Christophe Véral, président de l’UGVC : nous devons être fiers de notre réussite !

22 février 2018

Il est l’homme qui représente la viticulture du Cognac dans les deux postes clef de l’organisation régionale : Président de l’UGVC et chef de famille de la viticulture. Lecumul de ces fonctions est clairement choisi et assumé par les élus de l’UGVC pour lesquels l’unité de la parole viticole permet de parvenir à ses fins tant dans les discussions régionales que nationales. Avec un peu plus de 6 mois de recul sur sa fonction de président, Christophe Véral a les idées claires sur le cap à tenir pour poursuivre le développement de la filière en respectant les intérêts de la famille des viticulteurs.

LPV : Quelles seront les priorités de l’UGVC en 2018 ?

C.V : D’abord, renforcer nos moyens pour apporter plus de services à nos adhérents et encore améliorer la communication à leur endroit, c’est le cœur de notre métier. Les autres sujets qui feront l’actualité de 2018 sont nombreux pour défendre les intérêts de tous les viticulteurs : Nous accompagnerons la mise en œuvre du référentiel viticulture durable, nous travaillerons à stabiliser le business plan et à maintenir le poids de l’UGVC dans les instances régionales et nationales, nous participerons à la mise en place d’un contrat interprofessionnel et nous chercherons des solutions pour protéger les vignobles contre les aléas climatiques… Voilà, entre autres, les principaux sujets que nous aurons à traiter…

 

LPV : Sur la question du service aux adhérents, vous avez pour projet d’étoffer l’équipe de vos permanents ?

C.V : Oui, nos adhérents nous demandent d’être accompagnés sur tous les sujets en lien avec leur entreprise, que ce soit la fiscalité, le juridique, les plantations… et nous nous devons de répondre à cette attente. Deux nouveaux salariés seront recrutés en ce début d’année. La première personne viendra épauler Émilie Chapalain pour l’aider à la communication interne en particulier auprès des délégués et dans notre revue syndicale  UgniC. Nous avons besoin communiquer plus vite pour éviter les « radios bout de vigne » qui nuisent à l’information « vraie » que nous souhaitons diffuser. Fin janvier début février, nous rencontrerons d’ailleurs, au cours des réunions de secteurs, nos adhérents pour leur parler de l’actualité. Le rôle de la seconde recrue sera de suppléer notre Directeur Alexandre Imbert sur les questions d’ordre politique et juridique. Les viticulteurs élus ont besoin d’être épaulés pour préparer leurs dossiers et être plus efficients dans leurs différentes interventions. Il faut avoir conscience qu’un mandat syndical de premier plan, c’est environ 2 à 3 jours de travail par semaine et que les dossiers sont toujours très complexes à appréhender. Aucun dossier ne peut être traité à la légère à cause d’un emploi du temps trop chargé, c’est la raison pour laquelle il nous faut être mieux épaulés sur ce point.

 

LPV : Comment financerez-vous ces postes ?

C.V : Nous avons voté une augmentation de la cotisation syndicale de 1 € par hectare pour 2018 et de 1 € par hectare pour 2019. C’est une charge supportable pour nos adhérents compte tenu des avantages que nous en tirerons. Je rappelle que notre syndicat est totalement indépendant financièrement, il ne vit que de ses cotisations et de la facturation de ses prestations de services.

 

LPV : Le Challenge de l’environnement est un dossier majeur pour la viticulture. Quelle est votre approche sur ce dossier ?

C.V : Le BNIC fait un travail remarquable pour accompagner les viticulteurs dans la mise en place du Référentiel viticulture durable. J’ai cependant l’intime conviction que nous devons aller plus loin et mieux anticiper des dossiers comme le glyphosate par exemple. Nous savons que produire plus propre coûtera plus cher. Nous devons parfaitement évaluer les conséquences d’un meilleur respect de l’environnement sur nos coûts de production et en parler avec le négoce pour avancer ensemble sur ce point.

 

LPV : Le business plan sera substantiellement révisé durant la mandature en cours. Quelles améliorations est-il prévu d’y apporter ?

C.V : Il est prévu de le remettre à plat et d’en faire un outil qui offre plus de visibilité sur le moyen et le long terme. Le négoce a des besoins, c’est une chose, mais la viticulture a, de son côté, des contraintes qui ne lui permettent pas d’étendre le vignoble en un claquement de doigts ! Ces limites qui concernent la plantation, les terres en bonnes conditions, la main-d’œuvre, le financement, l’environnement doivent être pris en compte dans notre programme d’expansion du vignoble. Nous souhaitons également vulgariser le business plan et ses données, tout du moins dans les grandes lignes car il est légitime que les viticulteurs comprennent les tenants et les aboutissants de ce dispositif.

 

LPV : Le business plan est souvent qualifié de modèle arithmétique parfait fondé sur des données imparfaites. Que répondez-vous à Cela ?

C.V : Par définition, la prospective ne saurait être parfaite mais l’idée de ce modèle est de prendre en compte tous les paramètres connus qui peuvent influer sur notre économie.

Par exemple, nous voulons analyser avec précision quels risques font peser la menace de nouvelles taxes sur nos ventes dans les pays nordiques ou en Corée et les prendre en compte dans l’évaluation de nos besoins. Les relations sont aujourd’hui apaisées entre la viticulture et le négoce, il n’y a plus de tabous, pas plus que de poker menteur autour de la table. Chacun doit étayer les chiffres de prospective car chaque année, les valeurs réellement constatées viennent remplacer nos estimations pour actualiser le calcul. En gonflant ou en minorant nos perspectives nous prendrions le risque de subir des à-coups brutaux dans la progression de notre vignoble, ce qui n’arrangerait personne.

 

LPV : L’UGVC est devenue une organisation qui compte aujourd’hui dans l’univers viticole cognaçais et national.

C.V : C’est indiscutable ! Nous pouvons être fiers du travail réalisé car notre syndicat est écouté et respecté. Nous sommes des entrepreneurs représentatifs de notre base et nos arguments sont posés et étayés. Notre fonctionnement est démocratique. Les décisions sont prises à la majorité au sein de notre conseil d’administration et portées d’une seule voix à l’interprofession ou dans les instances nationales. En tant que président de l’UGVC et  chef de la famille de la viticulture, je suis chargé de présenter nos positions. Ce fonctionnement rend la viticulture plus forte et plus crédible que ce soit à Cognac ou à Paris. En Région, le Syndicat des maisons de Cognac (SMC) est en train d’adopter la même organisation pour que nos échanges soient plus efficaces et cohérents.

 

LPV : Pour 2018, le contingent Cognac est passé en quelques mois de 1 041 hectares à 1 500 hectares. Pourquoi ?

C.V : Avant la publication du règlement omnibus, les contingents n’étaient pas cloisonnés. J’étais le premier à dire que la très grande majorité des 1 557 ha allaient en réalité abonder à la production du Cognac. Depuis la fin de la campagne (N.D.L.R. : 31 août 2018), les ventes n’ont cessé de progresser pour atteindre + 10 % sur l’année. Nous manquons cruellement d’eau-de-vie jeune, les ratios de suivi de stock atteignent des seuils alarmants, et nous n’avons aucun intérêt, viticulteurs comme négociants à laisser cette situation perdurer ! À titre d’exemple, le rapport C0/C5 est aujourd’hui à 1,07 alors que nous devrions être à 1.23. Dans le meilleur des cas, nous ne pourrons pas le compenser avant 3 à 4 ans. Nous avons aussi décidé de proposer un contingent de 500 hectares pour les VSIG car le dispositif est cloisonné. Ce sera, j’espère, l’opportunité pour la filière des VSIG de se structurer et surtout de proposer un projet viable qui tire la valorisation de ces vins vers le haut, sinon la viticulture s’en détournera.

 

LPV : La question des contrats interprofessionnels, que le président de Larquier a portée au long de son mandat semble être en cours de discussion à l’interprofession.

C.V : Oui, le négoce est enclin à débattre de ce sujet pour sécuriser la viticulture. L’objectif sera de mettre une trame en place avec un socle minimum. Mais le contrat interprofessionnel ne fera pas tout ! J’invite mes collègues viticulteurs à négocier leurs conditions avec leur acheteur, il ne faut pas avoir peur. Bien sûr, nous parlons des prix lorsque nous rencontrons les négociants hors BNIC mais ce point est avant tout d’ordre privé, il faut que les viticulteurs s’en emparent et défendent aussi leurs propres intérêts.

 

LPV : Les aléas ont durement touché le vignoble ces dernières années, en quoi l’UGVC peut-elle aider les viticulteurs sur ce dossier ?

C.V : En accompagnant les réflexions communes. Pour la grêle, il y a encore beaucoup à faire pour optimiser le réseau Anelpha en travaillant notamment avec les mairies. Sur la question du gel, nous étudions les solutions pour acquérir collectivement des tours à gel et les éventuelles subventions possibles.

 

LPV : Quel vœu formulez-vous pour l’avenir de la viticulture Cognaçaise ?

C.V : Notre modèle économique est une réussite. Nos entreprises sont de véritables acteurs du territoire, nous représentons un bassin d’emploi conséquent et nous créons de la valeur pour toute une région. Nous devons être fiers de notre métier et de notre travail.

Mais cette fierté ne devrait pas se limiter à notre petit univers régional. Je suis personnellement outré de constater à quel point notre propre pays a si peu d’estime pour notre produit pourtant si envié à travers le monde. Il n’est plus concevable, qu’en France, il se consomme autant de Whisky qu’il se produit de Cognac. Je ne peux pas accepter cela. Nos viticulteurs doivent être les premiers ambassadeurs de nos beaux produits régionaux, qu’ils soient Cognac, Pineau ou vins charentais. Nous devons en parler avec fierté et les faire découvrir où que nous allions… Pour moi, c’est aussi cela le métier de viticulteur.

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