. Ces produits correspondent à une demande et dans certains cas servent de bonificateur à l’Ugni blanc. La stabilité s’applique à tous les autres vins de cépages, qui émargent à 58 € l’hl vol. pour le vin de pays Sauvignon, 65 € pour le Chardonnay et 50 € pour le vin de pays rouge et rosé. Mention spéciale pour le vin de pays Sauvignon sélection qui, lui, atteint 88 € l’hl, un niveau de prix élevé justifié par un itinéraire technique particulier. C’est ce que l’on appelle à Siecq « la démarche Sauvignon terroir ». Lionel Dumas-Lattaque, le technicien viticole Chambre qui suit la cave, en a rappelé les principaux points : vigne implantée en terre de groie, âgée d’au moins cinq ans, épamprage soigné, contrôle de la surface foliaire pour atteindre le ratio de 1,4 m2 de S.F. par kg de raisin, rendement optimum entre 50 et 55 hl/ha. A ce jour, la démarche « Sauvignon terroir » concerne 4 à 5 adhérents de la cave. « Ce n’est pas un club fermé, la démarche est ouverte à tous » a précisé J.-Y. Marilheau. Même discours de L. Dumas-Lattaque. « Quand on dresse le bilan de l’itinéraire technique, ce n’est pas beaucoup plus compliqué d’élaborer ce type de produit. L’ébourgeonnage réclame peut-être plus de travail au printemps mais ce temps est récupéré l’hiver, lors de la taille. D’ailleurs les cinq participants ne partagent pas tous la même approche, que ce soit en terme de densité de plantation ou autres. On en discute en groupe et l’on échange sur les méthodes. Chaque structure est différente. Au niveau technique, ce n’est pas insurmontable et au plan gustatif le résultat est très intéressant. » A l’appui de ces dires, le président Marilheau a convié les participants à procéder à la dégustation comparée du Sauvignon terroir et du Chardonnay vieilli en fûts de chêne, les deux vins de la gamme Intense. Avant de conclure, il a lancé un appel en faveur de la diversification. « Le montant des aides à la restructuration vient d’augmenter. L’an dernier déjà, dans le cas le plus courant, le viticulteur percevait 65 000 F de subventions. A ce tarif, vous pouvez reconvertir pour trois fois rien une vieille vigne d’Ugni blanc en vin de pays. Nous sommes une poignée d’adhérents à avoir restructuré la moitié de notre vignoble, soit avec des droits Cognac, soit avec des droits nouveaux. Maintenant stop, aux autres d’y aller ! Le vignoble de Cognac est loin d’avoir fait toute la place aux vins de pays charentais. D’année en année, nous manquons de produits en vins de cépage. Chez nous, certains de ces vins de cépage sont mieux rémunérés que le Cognac. Avis aux amateurs ! »

 Les destinations de la récolte 2003

Sur la récolte 2003, la cave du Liboreau a vinifié 26 000 hl vol. Sur ce volume, elle a distillé 600 hl AP d’eau-de-vie, fabriqué 2 000 hl de Pineau blanc et 330 hl de pineau rosé. Profitant des cours élevés du vin de table, elle a produit 2 500 hl de vin de table. Les vins de pays concernent près de 5 000 hl vol., en constante augmentation d’une année sur l’autre. Les excédents d’Ugni blanc ont été attribués à l’élaboration de jus de raisin et, pour une faible partie, aux vins de table pays tiers.

 

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