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Une (Re) Conquête De Marchés

28 février 2009

Si ses résultats restent très honorables, la Coopérative de l’île de Ré a perdu son statut d’Eden pour vignerons coopérateurs. L’île est rattrapée par les difficultés « du continent » et doit lutter pour préserver ses acquis.
cooperative.jpgLe 12 janvier dernier, la Coopérative des vignerons de l’île de Ré tenait son assemblée générale. Bonne participation et climat détendu, loin des tensions éprouvées l’an dernier à même époque. L’annonce d’une grille de classement de la récolte en fonction du rendement, applicable pour les vendanges 2005, avait provoqué un coup de sang chez certains adhérents. Sur ces entrefaites, le président Bouyer avait démissionné, provoquant l’arrivée un peu précipitée d’un nouveau chef de file, Jean-Jacques Enet. Un an plus tard, c’est en président de plein exercice que ce dernier a conduit sa réunion en binôme avec son nouveau directeur, Bernard Adam, arrivé en août 2005. L’assemblée générale a statué sur l’exercice 2004-2005, un exercice en demi-teinte puisque la seule augmentation a porté sur les ventes aux particuliers, des « ventes comptoir » qui progressent de 4 %. Les autres ventes de produits finis (aux commerces de proximité…) ont perdu 105 000 €. Sont concernées par cette baisse les ventes de vins et les ventes de Pineau qui continuent de pâtir de la concurrence des bas prix sur le continent mais sans doute aussi sur l’île. Car si la coopération rétaise maîtrise la production de son terroir, elle n’a pas le monopole des ventes. Paradoxalement, c’est à un léger déstockage du Cognac en vrac que la coopérative doit d’avoir « tamponné » la baisse. Grâce au « plus » dégagé par les ventes de Cognac en gros, son chiffre d’affaires n’affiche qu’une légère décrue. Il s’élève à 6,25 millions d’€. A ce climat commercial plus tendu est venue s’ajouter une progression des charges, en partie due au départ de la coopérative saunière du groupe Uniré. Des charges de fonctionnement qui étaient divisées par quatre ne le sont plus que par trois, entre les coopératives vinicole, maraîchère et d’appro. « Cette scission ne va pas dans le bon sens de l’unité de l’agriculture rétaise » regrettait mezza voce Louis Gaudin, présent à l’AG et l’un des fondateurs d’Uniré dans les années 60. Tout en regrettant les conséquences de la séparation, J.-J. Enet a indiqué d’une part qu’il n’en était pas responsable et d’autre part qu’il n’y avait peut-être pas d’autre solution. « Décider en commun avec la coopérative saunière devenait très difficile. Mais je n’en dirai pas plus aujourd’hui. Le sujet relève de l’AG d’Uniré. »

Pour couvrir des créances clients en augmentation et des ventes tardives, la coopérative a sollicité un emprunt bancaire tandis que la coopérative maraîchère lui concédait un prêt de trésorerie, rémunéré au taux de 3 % et remboursé en août 2005. Commentaires d’un vieux coopérateur : « De notre temps, ça se faisait mais on n’en parlait pas. C’est bien qu’ils en parlent. »

Jean-Jacques Enet a indiqué qu’une étude marketing allait être lancée, « permettant la création d’une véritable politique de vente cohérente et efficace. Votre conseil d’administration considère que dans un contexte de crise viticole, de baisse de la consommation et de concurrence aggravée, nous devons être de plus en plus incisifs en matière de vente et de conquête de marché ». Au cours de sa présentation, l’œnologue de la cave François Guilbaud a notamment souligné qu’en France, « une bouteille de vin sur quatre était consommée par un palais féminin ». « En grandes surfaces, a-t-il dit, ce sont elles qui achètent le vin dans 78 % des cas. Cette évolution est lourde de conséquence car les femmes n’ont pas la même approche que les hommes. Aux vins puissants et tanniques, elles préfèrent les vins frais et aromatiques. Ce n’est pas un hasard si ce style de vin, les rosés en particulier, progresse. Pour l’île de Ré comme pour toutes les autres zones de production, l’évolution du marché doit orienter nos décisions, qu’elles concernent l’encépagement, la vinification, le type de vins élaborés ou le marketing de nos produits. »

En 2004, la cave a rentré 58 000 hl de moûts dont 16 000 hl pour la production de vins de pays. Pour la vinification en rouge, la cave avait investi dans des cuves Ganimède. Les vins rouges 2004 en sont les « premiers jus ». Commentaires de l’œnologue : « Ces vins sont mieux structurés, plus colorés mais aussi plus souples et plus fruités. » Sur l’air de la « première fois », c’est lors des vendanges 2005 que s’est appliquée la nouvelle grille de classement pour la sélection matière (les paiements n’étant pas encore attribués). Entre-temps, l’aménagement de la grille a déminé les oppositions. Lors de la présentation de la grille remaniée, le président de la cave a recensé une seule abstention, le reste de l’assemblée se prononçant pour.

départ du « petit robert »

ll en va de la vie normale d’une coopérative de se renouveler : des adhérents partent, de nouveaux arrivent. Jean-Jacques Enet a rendu hommage à deux administrateurs sur le départ, Gilles Brullon et Robert Mounier. Administrateur depuis 1983, Gilles Brullon était connu pour sa franchise et sa participation. J.-J. Enet l’a remercié de son engagement. « Il est important que des membres du conseil d’administration s’impliquent autant. » Administrateur depuis 30 ans, secrétaire depuis 25 ans, Robert Mounier se classait plutôt dans le camp des « taiseux » mais également des fidèles. « Tu étais l’intellectuel du groupe, « le seul qui sache écrire », d’où ton surnom de “Petit Robert” » a plaisanté le président de la coopérative (applaudissements de la salle). « Nous avons toujours apprécié ton travail. La meilleure façon de se retirer du conseil est d’intégrer son fils. J’espère qu’Eric, déjà administrateur stagiaire, va rapidement passer administrateur titulaire, pour nous faire bénéficier de ses compétences. »

Invité à la réunion, Alain Philippe, le directeur du BNIC, s’est livré à une présentation chiffrée de l’économie du Cognac. Des indicateurs plutôt rassurants dans une filière viticole globalement déprimée. Jean-Jacques Enet en a profité pour rebondir sur l’actualité rétaise. « Jusqu’à présent, nous avons privilégié la production de vins de pays. Aujourd’hui, nous sommes sans doute arrivés à un stade où notre service commercial ne nous permet pas d’en vendre davantage. Outre le plan marketing que nous allons mettre en place, il faudra penser à renouveler le vignoble Ugni blanc pour élaborer du Cognac. Je crois que le Cognac reste un produit d’avenir. » A Jean-Bernard de Larquier, président du SGV Cognac, qui lui aussi avait franchi le pont, Jean-Jacques Enet a apporté un soutien sans réserve. « Le SGV représente l’intérêt de la viticulture charentaise. Si vous devez adhérer à un syndicat de défense, je ne veux pas faire de pub, mais adhérez au SGV ! »

Léon Gendre, conseiller général du canton de Saint-Martin-de-Ré, président de la communauté de communes et maire de La Flotte, a clôturé la réunion. Il a rappelé la compétence de la CDC « pour bien vendre et faire connaître les produits de l’île, vin, Cognac, Pineau, pomme de terre primeur, sel, huîtres… Il y a sans doute une synergie à trouver entre tous ces produits sous une même bannière rétaise. » Assurant de l’aide de la collectivité publique pour l’installation des jeunes, notamment en terme de maîtrise foncière, il a émis un regret : « que l’île en arrive à des écarts de revenus choquants ». Dans tous les esprits, cette réflexion renvoyait à la prolifération des enseignes d’agences immobilières, une évolution qui s’attaque aux soubassements même de la culture îlienne et à la faculté de « vivre ensemble ».

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