Coûts de production viticole récolte 2009 Région délimitée Cognac : L’étude de groupe de CER France

26 novembre 2010

Sortie en juin 2010, l’étude de groupe de CER France constate sur le terrain l’évolution des coûts de production viticoles de la région délimitée Cognac. Ces chiffres, en cohérence avec ceux du BNIC, permettent aux adhérents de se situer et d’identifier leurs marges de progrès. Présentation de la démarche et des éléments chiffrés par Patrice Fradet, directeur du territoire Jarnac-Cognac.

 

 

fradet.jpg« Le Paysan Vigneron » – Depuis la récolte 2006, le Centre d’économie rurale sort à nouveau des études de groupe sur les coûts de production. Sur quelles bases reposent ces études ?

Patrice Fradet – Avec mes collègues de Charente et de Charente-Maritime, nous travaillons sur un échantillon de 64 exploitations, réparties sur les deux départements et les trois groupes de crus, groupe des Champagnes et Borderies, groupe des Fins Bois et groupe des Bons Bois. Notre échantillon intègre une série d’exploitations de 15 ha, une autre de 30 ha et un groupe de 45 ha. Grâce à la comptabilité analytique, nous écartons du résultat d’exploitation tout ce qui n’est pas lié à la vigne : céréales, élevage… Nous essayons de garder les mêmes structures d’année en année, sauf changement de nature de cultures. Toutes les formes juridiques et tous les régimes fiscaux sont représentés : formes sociétaires, exploitations individuelles, IS, IR… Nos critères de choix des exploitations reposent sur leur localisation géographique, leurs surfaces mais aussi sur le fait qu’elles clôturent relativement tôt. Nos clients clôturant plus tard peuvent ainsi se situer par rapport à l’échantillon et voir où résident les marges de manœuvre.

« L.P.V. » – A quel niveau de coûts arrivez-vous sur la récolte 2009 ?

P.F. – Pour le groupe des Champagnes et Borderies, la moyenne des coûts constatés s’élève à 6 764 €/ha, 6 244 €/ha pour le groupe des Fins Bois et 6 569 €/ha pour les Bons Bois. Le coût global, lui, se positionne à 6 484 €/ha. A noter que ces coûts de production n’intègrent pas la production de vin destiné à la réserve climatique. Le niveau de charge en aurait été artificiellement baissé.

« L.P.V. » – Le BNIC (1) sort tous les ans depuis 2005 son propre coût de production de l’ha de vigne. Où se situe la « plus-value » du CER ?

cout_prod_tbl_1_tbl2.jpgP.F. – Je ne sais pas s’il s’agit d’une plus-value mais disons que nos démarches relèvent de logiques un peu différentes. Pour calculer son coût de production moyen, le BN utilise deux exploitations virtuelles, l’une de 15 ha et l’autre de 40 ha, considérées dans le seul cru Fins Bois. De manière théorique, il reconstitue sur une exploitation type les différents postes de charges, réactualisés d’année en année. Nous, nous partons de l’observation de la réalité de terrain. Au final, il s’avère que les deux méthodes se rejoignent. Elles présentent une assez grande cohérence de résultats (2), ce qui conforte d’ailleurs la méthode théorique. Ceci dit, notre système présente l’intérêt de constater non seulement l’évolution des coûts mais aussi d’observer les comportements des viticulteurs. Prenons l’exemple du poste mécanisation. Les viticulteurs laissent-ils vieillir le matériel avec d’importants frais d’entretien ou, au contraire, le renouvellent-ils, avec à la clé des frais d’amortissement élevés ? Notre étude permet de le dire. Même chose pour le foncier. Nous constatons l’évolution réelle des charges de foncier aussi bien sur les fermages que sur l’entretien des plantations ou le financement des achats de terre.

« L.P.V. » – En grande masse, qu’observez-vous ?

P.F. – En quatre ans, le coût de production d’un ha de vigne a progressé de 25 %, avec une stabilisation sur les deux dernières campagnes. De fortes disparités de résultats apparaissent, dans l’échantillon comme hors échantillon. Cela veut dire, clairement, qu’il existe des marges de progrès. Dans notre échantillon, le plancher se situe à 3 500 €/l’ha et le plafond à 9 600 €/ha. De multiples facteurs expliquent cette dispersion. C’est pour cela que chaque dossier nécessite une analyse spécifique. Il n’y a pas de vérité avérée. Quelqu’un peut avoir de fortes charges de mécanisation simplement parce qu’il vient de réinvestir. Notre position n’est pas de juger mais d’étudier avec le viticulteur là où résident les marges de progrès.

« L.P.V. » – Quels sont les principaux postes de charges ?

P.F. – Il y en a trois : la main-d’œuvre, la mécanisation et le foncier. Avec plus du quart du coût total, la main-d’œuvre arrive en tête des postes de charge, suivie de près par la mécanisation et, un peu plus loin, par le foncier. A elles seules, la main-d’œuvre et la mécanisation pèsent pour la moitié des coûts. Sur la mécanisation ou le foncier, les exploitants ne disposent pas de nombreux leviers. Ils ne peuvent jouer qu’à moyen ou long terme. Par contre la main-d’œuvre représente la variable la plus facilement mobilisable. Non pas qu’il faille demander aux salariés de travailler plus mais, en terme d’organisation, il y a certainement des pistes d’amélioration.

« L.P.V. » – De quel ordre ?

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P.F. – Je pense à la répartition des tâches entre permanents et saisonnier, à la délégation de certains travaux à des tiers ou encore à la motivation du personnel. Dans ce domaine, il n’y a pas de miracles ! Quel que soit le secteur d’activité, la motivation des salariés passe par quelques étapes incontournables : la fixation d’objectifs, l’évaluation et la récompense. Chez les exploitants, je n’observe pas d’opposition de principe ou de blocages. Simplement, ils doivent acquérir des savoir-faire, s’approprier des méthodes. On ne passe pas du jour au lendemain du statut de viticulteur travaillant seul ou en famille à celui d’employeur de main-d’œuvre à la tête d’une équipe de salariés. Parfois l’on peut avoir le sentiment de bien faire et supporter de fortes charges. En premier lieu, il faut poser le diagnostic – évaluer sa situation, tant en terme quantitatif que qualitatif – et ensuite programmer les besoins, en identifiant les pics et les creux. La plupart du temps, ce travail débouche sur de vrais progrès. Mieux ! Souvent il s’accompagne d’une satisfaction meilleure, chez le chef d’entreprise comme chez le salarié. Un salarié mal managé n’est pas un salarié heureux.

« L.P.V. » – Comment évoluent les autres postes de charges, la MSA, les phytos, les frais financiers, les frais divers ?

P.F. – L’augmentation constatée sur le poste MSA est liée aux bons revenus dégagés sur la récolte 2007. L’année suivante, les cotisations ont augmenté en moyenne de 40 % et presque doublé sur deux ans. Ce mécanisme de décalage n’a rien de surprenant. Au minimum, un an s’écoule entre la perception du revenu et l’impact sur le niveau de cotisation mais souvent davantage, compte tenu de l’effet de lissage introduit par la moyenne triennale. En 2010, les cotisations MSA vont certainement amorcer une baisse. En ce qui concerne la protection phytosanitaire, ses coûts ont diminué sur la récolte 2009. C’est l’effet direct de la moindre pression maladie. Par contre, comparés à 2006 – année elle-même sans pression maladie – ils affichent une hausse de 26 %. Est-ce dû à des hausses de prix des phytos et/ou à un relâchement des pratiques, qu’expliqueraient la hausse de la QNV et deux années de production déficitaires ?

Les frais financiers, s’ils ne représentent que 3 % des coûts totaux, ont cependant progressé de 22 % en 4 ans. Ils correspondent tout de même à un endettement moyen de 4 160 €/ha (au taux bancaire de 5 %). Ils montrent une fragilité certaine des exploitations face à une crise conjoncturelle. Enfin les frais généraux ont baissé de 35 % en 2009, après une hausse sur les trois années précédentes. Cela dénote l’inquiétude des viticulteurs face à la crise du premier semestre 2008 et leur réaction sur le poste le plus rapidement ajustable.

« L.P.V. » – Comment voyez-vous les coûts 2010, qui sortiront chez vous au printemps 2011 ? Le groupe de travail du BNIC vient de publier ces coûts 2010. Ils indiquent une très faible variation, de + 0,8 %.

P.F. – Effectivement, je pense que nous allons vers une stabilité des coûts 2010, voire une légère baisse. La MSA va diminuer un peu, les phytos ne progresseront pas et les investissements ont ralenti. Un gros rattrapage a été fait sur les exploitations, même si les aides aux investissements ont donné un coup d’accélérateur fin 2009-début 2010. Le coût de production diminue logiquement avec la taille de l’exploitation mais les économies d’échelle demeurent limitées. La commercialisation en vin pose une évidente question de rentabilité. Rapporté au prix moyen du vin, « ça ne passe pas. » En 2009-2010, le revenu des exploitations viticoles s’est constitué essentiellement sur la distillation et le stock. La marge de manœuvre va tourner autour du rendement autorisé. Aux prix actuels, il est clair qu’en dessous de 8,5 hl AP/ha, la rentabilité moyenne des exploitations est compromise. Comment va évoluer le partenariat viticulture/négoce ? De la réponse dépend la composante plus-value, au cœur du fonctionnement des entreprises. Une plus-value qui conditionnera elle-même un enjeu très important pour l’avenir, celui de l’environnement.

(1) Depuis 2005, le groupe de travail « Economie viticole » du BNIC animé par Olivier Louvet établit chaque année un coût de production de l’ha de vigne basé sur deux exploitations virtuelles de 15 et 40 ha.
(2) Coûts de production en €/ha BN/CER – 2006 : 5 600 € (BN)/5 200 € (CER) – 2007 : 5 800 € (BN)/5 600 € (CER) – 2008 : 6 200 € (BN)/6 400 € (CER) – 2009 : 6 300 € (BN)/6 500 € (CER).

CER France Poitou-Charentes Des territoires en Région
Le réseau CER (Centre d’économie rurale) a revu son organisation. Il fonctionne désormais en territoires, regroupés au sein de la Région. En Poitou-Charentes, CER France compte13 territoires.
Conserver voire améliorer la proximité avec le terrain tout en s’assurant une taille critique suffisante et des économies d’échelle. C’est sans doute ce qui était visé avec la réorganisation du réseau CER France. Pari semble-t-il réussi. Après le découpage administratif en « antennes » et la tentative d’imposer des « zones d’expertise » un peu « théorique », la notion de territoire s’avère assez proche de la réalité. En tout cas elle parle à tout le monde. La zone viticole Cognac compte aujourd’hui trois « territoires » : le territoire de Jarnac/Cognac dirigé par Patrice Fradet, le territoire de Saintes dirigé par Thierry Pain et le territoire de Jonzac/Barbezieux dirigé par Florence Swisteck. Au total, les territoires de la région délimitée regroupent 1 200 adhérents viticulteurs. Sur la région Poitou-Charentes, le réseau CER recense 12 500 adhérents, dont 8 500 agriculteurs ou viticulteurs et 4 000 artisans, commerçants, PME. Le réseau indique une légère progression sur l’agriculture et une forte croissance sur le créneau des artisans/commerçants. Les organes administratifs du réseau – direction et service généraux – se sont déplacés de l’échelon départemental à l’échelon régional. Aujourd’hui un directeur basé au siège social de Niort, Jean Pagliocca, supervise le fonctionnement des 13 territoires régionaux et des 530 salariés du réseau. Il est aidé dans sa tâche par trois directeurs délégués : Gilles Gault, responsable des « métiers » (comptabilité, conseil, juridique) ; Dominique Cividini, responsable du développement commercial et des territoires ; Johann Picard, responsable des ressources humaines, financières et matérielles. Marie-Luce Spanjers, adhérente du CER France à Roumazières-Loubert, en Charente limousine, préside l’échelon régional du réseau.

 

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