Les quarante ans de la Jurignacaise

18 mars 2009

La Jurignacaise, coopérative de distillation et de stockage présidée par Jean Croisard, a fêté ses quarante ans le 2 avril 2008 en présence des adhérents et du principal acheteur, Olivier Blanc, P-DG de la maison Léopold Gourmel. Après avoir traversé des périodes difficiles, notamment liées à un contentieux social lourd, la Jurignacaise a reconquis sa sérénité d’antan.

 

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Jean Croisard, le distillateur, et Olivier Blanc.

La traversée de la RN 10 représente toujours une petite victoire sur la vie. Pourtant, il faut bien couper ce sacré ruban d’asphalte et son roulement ininterrompu de camions pour rallier ce qui apparaît, à côté, un havre de paix, le village de Jurignac et plus précisément le hameau de Pétignac. Un facteur de piano renommé, Gérard Fauvin, y a planté son domaine musical. A un jet de pierre, les modestes bâtiments de la coopérative ouvrent sur les terres blanches et moutonneuses de ce coin de Fins Bois et de Petites Champagnes de Blanzac. Ici, il y a 45 ans, des viticulteurs ont décidé de se regrouper pour distiller et stocker leurs propres eaux-de-vie. Ils s’appelaient Paul Coupillaud, Gilbert Croisard… Les premiers alambics – deux chaudières de 20 hl – fonctionnent pour la première fois cinq ans plus tard, le 12 février 1968. A l’époque, les eaux-de-vie partent chez un marchand en gros, la maison Segrestan. Puis, euphorie du Cognac aidant, la coopérative noue des contacts directs avec plusieurs négociants de la place. Les deux alambics de 20 sont remplacés par quatre de 25. Puis, comme tout autre opérateur, la coopérative de distillation connaîtra les vicissitudes du marché du Cognac, avec son lot de révision des contrats, d’éloignement de certains acheteurs. Situation pourrait-on dire presque banale, en tout cas classique. Ce qui l’est moins, c’est le lourd contentieux qui, pendant neuf années, va opposer un ancien salarié, poursuivi pour abus de confiance, à la coopérative. Des juristes chevronnés qualifient l’affaire de « cas d’école ». Partant d’une décision des prud’hommes, le dossier écumera tous les strates de la procédure, de renvoi en cour d’appel en pourvoi en cassation. Ce n’est qu’en juillet 2007 qu’il connaîtra son dénouement final, favorable à la coopérative. Entre-temps, la structure aura provisionné de fortes sommes, « plombant » ainsi ses comptes. Surtout les adhérents se seront fait un sang d’encre, craignant d’être obligés de payer, même si la coopérative avait pris les précautions d’usage. Le 2 avril 2008 lors de la petite fête d’anniversaire, la coopérative avait tenu à inviter le jeune avocat poitevin, Laurent Clair, qui l’a défendue durant toute cette affaire. En 1998, il débutait dans la profession. « Nous nous sommes formés ensemble » a relevé en souriant Jean Croisard. Un autre homme a joué les « messieurs bons offices » auprès de la coopérative. Ce fut Jean-Marie Guilloton, présent le 2 avril à Jurignac alors que ses fonctions actuelles l’emmènent davantage du côté de la Guadeloupe*. A la fin des années 90, confronté à des difficultés de marché, le conseil d’administration de la coopérative avait décidé de lui confier une mission d’audit. Consultant à Atout 4 CER France, J.-M. Guilloton apporta ses compétences, son regard critique et son réseau relationnel. Il mit la coopérative en contact avec Olivier Blanc, P-DG de la maison Léopold Gourmel. C’était le début d’un fructueux compagnonnage, toujours d’actualité.

contrats triennaux

Le 2 avril, lendemain du changement de compte des eaux-de-vie, O. Blanc a remis en main propre les paiements à échéance de plusieurs récoltes. La petite société implantée à Genté a établi des contrats triennaux avec la coopérative de distillation. Ce courant commercial, fondé en 2000, a connu une forte accélération depuis trois ou quatre ans. Léopold Gourmel enlève chaque année entre 600 et 700 hl AP, un volume significatif aux dimensions de la maison. Surtout, Olivier Blanc a trouvé auprès de la Jurignacaise un partenaire à l’écoute, jouant pleinement la proximité. Non seulement la distillation s’effectue « à la Gourmel » – distillation « grasse », extraction de matières – mais le dialogue s’exerce tout au long de l’année, pré et post-vendanges, durant la distillation, lors de la mise en vieillissement. Détenant un petit contrat avec une autre maison, la coopérative distille pour son propre compte 800 hl AP par an. L’objectif consisterait à atteindre rapidement les 1 000 hl AP. Par ailleurs, la coopérative de Brossac, ne possédant pas d’alambic, fait distiller 600 hl AP à la Jurignacaise. La trentaine d’adhérents actifs de la coopérative (plus les retraités qui apportent leurs stocks) se recrutent sur les zones de Jurignac, Rouillac, Châteauneuf, Blanzac. Si quelques adhérents livrent toutes leurs récoltes à la coopérative, les plus nombreux en apportent une partie et en écoulent une autre part auprès des maisons de la place. Depuis 1991, Jean Croisard assurre la présidence de la coopérative. Ses ennuis procéduraux derrières lui, il a tout l’air d’un président heureux.

 

* Pour Jean-Marie Guilloton, la retraite n’aura duré que l’espace d’un (très) court hiver. En novembre 2007, il quittait le CER France Charente après 38 ans de carrière…pour être sollicité dès janvier 2008 par le réseau CER France. Il s’agissait rien moins que d’une opération de sauvetage : reprendre la direction par intérim du Centre de gestion de la Guadeloupe, dans l’attente du recrutement d’un nouveau directeur, le précédent ayant été licencié en décembre 2007. Jean-Marie Guilloton a donc rallié Basse-Terre pour le travail qui fut toujours le sien : introduire de la rigueur, de la méthode, en n’oubliant pas « de mettre l’homme au centre des projets ». Inutile de préciser qu’il ne rentre pas dans les intentions de J.-M. Guilloton d’entamer une nouvelle carrière dans les Antilles. Son retour en Charente est une question de mois.

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