Communauté des gens du voyage : Avec la taille de vigne, accéder à des tâches plus qualitatives

26 février 2014

Dans la région, c’est la première fois que la communauté des gens du voyage profite d’une formation à la taille de vigne. Une façon de lui proposer des tâches plus qualitatives alors que des besoins existent et que le travail saisonnier colle bien à la culture des voyageurs. Projet lancé et suivi par « Le chemin du hérisson », centre social spécialisé dans l’accompagnement des familles de voyageurs sur les territoires du Ruffecois et de Charente-Limousine. Viticulteur à Saint-Fraigne, Jean-Luc Lassoudière préside depuis sa création l’Association pour l’accompagnement des gens du voyage en nord-Charente.

Scolarisation, logement, insertion professionnelle, accès aux droits fondamentaux, « vivre ensemble », lutte contre les préjugés… Quand l’Association pour l’accompagnement des gens du voya-ge en nord-Charente (AAGVNC) apparaît en 1999, son but est de contribuer à l’insertion des gens du voyage. Le centre social « Le chemin du hérisson » arrive dans la foulée, pour mettre en application le projet de l’association. Installé à Roumazière-Loubert, dans le nord-Cha-
rente, le centre social Le chemin du hérisson emploie 6 permanent(e)s. Il intervient sur deux pays, Ruffecois et Charente-Limou-
sine. Des structures identiques existent à Angoulême et à Cognac. Toutes, elles bénéficient du soutien du Conseil général, qui fut proactif dans leur création. Le département de Charente compte une population assez nombreuse de voyageurs, dont une partie est touchée par la précarisation, la paupérisation. « Nous suivons environ 300 familles » indique Lisbeth Spanjers, directrice du centre social. « Cela ne recouvre pas l’ensemble des familles, car certaines ne le souhaitent pas – la démarche est volon-
taire – et d’autres sont bien insérées. »

Pourquoi une formation à la taille de vigne ? Pour les voyageurs, le travail en viticulture n’est pas « terra incognita ». Il s’inscrit dans une longue tradition. Grands-parents, parents parfois ont fait les vendanges dans le vignoble charentais. Encore aujourd’hui, certaines familles émigrent vers la Champagne de Reims à l’heure de la récolte. Par ailleurs, la notion de travail saisonnier ne heurte pas la communauté des voyageurs. Alors que d’autres franges de la population peuvent voir le travail saisonnier comme un facteur de précarité, chez les gens du voyage, il colle plutôt bien à leur notion de
liberté. Enfin, il ne faut pas oublier que 60 % de la population a moins de 25 ans. Les jeunes « cherchent du boulot ». Pourtant, en Charente aujourd’hui, avec la mécanisation des vendanges, les seuls contacts avec le monde viticole se bornent bien souvent à des tâches peu qualifiées comme le tirage de bois.

Un stage de 3 semaines

Jean-Luc Lassoudière, les membres de l’association, le centre social ont souhaité bousculer un peu le cours des choses : faire en sorte que les gens du voyage accèdent à un travail plus qualitatif. Surtout que la demande existe. Ils ont demandé au CFPPA
de l’Oisellerie d’assurer la formation à la taille, en tout trois semaines de stage (4 jours par semaine) dont la dernière chez un viticulteur, dans les conditions de la pratique. Pôle emploi a financé la formation, Conseil général et missions locales assurèrent le dédommagement des repas. Les cours ont été dispensés à Saint-Fraigne, pour tenir compte de la faible mobilité des stagiaires mais aussi pour leur offrir un cadre connu.

« Une certaine crainte à aller vers les autres existe. Dans le contexte d’une formation « normale », ils auraient pu avoir du mal à trouver leur place. Avec nous, le lien de confiance est établi. Il rend l’apprentissage plus facile » relève L. Spanjers. « Il y a parfois des mots importants à dire ou ne pas dire » ajoute
J.-L. Lassoudière.

Pas de désistement

Comme formateur à la taille, le centre de l’Oisellerie a choisi de faire appel à Bruno Marin, lui-même déjà employeur de saisonniers issus de la communauté des gens du voyage. Le centre social n’a pas eu de mal à recruter des candidats. Ils furent huit à se manifester. Au cours de la formation – du 20 janvier au 7 février – aucun désistement ne s’est produit, malgré la pluie, des conditions météo plutôt difficiles. « Ils ont été heureux qu’on leur propose quelque chose de positif, qui aille dans le sens de leur intérêt » témoigne le président de l’association.

Côté maître de stage, la même disponibilité s’est manifestée. « Les viticulteurs sont à la recherche de tailleurs. Pas mal d’entre eux embauchent déjà des voyageurs dans les vignes. C’étaient un moyen pour eux de tester en direct les capacités des personnes. Et puis ils connaissent Jean-Luc Lassoudière » explique la directrice du centre.

A Aigre, Verdille, Rouillac, ils furent sept viticulteurs à accueillir les nouvelles recrues. La formation à la taille, essentiel-
lement axée vers l’acquisition technique, s’est prolongée par un volet « accompagnement à l’emploi », rédaction de CV….

Cette formation à la taille centrée sur le public des voyageurs fait figure de première en Poitou-Charentes. Suscitera-t-elle des vocations ailleurs ? On pense notamment au cœur du vignoble charentais. Pour Jean-Luc Lassoudière, cette initiative a valeur de test. « Bien sûr, le but, c’est que la formation soit reprise ailleurs et notamment au cœur de la région viticole. Avec les sta-
giaires, nous avons démontré que c’était possible. »

 

Il emploie des gens du voyage depuis 7 ans

Bruno Marin, viticulteur à Saint-Genis-de-Hiersac, fait réaliser tous ses travaux saisonniers par des gens du voyage, depuis 7 ans. A la demande du CFPPA de l’Oisellerie, il a assuré la formation à la taille de vigne pilotée par Le chemin du hérisson.

Comment devient-on formateur ?

J’ai commencé l’an dernier. Disons que je recevais régulièrement des stagiaires du CFPPA de l’Oisellerie, en Capa Vigne & Vin, Bac pro adulte. Mme Morenvillez m’a proposé d’être formateur à la taille de vigne et, cette année, j’ai enchaîné avec le groupe des gens du voyage.

Vous en employez régulièrement ?

Depuis 6 ou 7 ans. Un couple de gens du voyage résidait dans le village. Je suis allé les voir pour les relevages. Ils ont accepté de venir travailler chez moi. Cela s’est bien passé. L’année suivante, ils sont venus tirer les bois. Voilà sept ans que je les emploie comme saisonniers : deux frères et leurs épouses. Ils effectuent tous les travaux à façon des vignes.

Cela s’est bien passé avec les stagiaires ?

Tout à fait. Les gens du voyage sont intéressés par ce genre de travail. En général, ils connaissent bien les tâches saisonnières. Ils font les prunes, les pommes. Ils ont acquis rapidement les gestes techniques de la taille. Le plus âgé des stagiaires avait 53 ans, le groupe des plus jeunes entre 18 et 22 ans. Je sais que les viticulteurs sont un peu méfiants à leur égard. Eux-mêmes n’iront pas d’emblée vers les autres. Pourtant ils ont besoin de boulot. Quand ils gagnent notre confiance et quand on gagne la leur, cela se passe bien. C’est dommage d’avoir des gens près de chez soi et de ne pas les employer.

 

 

 

 

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